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Thursday, November 8, 2018

Blanchiment: Vera Jourova vs Jean-Claude Juncker?



Le Luxembourg, sur un arbre perché 



Blanchiment: Vera Jourova vs Jean-Claude Juncker?
L’Essentiel nous apprend des choses. Sous le titre : « LeLuxembourg rappelé à l'ordre sur le blanchiment » nous apprenons que « la Commission européenne a formé un recours contre le Luxembourg devant la Cour de justice de l'Union européenne au motif que ce pays n'a pas mis intégralement en œuvre les règles de lutte contre le blanchiment de capitaux. Elle indique ainsi que le Grand-Duché n'avait transposé qu'une partie de la 4e directive antiblanchiment en droit national. »

Et comme d’habitude le Luxembourg honteux et confus, Vera Jourova, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.




Monday, October 28, 2013

Le Luxembourg et sa Révolution d'Octobre


    Rouge, Bleu Vert. Photo ET

Le Luxembourg et sa Révolution d'Octobre

La révolution était en l'air en ce mois d'octobre 2013 et le pouvoir l'ignorait. Pas entièrement, car ses voix artificiellement alarmées ont essayé de peindre le spectre de cette révolution au mur, à des fins électorales. Sans vraiment y croire. Mais en démocratie, il est difficile d'arrêter une marche en avant basée sur le redoutable verdict de l'arithmétique et sur un large consensus qui veut le changement. Encore faut-il que quelques meneurs saisissent l'occasion et exécutent avec détermination, forcément par surprise et rapidement, sinon la tentative de révolution est stoppée là, nette. Ce qui fut fait par l'action rapide du DP, du LSAP et De'i Gréng.

En ce sens nous vivons actuellement une "insurrection" tout à fait légale contre un ordre, une coutume et une routine établis, car elle est issue des urnes. Nous assistons en réalité à une mutation du régime tenu jusque là par un quasi parti unique, le CSV. Sa longévité au pouvoir, son cachet sur les institutions, et le clientélisme inévitable que produit une telle longévité, ont drainé vers ce parti un éventail de plus en plus vaste de sensibilités en dehors des sensibilités "chrétiennes". Celles-là cherchant le pouvoir ou la proximité du pouvoir, de sorte que le parti, en élargissant son attraction, s'est retrouvé avec une aile gauche sécularisée, qui représente d'autres valeurs sociétales que les conservateurs à leur droite. On l'a vu lors du débat sur l'euthanasie.

Cet élargissement était toléré sinon activement encouragé, car il était utile et nécessaire à la pérennisation du pouvoir. L'ampleur de son réajustement vers le centre et la perpétuité du pouvoir ont conduit à cette omniprésence du CSV, à ses excès avec ses techniques de strangulation de la vie publique qui ont provoqué le ras-le-bol des électeurs et des partis juniors, normalement  appendices du "parti unique". Le CSV, ses membres et ses électeurs feront leur introspection et tireront les conséquences de l'actuel retour de la manivelle. On dit que l'excès mène au palais de la sagesse.

Tout nouveau départ est fragile

Telle est la nature humaine et la vie des peuples. On y détecte comme un rythme biologique: l'optimisme, la crise, l'oppression, la libération, l'abondance, la misère, la catastrophe et la reconstruction. Le Luxembourg vient de parcourir une zone de turbulences, ponctuée des scandales du Stade National, du Bommeleeër, de Cargolux et du SREL, après un règne interminable de toujours les mêmes, avec des dirigeants absents et un électorat cynique mais prêt à bondir face aux "irremplaçables" du monde politique. Le rythme biologique du Luxembourg venait de toucher un fond, quand eut lieu ce que j'appelle le coup d'état du 10 juillet 2013. Ses auteurs n'ont pas été confirmés par les élections. En face, l'enthousiasme et l'exubérance sont toujours plus grands quand on a touché le fond et que le rebondissement promet que les simples principes de liberté, d'égalité, et de fraternité seront restaurés. Car imperceptiblement mais infailliblement une démocratie sans alternance glisse vers un système où les cochons seront plus égaux, lois, décrets et règlements aidant. Je fais bien-sûr allusion à la bien connue "Animal Farm" et le devenir classique des vieilles démocraties.

A en croire une conférence de presse du parti chrétien social ce vendredi, leurs représentants sont plus égaux et auraient un droit acquis et péremptoire de former les gouvernements. J'aurais limité mon discours cependant à des simples déclarations, comme quoi le CSV prend note de la volonté de trois partis d'entrer en coalition, mais reste à disposition pour entrer au gouvernement sous n'importe quelle configuration de coalitions possibles. Au lieu d'une telle posture digne et responsable, on a eu droit à une pénible tirade de mauvais perdant et de calculs de la petite laitière.

Le déni de la nouvelle donne était surprenant. Personne ne peut ignorer le défi lancé par des plus jeunes à l'ordre établi, à la routine, à la coutume, à la sclérose décrite même par la presse étrangère. Il est évidemment beaucoup plus dur pour un parti de tomber de haut que de gravir les échelons. Clairement le pays était en manque d'un renouveau que le CSV a omis ou ne pouvait délivrer pendant des dizaines d'années au pouvoir.  D'où les célébrations chez ceux d'en face, quand l'arithmétique s'en mêlait.

Les mathématiques babyloniennes du CSV

La prestation du leadership du CSV lors de la conférence de presse de vendredi ne vaudrait pas le détour, si ce n'était l'occasion d'éclairer un héritage conservateur, qui s'est singulièrement retourné contre eux: c'est le calcul de l'attribution des sièges selon la loi électorale. Pour notre amusement appelons cela les mathématiques babyloniennes, pas tellement pour son système sexagésimal basé sur le nombre 60, comme le nombre des députés, mais pour la réputation babylonienne qui est synonyme de confusion. Dans la langue de Wolter et dans ses calculs il y eut déjà maintes confusions. Je voudrais y ajouter ma petite laitière, pour plus de confusion.

Comme par exemple que le CSV est le grand vainqueur plus égal que les autres quand il s'agit de la distribution des sièges. Le parti n'a que 33.68% des votes, mais a 23 sièges, ce qui représente 38,33% des sièges. Le système, sans doute conçu pour favoriser les grands partis et éliminer les petits, a favorisé en particulier le CSV. Une distribution égale lui attribuerait 1 siège pour 1,66% des votes, soit 20 sièges seulement selon les chiffres nationaux. Il a donc eu un bonus de 3 sièges. La petite laitière dirait 15%. L'ironie est que le bonus de cet édifice obturateur, la loi électorale créée par le CSV, rend aussi possible la coalition à trois avec 32 sièges, qui autrement, selon mes calculs babyloniens, n'auraient totalisé que....29 sièges, contre CSV 20, Déi Lénk 3, ADR 4, KPL 1,  Piratepartei 2, et PID 1. Ce petit exercice est juste pour la gymnastique cérébrale. Il n'a pas comme objectif encore des Neiwalen que d'aucuns pourraient désirer.  Il ne peut être pris au chiffre, car le report des voix dans un seul district national aurait produit d'autres résultats. Et je concède que  la loi électorale dans beaucoup de pays fixe un seuil minimum pour une entrée au parlement, qui sinon, craint-on, devient un Babylone. Les "grands" partis ont dès lors peu de raison pour changer la loi électorale. Quoique les districts électoraux datent de l'ère de la diligence.

Le programme de coalition

La future opposition CSV se réjouit déjà des imbroglios imaginaires du gouvernement futur. Astrid Lulling, elle-même Astre errant de parti, en parti, en parti, pour en assimiler de façon holistique toutes les tendances en une seule personne trinitaire, est trépidante d'anticipation. Elle sait pourtant par expérience qu'elle-même est plus que les trois partis qui la composent. La coalition sera pareillement plus que les trois partis qui la composent. Leur seul défi sera de faire mieux que les gouvernements précédents. Cette barre n'est pas trop haute. Malgré les années de vaches maigres, l'enthousiasme aidant, et précisément grâce au large spectre d'orientations politiques présentes, la chance est donnée de gouverner de façon équilibrée et surtout de réaliser des innovations historiques. Devant cette coalition se trouvent deux catégories d'actions urgentes: gouverner l'immédiat, et réformer notre cadre institutionnel. Les deux efforts peuvent très bien être contemporains.

Gouverner l'immédiat, c'est pallier au manque de prévision des dernières années. Ce sont les mesures urgentes à prendre pour contrôler le chômage, préserver une place financière qui ne soit plus controversée, développer des nouvelles activités. Dans un Luxembourg dénudé de richesses naturelles, où il faut tout importer, l'énergie, les matières premières, les équipements, les méthodes, voire la main d'œuvre et les sociétés pour extraire une plus value, la formation des jeunes est le défi majeur. La médiocrité ne permet pas d'obtenir un emploi à haute valeur ajoutée, sans laquelle le modèle luxembourgeois à moyen terme ne pourra être soutenu.  

La nouvelle Constitution sera la clé de voûte de la coalition

La grande chance historique de la coalition sera néanmoins de redéfinir nos institutions de façon durable. Ce sont les réformes nécessaires pour une forme de gouvernement que même les grands journaux étrangers qualifient de « sclérosée ».

Créer une nouvelle Constitution veut dire faire du nouveau. Ce n'est pas un rafistolage de l'actuelle Constitution. Ce n'est pas non plus le bricolage autour du projet de "révision" de la Constitution, en chantier depuis des années dans des chambres obscures, où quelques apparatchiks s'affairent à tergiverser autour de compromis boiteux. (1)  

Plus que dans tout autre projet, il faudra organiser un débat public, si l'on ne rejette pas le principe que la souveraineté réside dans le peuple, et de laisser au peuple la décision finale par référendum. Le gouvernement, les partis, les communes et d'autres devraient  prendre les initiatives de tels débats publics, en vue d'établir un projet alternatif à celui en cours. Ce processus permettra à l'opposition à faire valoir ses arguments, et de vraiment considérer aussi les apports de certains petits partis, dont le discours est à la fois intelligent, honnête et pas trop encombré de calculs d'auto-préservation. 

Commençons la lecture du "Texte de la Proposition de Révision"(1), ce que très peu de gens ont fait. Vous verrez un grand nombre d'articles que vous voudriez voir supprimés, d'autres changés ou ceux qui sont virtuellement nuls, car ils peuvent être interprétés, altérés ou complétés par une simple loi obtenue à la majorité simple. Si vous ne vous occupez pas de cette Constitution, elle s'occupera de vous.



Monday, April 8, 2013

Luxembourg - L'Etat de la Nation

   Le Soleil se couche aussi. Tourmente. Photo ET

Luxembourg - L'Etat de la Nation


Etant toujours de nature optimiste, je mettrai donc mes lunettes roses pour décrire l'état de la Nation en cette année 2013: cela va mal, très mal. La majorité des luxembourgeois ne ressent qu'une vague inquiétude, mais inexorablement nous récoltons ce que nous avons semé depuis de nombreuses années. Nous voyons le pauvre état des relations internationales, le printemps arabe qui est givré aux portes de l'Europe, un dictateur enfantin et joufflu jouant avec les allumettes en Corée, un Moyen Orient qui est une poudrière de sorte que nous renoncerons à notre croisière Luxair sur le Nil et aux pélés à Jérusalem. Sans parler de Chypre, et de sa révélation que toute richesse est éphémère. Pendant ce temps-là, chez nous, notre Premier voit des réflexes de 1913, et on n'en croit plus ses instincts!

Le procès du Bommeleeër est un Miroir National

Ce procès, en cours depuis des semaines, expose des dysfonctionnements dans les institutions luxembourgeoises en général, Justice et Police en tête, et en fait une décadence rampante  dans tout le gouvernement. Surtout que ce procès, près de 30 ans après les faits, arrive comme une cerise sur le gâteau bien marbré des autres affaires non-résolues, escamotées, déraillées, obstruées, avortées de Livange-Wickrange, Cargolux et du Service de Renseignements. Le public est confus de voir défiler dans le procès du Bommeleeër en cours d'incroyables pannes à répétition dans les enquêtes, des manœuvres, des cordées diverses, des princes, des ministres, des ex-gendarmes et deux accusés que le public ne semble même pas haïr mais au contraire disculper d'avance. C'est un méli-mélo d'interférences aussi inacceptables que suspectes. Le spectacle durera encore quelques mois, probablement entrecoupé par 8 autres semaines de "congé judiciaire" en été, qui s'ajoutent aux 2 semaines de vacances judiciaires de Pâques. C'est une opérette extravagante qui impitoyablement met à nu les insuffisances de la société luxembourgeoise et de son système judiciaire.

Pendant ce temps là, le citoyen qui n'a pas eu de chance, qui doit trouver un emploi, retrouver une santé ou tout simplement appeler une administration, appellera souvent aux abonnés absents. Telle est l'arrogance de l'appareil que nous avons laissé dériver. Il faut redresser la barre, au plus tôt.

Faire le ménage est un vaste chantier 

Le changement est donc indispensable. Et il y a une lueur d'espoir, car les opportunités existent et ont été annoncées ou du moins énoncées comme liste à souhaits. Il y a d'abord la nouvelle Constitution, en chantier depuis des années. Je me fais des soucis, car des années de tergiversations montrent que des intérêts particuliers sont à l'œuvre. Un résultat autre qu'une constitution instaurant un gouvernement laïque du peuple par le peuple sera une nouvelle tutelle de quelqu'un d'autre sur le peuple et sur son avenir. Découlant des grands principes d'une telle constitution, qui sont la séparation des pouvoirs et leur contrôle mutuel, est cimentée la notion que les administrations et les ministres sont les employés des contribuables, avec leurs droits certes, mais surtout des devoirs.  Mais le contribuable, ni son représentant au Parlement, ni le quatrième pouvoir, la Presse n'ont de cadre établi pour accéder à l'information. Les devoirs et les limites du pouvoir ne sont pas définis non plus. La loi promise depuis 12 ans sur la transparence ou "Freedom of Information - FOI" (que notre Premier déclare ne pas aimer), et le fameux code de déontologie (Ministeschgesetz) qui devrait avoir son pendant pour les fonctionnaires, sont des projets remis toujours à plus tard. En cette matière, un tiens vaudrait mieux que deux tu l'auras.

Quand enfin ce sera fait, encore faudra-t-il distinguer entre  la qualité des textes adoptés, le sérieux de leur application, les sanctions prévues et surtout les sanctions effectivement appliquées. Le manque de transparence et l'absence du droit à l'information sont des portes ouvertes aux abus, à la discrimination et à la corruption. Si le Luxembourg ne se charge pas de ses propres changements, le monde global s'en chargera.

La globalisation est à double tranchant

Le Luxembourg a montré une capacité remarquable de s’adapter à la globalisation pendant des dizaines d'années. Il a su tirer avantage des changements dans le monde, et il a aussi été attaqué pour ces mêmes raisons. Petit pays plus agile que certains voisins, il a su profiter des ouvertures procurées par la globalisation et la construction européenne, tout en abritant un pan de ses activités économiques par le secret bancaire et le « pragmatisme » de ses institutions.

Mais ce darwinisme demande une adaptation continue, car la globalisation est une voie à deux sens. La place financière est assiégée comme paradis fiscal, le pragmatisme est décrié comme laxisme sinon paradis judiciaire, et le site industriel, surtout l'acier, se vide de sa substance sous le double effet de nos stratégies incompétentes et de la perte de compétitivité.

Le problème éternel à résoudre est celui de comment garantir le futur d’une économie monolithique ? Pendant un bon siècle, l’industrie sidérurgique était ce monolithe qui garantissait un bon niveau de vie aux luxembourgeois. On pensait qu’elle n’allait pas disparaitre, car enfin, on ne déménage pas des hauts-fourneaux comme une banale armoire, n’est-ce pas ? Eh bien si, dans le monde global c'est possible, et ne pas considérer cette possibilité lors d’une acquisition telle que celle de Mittal est incompréhensible : Mittal achète pour quelles raisons ? Soit pour acheter du revenu supplémentaire, soit pour acheter du savoir-faire, soit pour éliminer un concurrent, soit les trois à la fois. ARCELOR était les trois à la fois. Sachant cela, comment cette chose a-t-elle pu se passer, pire, comment a-t-on pu subventionner le plan Mittal de la mise à mort de la sidérurgie européenne, transférée de fait dans les autres sites du groupe? Le même scenario s’est répété avec d’autres, comme avec Cargolux, sauvée in extremis je dirais par la sagesse populaire.

Comment remplacer les activités industrielles perdues ? Le Luxembourg se sauve en sautant d'un monolithe, l'industrie, sur cet autre monolithe pour assurer son futur, la place financière qui est essentiellement plus vulnérable, plus déménageable que la sidérurgie. D'ailleurs 42 plans sociaux dans le secteur financier en quatre ans démontrent sa fragilité en tant qu'employeur. Plus grave, les sauvetages à répétition  des banques en difficulté comme DEXIA-BIL et BGL sont une menace pour la stabilité financière du pays entier.  Pour sortir de cette dépendance sur une seule activité économique en poussant les diversifications en cours tout en consolidant et rénovant les activités légitimes du secteur financier et lui enlever les épithètes péjoratifs ci-dessous.

Le paradis fiscal et judiciaire

Il fut un temps quand personne à l'étranger ne savait où se trouvait Luxembourg. Aujourd'hui le Luxembourg est connu en tant que "paradis fiscal" qui pêle-mêle se réfère à des activités légitimes et légales, douteuses, illicites et carrément criminelles. Souvent on entend aussi, même des parlementaires étrangers influents, utiliser le label "paradis judiciaire", qui fait référence à l'absence de règles et surtout à une grande impunité. Monsieur Contzen, Président de l'ABBL, a récemment parlé de la bonne infrastructure légale du Luxembourg. Je pense qu'il parle de la législation seulement, et non pas de l'application des lois, qu'il n'a sans doute jamais eu  à attendre. Je pourrai l'éduquer, ayant porté plainte civile et pénale il ya neuf ans contre des délinquants en col blanc, sans conclusion à ce jour. A croire que les manœuvres dilatoires ont eu de l'aide pour faire trainer les affaires de la sorte. Ce n'est pas l'affaire grotesque du Bommeleeër qui viendra infirmer mon opinion. Ni la Cour Européenne des Droits de l'Homme qui a condamné le Luxembourg comme récidiviste pour ne pas fournir une justice en des délais raisonnables. Ni les victimes de Madoff ou de la BCCI. Le centre financier est en ce moment un paradis judiciaire.
Comme chaque  gouvernement, surtout en Europe et aux Etats-Unis cherche des revenus désespérément, les havres de secrets, l'optimisation fiscale ou l'évasion fiscale sont désignés comme boucs émissaires responsables des déficits. Les paradis fiscaux disparaitront à moyen terme sous les coups de butoir de la Commission Européenne, du G 20, de l'OCDE - GAFI, des gouvernements voisins et des Etats-Unis. Pour le Luxembourg protester, prier, pleurer est également lâche. Il faut des actions hardies: consolider ce qui est légitime, l'expertise et savoir faire, et abandonner les activités qui moralement et politiquement ne pourront être défendues, p.ex. le secret bancaire. Aucune propagande luxembourgeoise ne pourra se débarrasser du label stéréotype du paradis fiscal, mais seulement les faits et ajustements qu'il faut.

Est-ce à dire qu'il faille se soumettre inconditionnellement aux demandes du voisin tonitruant ou aux désirs des institutions supranationales? Je décèle une contradiction étonnante entre l'arrogance avec laquelle on a développé le secret bancaire d'un côté, et d'un autre côté le zèle soumis avec lequel le gouvernement luxembourgeois se conforme à des demandes qui souvent heurtent nos intérêts légitimes: nous avons plié pour l'harmonisation de la TVA, la taxe sur les transferts, l'aide au tiers monde, les taxes sur le commerce électronique, sans parler de la perte sans broncher de la BCE à Francfort. Sans contrepartie connue.

Si le Luxembourg est appelé à faire des concessions, envoyez des négociateurs, des vrais pour défendre nos intérêts. Les élections de 2014 en fournissent l'opportunité, surtout si la proposition d'un membre du gouvernement de limiter les mandats à deux pouvait se réaliser. Personne n'est indispensable, et en politique la longévité n'est pas un signe de fraicheur.

La diversification économique trop diversifiée ?

Consolider le nouveau monolithe est une chose, s'en distancer et diversifier en est une autre. Mais le Luxembourg manque d'entrepreneurs créant des entreprises. Il faut donc les importer, c.à.d. aller les chercher, les convaincre et les appuyer. Le système est en place, depuis que Joe Gurley en 1958 a convaincu le gouvernement de créer une cellule appelée Board of Industrial Development avec un bureau à New York. (1) Il est remarquable que l'établissement de certaines des rares productions industrielles luxembourgeoises datent de cette époque comme Dupont de Nemours, ou même la consolidation de Good Year. Victime de son succès, l'initiative n'a pas survécu les protestations d'Arbed notamment et a fermé après trois ans seulement. Dommage, 25 années de diversification ont été perdues par la suite.

En 1975, la réactivation d'un Board of Economic Development a revisité les anciennes politiques de prospection économique à l'étranger qui restent indispensables. Je voudrais comme preuve la prolifération plus ou moins désirable d'entités chargées de la promotion économique. Quant à celles des différents Ministères, "Luxembourg for" ceci et cela, je me demande cependant comment justifier cette prolifération, le double emploi et l'éparpillement des moyens budgétaires et des efforts. Serait-ce du "moi aussi", ou l'attrait du côté récréatif des voyages officiels, ou la guerre des Ministères? 

Nos moyens pour consolider et diversifier nos activités ne sont pas illimitées. Le gouvernement emprunte comme jamais, et vient d'annoncer un trou de 2 milliards d'euros en 2016. L'année passée, 2014 était annoncée comme l'année de l'équilibre. Le fait est que la dette publique est au plus haut, mais certains postes budgétaires échappent à la tonsure, alors que d'autres, impactant la vie des luxembourgeois se retrouvent facilement sur l'ordre du jour d'une tripartite. Exemple, l'aide aux pays en développement qui reste taboue. On va se faire valoir dans le monde qu'à euros 475 millions, nous sommes champions du monde des donateurs. C'est l'équivalent du capital que Cargolux recherche en 2013 et 2014. L'exemple est représentatif pour un certain manque de discernement dans l'établissement des priorités budgétaires, alors que le pays a 22.000  chômeurs et 15% de la population se retrouvent en-dessous du seuil de pauvreté.

Notez aussi que le dernier emprunt de 750 millions d'euros nous donne les moyens pour faire don de ces 475 millions. Quoique par temps de crise, même une charité bien chrétienne pourrait s'accommoder de moins. Tel Saint Martin, qui n'a donné que la moitié de son manteau militaire au mendiant. Je me suis toujours demandé comment il a fait pour rembourser la propriété de l'Empire Romain? Je me demande comment nos enfants feront pour rembourser nos dettes?

(1) http://tinyurl.com/cbkqqny


Update: Cet article date du 7 avril 2013. Ce jour là FAZ publiait une interview surprenante de Luc Frieden, qui me donne raison quant au fond de ma position sur le paradis fiscal. Mais le quand et comment de cette interview n'est pas acceptable. Voir mes commentaires: 
http://egidethein.blogspot.com/2013/04/wortlu-luxembourg-ready-to-revise-bank.html



Saturday, June 23, 2012

Luxembourg - Etats-Unis: Deux siècles de relations, entre autres diplomatiques


Luxembourg - Etats-Unis: Deux siècles de relations, entre autres diplomatiques.

Article paru dans "Forum" No 319 de juin 2012 sous le titre: "L'ami américain"

En parlant de "deux siècles" de relations entre le Luxembourg et les Etats-Unis je fais bien sûr référence à ses débuts, au flux unidirectionnel de 72.000 refugiés économiques sinon d'opprimés luxembourgeois vers les Etats-Unis dès le début du 19 siècle.

Il n'y avait pas de relations diplomatiques entre les deux pays. En fait, les Etats-Unis n'ont reconnu le Grand-Duché de Luxembourg qu'en 1878. Le premier ambassadeur US était en poste à La Haye en 1903, ensuite en Belgique, avant l'ouverture d'un poste à Luxembourg, puis d'une Ambassade en 1956. Le Luxembourg de son côté  entretient une Ambassade à Washington depuis avril 1940, ainsi qu'un consulat Général à New York et un à San Francisco. Ces deux derniers ont pour mission principale le développement économique.

Les premières relations commerciales de l'entre deux guerres.

En 1920, la sidérurgie luxembourgeoise sous l'impulsion d'un de ses grands, Emile Mayrisch, se mit à la conquête des marchés outre-Atlantique, Etats-Unis et Brésil. Ainsi y est établie Columeta dans les années vingt, qui deviendra TradeARBED à New York en 1976. C'est la première conquête luxembourgeoise du marché américain qui reste un succès inégalé pendant des décennies. Il a fallu attendre l'essor de Cargolux dans les années 70 pour voir un autre conquérant luxembourgeois sur le marché américain, suivi de Paul Wurth, Rotarex et surtout la SES par une acquisition spectaculaire de GE-Americom. Nous oublierons bien volontiers l'échec de Luxair pour établir une ligne directe Luxembourg-Newark.

L'après-guerre

Du côté américain, l'après-guerre a vu un intérêt grandissant des entreprises américaines pour les marchés européens, par anticipation du développement du Marché Commun. Les pays européens allaient se concurrencer dans leurs efforts pour attirer l'investisseur américain.

Le Luxembourg avait par accident attiré Good Year en 1950, parce qu'aucun de nos voisins n'en voulait. Tous nos voisins avaient leur propre industrie du pneu à protéger: Michelin, Vredestein, Dunlop, Uniroyal, Pirelli. Le monde n'était pas global.

En 1949, un revendeur de pneus Good Year à Luxembourg, Monsieur Stein, s'est adressé à l'Administration des Biens de la Grande-Duchesse Charlotte pour trouver appui pour le projet. C'est ainsi que le site des Anciennes Forges de Colmar-Berg est devenu l'ultime solution, alors que le manque de terrains industriels n'aurait pas permis l'installation d'une entreprise de cette envergure en si peu de temps. Petite ironie du sort: les Forges de Colmar Berg exportaient de l'acier dès le 17e siècle vers les colonies américaines. (1). Good Year allait rester la seule implantation américaine au Luxembourg pendant 10 ans.   

La création du BID

Le Luxembourg s'est engagé dans la vraie chasse à l'investisseur américain en 1959. (2) Le 29 octobre 1958, Monsieur Joe E. Gurley, citoyen américain résidant à Luxembourg, adressa une lettre au Gouvernement luxembourgeois dans laquelle il exhorta le Ministre de l'Economie de considérer une nouvelle politique économique. Il proposa de créer un groupe d'action qu'il appelait "Board of Industrial Development" ou "BID", ayant comme but d'attirer des investissements et des activités industrielles américaines à Luxembourg.
Son argumentation était qu'une diversification des activités industrielles luxembourgeoises était sans doute désirable, sinon nécessaire, et que les industriels américains, en cette année 1958, s'engouffraient dans le Marché Commun naissant. Joe Gurley, qui possédait l'art de la communication a utilisé par la suite l'argument massue qu'en fait il y a compétition entre pays du Benelux pour ramener des investisseurs américains en Europe, et que le score dans cette course était à ce moment là: Pays Bas 87, Belgique 38, Luxembourg 0. (2)
Le 14 janvier 1959, Joe Gurley remit une proposition écrite pour la mise en œuvre du BID. Les graves difficultés et finalement la fermeture du dernier bastion de l'industrie du cuir, la société Idéal à Wiltz, (production environ 500.000 m² de cuir en 1958, à 40% de capacité, 350 emplois) représente probablement l'électrochoc qui a fait naître le BID.
Le Prince Charles devient Président et Joe Gurley devient Directeur du BID, qui dès le mois d'avril 1959  prend possession d'un bureau au Consulat Général du Grand-Duché de Luxembourg à New York, 200 East, 42nd Street.

Les opérations

La chasse à l'investisseur est hautement compétitive, et secrète. C'est avec un clin d'œil que Joe Gurley a laissé derrière lui les traces qui montrent qu'il avait passé aux rayons X les opérations hollandaises et belges aux Etats Unis, personnel, documents, méthodes et procédures compris: un formidable raccourci dans la courbe d'apprentissage pour le Luxembourg, car il a fallu tout apprendre de ce métier.
Dès le début, une campagne fut lancée pour faire d'abord connaître l'existence du Luxembourg et pour entrer en contact avec les entreprises potentiellement intéressées à venir s'établir à Luxembourg. La brochure "Luxembourg, at the center of the Common Market, for your Industry", imprimée en 2.500 exemplaires, servait de support à cette campagne. Le bureau BID finissait par maintenir un fichier de 1.500 entreprises industrielles américaines. Les plus prometteuses faisaient l'objet de visites de prospection. La présence d'un membre d'une famille royale européenne dans ces années de "l'après Grace Kelly et Walt Disney" semble avoir été singulièrement efficace pour trouver porte ouverte dans les hautes sphères de l'industrie américaine, et particulièrement aussi auprès de la presse américaine.
L'action du BID pour faire connaître le Luxembourg comme endroit désirable a aussi eu un effet boomerang: l'endroit désirable a bel et bien dû mettre du make-up pour embellir les conditions d'accueil, son système des contributions et créer des aides à l'investissement. Les communes, telles que Steinsel, ont fait de grands efforts pour trouver des terrains industriels pour Bay State par exemple. Le passage de la loi-cadre d'expansion économique du 2 juin 1962 facilitera la tâche dorénavant. L'effort de développement économique luxembourgeois allait de succès en succès.

La fin du BID

Mais l'histoire du BID se termine là, au 31 décembre 1961, abruptement. Le BID, au bout de trois ans à peine, était devenu victime de son succès. L'initiative de Joe Gurley a marqué un tournant dans l'histoire économique du Luxembourg. Ses succès, énumérés ci-dessous donnent la raison de cette dissolution, qui se résume par une entête dans le New York Herald Tribune du 12 février 1964: "One unemployed worker in all the duchy". C'était le problème invoqué, surtout par l'Arbed, pour terminer le BID en 1961: qu'il n'y avait plus de main d'œuvre et que les taux des salaires iraient en s'envolant. Cette vue, vigoureusement contestée par Joe Gurley dans un discours au Rotary le 8 décembre 1961 était cependant sans appel. ARBED, le monolithe avait parlé.

Les résultats

Il est vrai que pendant son opération sur trois ans, le BID a eu des succès immédiats, et d'autres, les procédures de décision prenant du temps , dans les années suivantes. Voici, selon STATEC, les principales nouvelles implantations étrangères qu'il y a eues par année de constitution: Yates, Wiltz (60), Eurofloor - American Biltrite, Wiltz (61), ALCUILUX, Clervaux (61), Bay State Abrasives, Steinsel (61), No-Nail Boxes, Warken (61), Cleveland Crane & Engineering (62), Commercial Hydraulics, Diekirch (62), Texas Refinery, Echternach (62), Du Pont de Nemours, Contern (62), Norton, Bascharage (63), Monsanto, Echternach (63), P. Lorillard, Ettelbruck (63), Uniroyal, Steinfort (65), Eurocast, Grevenmacher (66), Morganite, Windhof (67), Continental Alloys, Dommeldange (69), GM, Bascharage (70). En tout plusieurs milliers d'emplois en 10 ans. Le budget du BID était de $45.000 pour ses trois années d'opération, donc probablement moins de $15 par emploi créé.
C'est aussi à cette époque que le Luxembourg a profité de son appartenance à l'OTAN pour se voir récolter quelques investissements militaires, comme la NAMSA à Capellen, la WSA dans le Sud et même le financement de travaux d'expansion l'aéroport du Findel.

La naissance du BED et l'essor de la Place Financière.

Treize ans plus tard en 1974, ironie de l'histoire, le monolithe qui avait fait cesser les activités du BID, s'éclatait en mille morceaux, nous laissant une "Division Anticrise" ou DAC financée par nos impôts. C'était aussi le cri au secours pour réinstaurer un "Board of Economic Development" ou BED en 1975, présidé par le Grand-Duc héritier Henri. L'histoire se répète.
Mais au fil des années, l'attraction pour les implantations industrielles au Luxembourg est devenue victime de l'explosion des coûts au Luxembourg. Malgré la nouvelle orientation de la prospection économique luxembourgeoise non seulement vers les Etats-Unis, mais aussi vers d'autres horizons, comme le Japon, Hong Kong, Corée du Sud, Italie et Suède, le site industriel luxembourgeois déclinait.  Les quelques implantations industrielles des années 70 et 80 comme Electrolux, Mondo Rubber, TDK ou Fujitsu-Fanuc n'étaient plus américaines. Mais l'attractivité du pays s'est déplacée vers les services et le centre financier qui a connu un développement fulgurant, devenant un nouveau "monolithe". Les institutions financières américaines ont été souvent pionniers, surtout quand il s'agit d'innovations et de produits.

Parmi les banques américaines qui se sont établies au Luxembourg dans les années 70 et 80,  citons les géants Citi, JPMorgan Chase, Morgan Stanley et State Street dont l'intérêt primordial était de servir les besoins de la croissance fulgurante des fonds d'investissement au Luxembourg, surtout dans les domaines administratifs et de "custodian". La Republic National Bank mérite aussi une mention. Son fondateur Edmond Safra a toujours été un grand ami et support des causes luxembourgeoises à New York. Aujourd'hui le Luxembourg est le numéro deux mondial après les Etats-Unis pour les fonds d'investissement domiciliés, totalisant plus de 2.000 milliards d'Euros.

Cette importance, en disproportion avec la taille du pays, s'explique par une politique zélée des niches souveraines qui procurent des avantages substantiels à l'investisseur (étranger). Le Luxembourg a imaginé un mode opératoire adapté aux réalités européennes: le Luxembourg traduit les directives européennes en matière financière en législation luxembourgeoise immédiatement et sous leurs contraintes minimales. Ce qui offre une voie libre, immédiate, facile et économique pour tout nouveau produit luxembourgeois dans toute l'Union Européenne.

Ainsi toutes les innovations ont suivi le même modèle: la réassurance au début des années 80, la Soparfi, le capital à risque avec la SICAV, les hedge funds, sans oublier la vénérable Holding 29 qui existait dans l'ombre pendant des décades pour éclore vraiment comme une solution tous azimut  dans les échafaudages financiers, un don providentiel créé presque par inadvertance dans l'entre deux guerres. Mais qui a été sacrifié sur l'autel de l'enthousiasme européen.

L'essor du centre financier a changé aussi la façon dont le Luxembourg fait sa promotion internationale. Alors que le BED garde sinon le nom, sa raison d'être, il est vrai que la promotion d'un centre financier comporte moins de négociation qu'un site industriel. Il s'agit désormais plus d'une démarche de vendeur de la niche souveraine. C'est ainsi qu'on a assisté récemment à une multiplication des agents et agences de promotion luxembourgeoise. Dans certains cas je parlerai volontiers de prolifération exagérée née de la compétition entre acteurs luxembourgeois voire ministères. Jugez par vous-mêmes: BED, Chambre de Commerce, Luxembourg for Finance, Luxembourg for Business, Luxinnovation, les CRP Henri Tudor et Gabriel Lippmann, fusionnés maintenant, ALFI, le Fonds National de soutien de la production audiovisuelle, et même le régulateur CSSF et l' American Chamber of Commerce. Il faut ajouter aussi les grandes sociétés de consulting, toutes avec des racines et des standards américains, qui sont elles-mêmes dans la promotion de la place financière: Arthur Andersen dans le temps, maintenant Ernst&Young, Price Waterhouse Coopers, BDO, Deloitte et KPMG. Ceux-là emploient des milliers de professionnels au Luxembourg!

S'il est vrai que la plupart des produits financiers innovants sont nés aux Etats-Unis, certains ont eu à l'occasion des effets indésirables, comme ces produits d'ingénierie financière qui ont présenté des risques mal compris, mais que l'appât du gain a fait vendre. Sur cette liste se trouvent beaucoup de produits dérivés qui sont à l'origine des pertes considérables vues depuis 2008, et en fait à l'origine de la crise financière qui pèse encore.

D'un autre côté la vigilance est de rigueur dès qu'il y a un flux important de capitaux: tous les jours, un petit pourcentage de l'humanité se lève en effet sans bonne intention. Les mauvais garçons se sont intéressés très tôt à la place financière, ce qui à l'occasion nous donne à gérer un petit ou grand scandale.

Déjà oublié est un premier des années 60, avec la fraude monstre à l'époque du fonds d'investissement "Investors Overseas Service" (IOS), qui maintenait une banque à Luxembourg. Le fonds a été géré et plumé par Robert Vesco, réfugié avec son butin à Cuba  jusqu'à sa mort. Puis nous avons connu la faillite de la BCCI, qui quoique non américaine, avait des liens proches avec l'Administration Carter et les services de renseignement. Passons, si j'ose dire les quelques milliards frauduleuses de Banco Ambrosiano et Parmalat qui n'étaient pas américains, pour en arriver à Bernie Madoff, qui a bien su vendre sa marchandise aux naïfs sinon criminels au Luxembourg.

Ces ombres au tableau du formidable succès de la place financière sont des munitions dans les mains de ses ennemis qui sont essentiellement les gouvernements étrangers chassant l'impôt qui se dérobe à eux de façon légale et illégale. Les Etats-Unis en font partie et ils ont une tendance a pratiquer une politique du "long bras", c'est à dire qu'une frontière d'un état souverain ne prévient pas les Etats-Unis d'y exercer son propre pouvoir.

La place financière et les relations bilatérales

Alors que les délocalisations d'activités industrielles de l'Amérique vers le Luxembourg n' ont pas vraiment créé de grandes protestions des syndicats, le  développement du centre financier par contre nous met dans le collimateur du gouvernement et de l'opinion publique américaine. Sont bien connus les efforts américains existants d'interdire le blanchiment d'argent, qui se sont matérialisés par une réglementation recommandée et uniformisée par le Groupe d'Action Financière ou GAFI de l'OECD. Ou aussi le réglementation américaine OFAC, qui s'applique qu'on le veuille ou non aux transferts en USD de par le monde, sanctions et amendes à l'appui.

Depuis des années des menaces que représentent quelques projets de loi américains pèsent sur la place financière, dont le fameux "Tax Haven Abuse Act" introduite par les Sénateurs Obama et Levin et qui met le Luxembourg sur une liste noire. Il y a plus: mijotant aussi dans les tiroirs du Congrès se trouve le projet de loi sur les "paradis judiciaires et règlementaires" concocté par Barney Frank, ancien représentant. Le Luxembourg risque un nouvel assaut. Et nous connaissons déjà les contraintes du "Qualified Intermediary" (QI), imaginé diaboliquement par Larry Sumners sous Clinton, Foreign Account Tax Compliance Act (Fatca, Obama) qui est le QI amplifié et le "Foreign Corruption Pratices Act" (FCPA, Carter).

Conclusions:

Les relations avec les Etats-Unis sont multiples, délicates, complexes et des fois ambiguës surtout politiquement. Les relations économiques sont intenses avec un pays qui n'est pas un voisin proche.

C'est d'abord l'initiative de l'industrie américaine, désireuse de se positionner en vue de l'essor du Marché Commun, qui est venue à la rencontre du désir luxembourgeois de les attirer. Dans la concurrence que se livraient les pays européens pour attirer ces industriels, tout un éventail de d'aides et de supports ont été créés. Le Luxembourg a profité par sa géographie et son appartenance au Marché Commun pour diversifier son industrie et son commerce.

Malgré une géographie propice pour industriels et malgré les aides, le Luxembourg s'est vu confronté à une perte de compétitivité graduelle. Il a ensuite choisi d'exploiter une série de niches souveraines: secret bancaire, taxations, positions orbitales, pavillon maritme. Cette politique a connu des succès remarquables, car la niche souveraine garantit une certaine liberté d'action, et la globalisation assure des marchés surtout européens. Mais certains produits financiers sont précaires et souvent sous attaque par les partenaires européens, sinon le reste du monde, et certainement le "long bras" des Etats-Unis. A ce jeu il importe de garder toujours une longueur d'avance, car des pans entiers du dispositif sont menacés de devenir obsolètes à terme sous de multiples pressions. Tel est le cas du secret bancaire, qui d'ici 10 ans n'existera plus dans le monde sous sa forme de cachette.

En fin de compte, le Luxembourg a vécu une américanisation rampante depuis 60 ans, qui couvre pratiquement toute activité: services, industries, agriculture, culture et divertissements. Bon nombre de luxembourgeois jouissent d'un niveau de vie sans précédent dans l'histoire du pays, grâce à une politique des niches souveraines à exploiter, souvent grâce à des produits inventés en Amérique. Citons la SES, Cargolux, Apple, Microsoft, Ebay, les fonds mutuels, les hedge funds, le capital à risque, la réassurance. Et de son coté, le Luxembourg représente un client pour les États-Unis qui achète au-delà de sa taille: avions Boeing, satellites, bons du trésor et autres investissements.

Ce n'est pas vous qui allez me contredire, vous qui lisez ceci en "Word" sur votre ordinateur HP ou sur votre iPhone ou iPad.

 (1) Plaquette Commémorative des cérémonies d'ouverture des Usines Good Year le 24 avril 1951.

Monday, March 26, 2012

Cargolux dans Hans im Glück


En tant que contribuables-actionnaires, il est certes difficile d'entrevoir la réalité de l'avenir de Cargolux, en raison de la nature opaque du corporatisme d'état à la luxembourgeoise. Ce qui n'est pas transparent, invite bien sûr à l'examen et aux appréciations sur le possible. Face à l'opacité, il n'y que les quelques indices et les fuites de ma tante Léontine pour percer le voile. Il reste donc la spéculation à laquelle je préfère une appréciation méthodique du possible.

Les indices apparents sont les douleurs intestines évidentes dans le management de Cargolux, le programme d'austérité et les restrictions récentes, les pertes de clients notamment au profit de Qatar Airlines, les déclarations de Monsieur Al Bakr sur l'incompétence du management, les mouvements de personnel aux postes clés. Ce sont des indices foudroyants!

D'un autre côté, une appréciation de la vraie situation, et non celle décrite dans la langue de bois de communiqués officiels se base sur trois questions simples qui dévoileront les possibilités:

1. Pourquoi vend-on?

On (donc Cargolux) vend généralement pour un de ces deux motifs:

·    parce qu'on a besoin de capital. On vendra donc des nouvelles actions, ce qui correspond à l'obtention de capitaux nouveaux.

·    parce qu'on a décidé de sortir de l'affaire (par exemple BIP). On vendra donc ses actions. La société changera simplement de propriétaire sans apport de capitaux nouveaux.

2. Pourquoi achète-t-on?

On achète (donc Qatar Airlines):

·    soit pour améliorer son bilan (ce n'est manifestement pas le cas en ce qui concerne les revenus de Cargolux).

     soit pour acquérir un savoir faire (Monsieur El Bakr a eu des mots peu élogieux au sujet de la compétence de la direction de Cargolux dans le passé)

     soit pour obtenir des marchés qu'on n'a pas. Qatar Airlines a en effet déjà marché sur les plates-bandes de Cargolux notamment aux USA, cannibalisant ses clients,

     soit pour à terme éliminer un concurrent gênant en contrôlant une partie de l'actionnariat et quelques postes clés. C'est fait.

3. Pourquoi n'y a-t-il pas eu augmentation de capital?

C'est le point de confusion: Cargolux a besoin de capitaux. Les amendes brutales et les pertes des dernières années, les pertes de clients, la fourniture de nouveaux avions etc. crient à l'augmentation du capital. Il aurait fallu créer dès lors des nouvelles actions à acquérir par le plus offrant, qui officiellement était Qatar Airlines, inofficiellement Yangtse River. Ainsi l'un aurait renfloué Cargolux de $117.5 millions, l'autre de $175 millions, se voyant attribuer 50 nouvelles actions pour chaque centaine d'actions existantes.

Pourquoi a-t-on privilégié la sortie d'actionnaires existants à la place, surtout qu'il semble que c'était le gouvernement et non pas eux qui ait trouvé le nouvel actionnaire Qatar Airlines?

L'histoire du corporatisme d'état luxembourgeois se résume comme le conte des Frères Grimm, Hans im Glück: Hans a donné ou perdu tour à tour un gros lingot d'or, un cheval, une vache, un cochon, une oie et une meule. Lire Arcelor, RTL BIL, BGL, Villeroy Boch, Cargolux et l'histoire est juste plus longue.

L'histoire finit bien pour Hans: il était tout heureux d'avoir pu se dessaisir de tous ces fardeaux. 

Wednesday, January 18, 2012

Luxembourg: Une remarquable tribune sur la transparence, par Madame Colette Flesch, ancien Ministre


Madame Colette Flesch, ancien Ministre, Députée et Bourgmestre de la Ville de Luxembourg a publié ses réflexions sur RTL Informations, sur la transparence en Politique et dans la Fonction Publique.

Qu'on le veuille ou non, les cachotteries et les pratiques inavouables tomberont sur le double effet de l'émancipation des citoyens dans le monde et le coup de boutoir de l'internet. La contribution de Madame Flesch est le fruit d'une longue expérience dans des environnements varies avec la crédibilité accrue de quelqu'un qui n'est plus tenu à être "politically correct", donc essentiellement libre de dire la vérité. Welcome to the Club!

Voici l'article intégral en langue luxembourgeoise:

Transparenz, Colette Flesch

Auteur: Colette Flesch, fréiere Minister, Eieren-Deputéierten, Éierebuergermeeschter vun der Stad Lëtzebuerg1


Ugangs des Joers ass eng gutt Geleeënheet fir iwwert den Anstand an der Politik an an der Fonction publique ze schwätzen. Eng Partie Affären an onsen Nopeschlänner – Affär Wulff an Däitschland, Affären Karachi oder Guerini an Frankräich – an anerer, an och bei ons – Affär vum Sandweiler Buergermeeschter virun de Gemengewahlen, Affär Football Stadium Léiweng – hunn de Projecteur vun der Aktualitéit op d’Fro vun der Deontologie an der Politik geriicht. E Beräich, an deem mir hei zu Lëtzebuerg net genuch gemaach hunn.

Ëffentlech Amtsträger an der Politik, mee och an der Fonction publique hunn an deem Zesummenhank méi Responsabilitéiten wéi aner Bierger. Si musse selbstverständlech d’Vermëschung vun ëffentlechen Interessen mat hiren eegenen ënnerloossen. Si mussen nach, wéi de Präsident vun Transparency International Lëtzebuerg et kierzlech gesot huet, och den Uschäin dervun vermeiden. Si mussen Interessekonflikter an Konfusiounen vermeiden an ënnerleien domadder enger ganz besonnescher Transparenzpflicht. An aneren Wierder, de Bierger verlaangt vum Politiker a vum Beamten Integritéit an Transparenz.

Dat heescht net, dass e Minister oder Buergermeeschter keen Haus däerf kafen oder bauen. Dat heescht awer, dass en duerch seng Funktioun keng extra Avantagen kréien oder, nach manner, verlaangen däerf an dass en muss kënnen d’ Fakten kloer op den Dësch leeën.

Dat heescht och net, dass en Deputéierten net däerf enger privatrechtlechen Beschäftegung nogoen oder an engem Verwaltungsrot sëtzen. Dat heescht awer, dass wann an der Chamber, an enger Kommissioun oder am Plenum, iwwert e Gesetz ofgestëmmt gëtt, deen deen Secteur betrëfft an deem hien täteg ass, dann muss en op mannst en Interessi ëffentlech deklaréieren oder esouguer, an verschiddene Fäll, net mat ofstëmmen. Entgéint deem wat de Chamberspresident schéngt ze mengen, sinn esou Attituden an de leschten Joerzéngten, an der Chamber äusserst selte virkomm.

2

Säit der leschter Legislaturperiod, mussen d’Deputéierten eng Interessideclaratioun beim Chambersekretariat ofginn an, säit dem Februar 2011, sinn déi Declaratiounen um Internetsite vun der Chamber accessibel. Dat ass gutt, mee net genuch.

D’Regierung schafft och säit e puer Joer un engem Code de Deontologie fir d’Beamten.
Si huet 2011, mat deem Pak Dokumenter di nom Accord salarial deposéiert goufen, en « Avant-projet de règlement grand-ducal fixant les règles déontologiques dans la Fonction publique » virgeluecht, dee mer zwar verbesserungsfäeg schéngt.

D’lescht Joer huet d’Chamber unanime eng Motioun vun deenen gréngen an DP Fraktiounen ugeholl, déi virgesäit dass e Code de déontologie soll agefouert ginn, deen Regelen festleet fir ëffentlech Beamten a lokal an national Politiker inklusiv Regierungsmemberen, nodeem zukünfteg Interessekonflikter sollen vermidden ginn.

Et wär ze wënschen, dass deen Code dëst Joer kéint zu stoen kommen.

Thursday, January 5, 2012

Aide-mémoire pour les vœux de Nouvel An officiels.




Bonne Année. Même si toutes les lignes à suivre sont claires, il y a des ombres au tableau. Photo E.T.



Ce qui est bien quand on formule des vœux pour les priorités luxembourgeoises depuis un autre continent, c'est qu'il faut se limiter obligatoirement à l'essentiel. Avec la distance, les détails deviennent de toute façon insignifiants, sauf ceux qui me concernent personnellement bien entendu. Voici mes 7 vœux pour le Luxembourg en 2012, (et pour moi-même, là où les deux se superposent):

1. Que notre gouvernement reste chez nous et s'occupe de nos affaires

Élémentaire mon cher Watson? Pas chez nous. Notre Premier se veut la tète de l'Eurogroupe et sauver la Grèce, son Second se veut les jambes dans un Tour du Monde du Conseil de Sécurité de l'ONU et sauver le monde. Mon tout est peut-être la tête et les jambes, mais elles sont ailleurs, pas chez nous. Ce manège est couronné d'apparitions plus ou moins réussies sur des chaînes de télévision, surtout allemandes. Tragiquement, les membres juniors de leur équipe tentent de les émuler de plus en plus souvent en s'y aventurant eux aussi. Chez nous, il y a pourtant pas mal à faire, traduit en chiffres:

15.164, le nombre de chômeurs

10.221,94, en Euros, dette du gouvernement central par tête d'habitant

1500, le nombre d'affaires pénales classées pour prescription depuis 1990

13 ans, le temps qu'il faut à la justice pour régler le sort de la vache volée au fermier de Mertzig

8 ans, mon compteur judiciaire personnel provisoire

1.086 le nombre de réclamations traitées par l'Ombudsman, d' octobre 2010 à septembre 2011

La raison que ces chiffres sont si mauvais est que ceux chargés de faire le ménage chez nous, préfèrent s'occuper et s'illustrer ailleurs.

2. On ne commande pas un "Tout" et partie d'un "Tout"

Qui trop embrasse, mal étreint. Cette sagesse populaire a été élevée au statut de règle par les penseurs de l'art militaire: On ne commande pas un Tout et partie d'un Tout. Ainsi le général Eisenhower, commandant le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, ne commandait pas en même temps la 90e Division d'Infanterie du VII Corps de la 1re Armée américaine à Utah Beach. Les écoles MBA ont toutes reconnu la valeur de cette règle militaire et l'ont transposée dans la vie des sociétés civiles. Lakshmi Mittal l'applique, car il n'insiste pas à être aussi magasinier en chef à Schifflange.

Cette règle est tellement intuitive aussi, que tout le monde (enfin presque) comprend qu'on ne peut mener de front deux fonctions aussi absorbantes que celles de Premier Ministre du Luxembourg et Président de l'Eurogroupe. Mais notre Premier a déjà compris cela et a dit qu'il resterait chez lui en 2012. Il a aussi dit le contraire. Le Président français devra donc décider pour lui une fois de plus.

D'ailleurs il faut remettre en question ces ambitions européennes, internationales et onusiennes de nos ministres: à force de vouloir jouer ces rôles, les confrontations avec nos voisins se multiplient au point de devenir personnelles. Messieurs Blair, Sarkozy, Steinbrück, Cameron et Madame Merkel ne diront pas le contraire. Ce qui ne peut servir l'intérêt du Luxembourg et de sa place financière. On ne lance pas des pierres dans une maison de verre.

La règle devrait avoir force de loi quand il s'agit de cumuls rémunérés, ardemment convoités par des fonctionnaires. L'exécutif qui est ainsi rémunéré par des intérêts privés fait une moquerie de nos institutions démocratiques et de l'indépendance de l'Administration. Et ailleurs, dans le reste de la vie publique la règle devient une question de pure décence. Cela comprend les syndicats.

Heureusement , et je suis sûr et certain de cela, tout ce monde suivra l'exemple civique du nouveau Ministre de l'Economie, Etienne Schneider, qui non seulement n'acceptera pas de reprendre le siège d'administrateur d' Arcelor-Mittal de son prédécesseur, mais qui a aussi promis de démissionner des trois autres postes d'administrateur qu'il occupait en tant que fonctionnaire (eh oui!), pour "éviter les conflits d'intérêt". Ses collègues fonctionnaires ne manqueront pas de suivre ce bel exemple de civisme et de responsabilité personnelle, et n'attendront même pas que le nouveau code de déontologie promis post-scandale de Livange les y oblige dès le début de l'année pour le faire. Il faut saluer le courage et l'honnêteté de Monsieur Schneider, qui se profile ainsi en Homme d'Etat.

3. Revoyons la Constitution

J'ai eu l'occasion (1) de commenter sur les mystérieux travaux qui semblent avoir lieu en vue d'une révision de la Constitution. Elle est bien archaïque, faible, tout au plus un peu gênante de temps en temps. Alors on la change au quart de tour, 37 fois en tout depuis son octroi et la fréquence s'accélère. Je compte 46 articles sur les 121 qui énoncent un principe tout en incluant des restrictions qui permettent d'invalider l'article par des simples lois , voire règlements. Je compte 27 qui me semblent bizarres en cette année 2012. Bref, notre loi fondamentale ne l'est pas. Elle ne garantit pas solidement la séparation des pouvoirs, les libertés et droits de l'homme. Elle a été pensée et concédée pour être facilement contournée. Je souhaite donc que l'équipe qui se penche sur la malade dans une chambre noire, montre sa face et ses travaux au grand jour pour laisser une place au débat public, et qu'un référendum permette au peuple de déterminer Sa loi fondamentale.

4. L'avenir sera transparent, c'est clair

C'est une bonne nouvelle: la loi concernant la liberté d'accès à l'information devrait être votée sous peu. C'est ce qui est connu internationalement comme FOI, "Freedom of Information". On y a travaillé depuis 11 ans et demi et elle devrait être au point maintenant. Le gouvernement avait des réticences face à la perspective de devoir se livrer à des strip-tease, chaque fois que la presse ou le public exige un accès à des documents. Cela nous permettra de demander où on en est avec cette révision de la constitution, ou avec le stade de Livange. Et mes amis à "Transparence Internationale", qui chaque année publient un index de corruption, amélioreront le score du Luxembourg.

5. Repensons la globalisation

Je pense que tous les luxembourgeois conviennent qu'on a souvent besoin de plus grand que soi. L'adhésion aux projets européens et la globalisation est une nécessité, mais a du bon et du mauvais. Donc mesurons notre enthousiasme. Ainsi l'ouverture des marchés a aidé nos industries, l'acier en premier. Le Luxembourg a habilement exploité des niches de souveraineté qui ont fait éclore des activités bien lucratives: le centre financier, les services radiotélévision, la logistique. Mais il y a eu retour de manivelle: la concurrence globale a ruiné notre sidérurgie nationale, l'UE s'attaque aux niches de souveraineté et ailleurs l'OECD s'occupe du secret bancaire.

La globalisation a aussi permis l'acquisition de quelques fleurons de l'économie luxembourgeoise par des groupes internationaux. Ceux-là ont comme motif soit d'augmenter leur bilan, soit d'acquérir des marchés ou du savoir-faire qu'ils n'ont pas, soit de purement et simplement éliminer tout ou partie du concurrent luxembourgeois qu'ils viennent de s'accaparer. Sans pitié bien sûr pour la perte d'emplois qui accompagnent l'opération. Souvent l'ogre étranger, ayant séduit les actionnaires de la belle luxembourgeoise, commet tous les outrages sur elle, et c'est au gouvernement luxembourgeois, parrain du mariage, de récupérer l'épave déchirée de la belle en cas d'échec: BGL, BIL, Arcelor et y en aurait-il d'autres? Mon vœu: cessons d'être naïfs.

6. Justice différée est justice déniée

Au Luxembourg la justice est toujours différée, ou pire, classée, faute de moyens et de volonté politique. A la "rentrée judiciaire" en automne, le Procureur Général Robert Biever a confirmé ce que tous les criminels et leurs victimes savent: le Luxembourg est un paradis judiciaire, car la Justice n'a pas les moyens de sa mission. En particulier quand il s'agit de crimes financiers et de blanchiment d'argent. 1.500 affaires prescrites ont dû être classées faute de moyens depuis 1990! Nous connaissons tous l'histoire (presque) amusante de la vache volée du fermier de Mertzig, qui s'est terminée après 13 ans par la condamnation du Luxembourg devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme à Strasbourg.

En 2004, j'ai été moi-même victime d'un crime financier et j'ai porté plainte civile et pénale. L'affaire est donc dans sa huitième année. Pour en décrire les circonstances et les vicissitudes, j'ai brossé un tableau d'un microcosme extrêmement représentatif du "système luxembourgeois" et qui couvre 2 chapitres dans mes mémoires. Un personnage témoin est décédé entretemps, mais tous les jugements intermédiaires m'ont été favorables. La justice est délivrée en mon cas, mais avec extrême lenteur. Donc mon vœu pour le gouvernement est: restez chez vous et réparez cette justice comme le Procureur Général le réclame et comme les juges de Strasbourg vous ont enjoint de faire à plusieurs reprises. Sans oublier la menace américaine sur les paradis judiciaires.

7. L'Ombudsman, en vrai anti-Kafkaïen, doit être une femme

On a besoin d'un homme à tout faire quand on est trop paresseux, incapable, ou qu'on n'a pas le temps de maintenir ses choses en ordre. Pour notre gouvernement cette personne est donc nécessaire et s'appelle Ombudsman. Il est intervenu 1086 fois en un an, dont une fois pour moi.

C'est au sujet de mon affaire citée plus haut que j'ai sollicité son aide. Attendez, attendez, ce n'était pas à propos des 8 années de procédures judiciaires. Non, c'est que l'Administration des Contributions s'en est mêlée! Elle a découvert que selon elle je devais des arriérés d'impôt sur des revenus disparus dans l'arnaque. Comme si le fermier de Mertzig devait payer un impôt sur la valeur de sa vache volée! On m'a avisé qu'une procédure de "demande gracieuse" devrait facilement corriger ce zèle fiscal. Cinq kilos de documents à l'appui n'ont cependant pas touché la fibre gracieuse du sieur Heintz, directeur des contributions. L'homme détient le pouvoir finalement exorbitant, arbitraire et inéquitable de dire qui est un cas de rigueur, qui paye un impôt sur des pertes, et d'accorder des crédits d'impôt à millions sur profits au suivant.

J'ai crié "Kafka" auprès de l'Ombudsman Marc Fischbach. Résultat: l'impôt reste dû, mais son payement est différé jusqu'à la fin de la procédure pénale, qui elle est déjà différée. Mais l'administration des contributions est gargamelesque. Comme si elle regrettait sa mansuétude après sa concession, elle est revenue avec vengeance pour amender sa concession: il faut payer 100 € par mois (?), et le solde est frappé d' un intérêt punitif. Pour apaiser le dragon, chaque fois que j'avais l'occasion, je faisais des virements de mon solde entier sur mon CCP, des sommes allant de 88 centimes mensuels jusqu'à € 6.49. Avec cela j'aide à financer donc les crédits d'impôt de Monsieur Mittal, Becca et beaucoup d'autres! Je souhaite que la nouvelle Ombudsfra fasse le ménage!

Bonne Année. Vous allez voir, on est sur la bonne route.

(1) Luxembourg: Vers la révision de la Constitution, le 03 novembre 2009: http://feierwon.blogspot.com/2009/11/luxembourg-vers-la-revision-de-la.html