Wednesday, November 1, 2017

La Catalogne: j’ai besoin d’un cours de rattrapage.


Le drapeau de l’autodétermination ?  Photo ET

La Catalogne: j’ai besoin d’un cours de rattrapage.


On a donc fait défiler ces jours-ci les « Grande » de la gente politique galonnée sur les écrans de télévision. Au pas, les Européens d’abord, même Juncker tentant cette fois-ci à exhiber son meilleur comportement d’un dimanche matin sobre. Suivi en cadence par les Colombiens, Mexicains et tout ce monde qui supporte ce rabat-joie de Rajoy. Notez qu’ils ont tous mis quand-même 2 à 3 jours pour réagir. Juste pour voir si le voisin allait se mouiller d’abord.


Vous avez deviné que j’ai eu un faible, quoique superficiel, pour cet élan catalan, parce que la Catalogne est le faible dans cette affaire. J’ai toujours tendance à supporter le plus faible. Et j’étais  surtout agacé par le plus fort, parce qu’il n’a pas eu la jugeote politique d’y aller mollo avec ses sbires, quand il a voulu empêcher ces grand-mères catalanes extrêmement dangereuses d’aller voter. Elles avaient peut-être même voté dans le sens du poil de Rajoy ? Pourquoi les tabasser ? Avouez, ces images qu’on a vues, de poignées de cheveux scalpées des filles et les nez fracassés de paisibles électeurs, ces images faisaient désordre, et les sympathies vont vers les grand-mères, pas les flics menaçants sous les ordres madrilènes.


Voilà pour le côté émotionnel. Mais au moins nous sommes adultes. Ne cédons pas aux émotions, car il y en a qui disent que Rajoy défend l’Etat de droit (manque un e final ?) contre des velléités immatures et irréalistes d’égoïstes catalans.


Holà, avec un H. On m’a déjà expliqué le contraire dans ma vie: on m’a convaincu dans ma jeunesse que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes était sacro-saint. Le principe se retrouve dans la Charte des Nations Unies. Peuples, Nations Unies, vous entrevoyez le problème d’interprétation tout de suite : quelle est la différence entre peuple et nation ? Une simple réponse à cette question difficile est qu’un peuple peut être une nation, mais une nation peut être plusieurs peuples ou un autre amalgame. Pour esquiver cette question de qui peuvent disposer d’eux-mêmes, les peuples ou les nations, un dénominateur commun aseptisé a été trouvé, en appelant la chose « le droit à l’autodétermination » au lieu de droit des peuples ou des droits des nations à disposer d’eux-mêmes. Cela date d’un bon demi-siècle. En fait donc, le principe s’applique aux deux, peuple et nation, et justifie tout aussi bien la sécession librement voulue que l’adhésion à une union ou autre organisation librement consentie.


Et on était parti dès les années 50 contre les Soviets, impérialistes et gloutons, en expliquant le bon principe de l’autodétermination aux pays satellites de l’URSS : aux Hongrois, Tchèques et Slovaques. L’Ouest badinait avec Tito, Nicolae Ceausescu, et puis Solidarnosc pour bien ennuyer Moscou. Sans parler par ailleurs du Tibet, du Vive le Québec libre, et de l’Ecosse.


Les Soviets ripostaient en état de droit en utilisaent les gros bâtons chez eux, tout en expliquant le même principe de l’autodétermination aux colonies européennes de par le monde, tout en déclarant  la colonisation immonde. C’est ainsi que les Belges ont perdu « leur Congo », lors de la grande décolonisation des années 1960.


C’était aussi l’époque de l’émergence d’une grande catastrophe : le changement climatique était déjà en pleine  ébullition. On nous expliquait qu’on allait vers une nouvelle ère glaciaire. Boston sera sous 1,5 km de glace en l’espace de quelques décennies. Le tout aspergé de pluies acides.


Heureusement pour Boston, 50 ans plus tard le climat a fait volte-face. Ça chauffe chez eux. L’empire soviétique et les empires coloniaux sont désormais aussi des faits du passé. Contrairement au démantèlement de l’Union Soviétique, les pays européens avaient choisi de librement disposer d’eux-mêmes en s’unissant librement dans une Union Européenne qui serait toujours « de plus en plus étroite ». Les peuples européens étaient enthousiastes. Hélas la volonté des peuples a été prise en otage dans le grand effort centralisateur des grands princes électoraux de l’Europe, qui souvent ne sont même pas élus. Cela se résume par un vilain mot : Bruxelles.


Dans le temps, Moscou envoyait ses chars. Aujourd’hui Rajoy envoie ses matraques. C’est la réaction de « l’Etat de droit », ou de la « Nation ». Comme dans les « Nations Unies ». Les princes électoraux européens bien-sûr défendent leur état de droit : on amalgame, on ne s’ingère  pas dans les affaires internes des nations, mais on a quand même une opinion sur ces rebelles Catalans effrontés. On défend donc son Bruxelles.


Mais, disent les Catalans, nous voulons une Union Européenne, nous voulons y rester. Ils veulent peut-être dire une Europe des Peuples, pas une Europe des Nations selon la définition plus haut. Celle qui est sous tutelle de ses Princes Electoraux qui ont failli cette Europe et qui ont failli de prévoir la présente désintégration du genre Brexit. Les Catalans seront peut-être les catalyseurs d’une Europe nouvelle, revigorée ? Et qui en fait affaiblira l’état national, qui cèdera des droits souverains à Bruxelles, et se verra abdiquer d’autres pouvoirs à plus petit que soi.


En conclusion, faut-il se méfier de la science des vendeurs des changements climatiques successifs: les mêmes preuves servent à vendre soit une ère glaciaire soit le réchauffement climatique en l’espace de 50 ans? Et faut-il se méfier des contorsionnistes politiques hypocrites qui choisissent dans leur menu, selon les besoins du moment, entre deux mets différents, soit l’autodétermination pour fracturer l’URSS, soit l’état de droit pour tabasser la Catalogne ? Qu’importe le choix, les deux permettent d’attaquer l’opposant de malfaisant, criminel, déloyal, stupide, coupablement ambitieux, narcissique, populiste, raciste, extrémiste, colonialiste, nationaliste, menteur et fou. Mais les faits sont que lors du vote populaire et du vote au Parlement catalan, le droit à l’autodétermination a dit oui à la sécession, et l’état de droit espagnol a répondu non. La suite des évènements peut être lue dans les livres d’histoire, car l’histoire risque de se répéter. C’est la confrontation, il y aura des manifestations, des exilés,  la rue s’insurge, la répression dépasse la mesure, jusqu’à mort d’homme. La rue aurait son martyr.


Ainsi on continuera à voter pour l’indépendance en Ecosse, au Québec, en Flandre, au Kurdistan et ailleurs jusqu’au jour où le oui forcément l’emportera. Brandir la Constitution, envoyer les tontons macoutes, faire des concessions n’arrêteront pas la dynamique une fois quelle est embrayée.


C’est bien compliqué. J’espère trouver un bon cours de rattrapage sur la Catalogne. Sous condition que ce ne soit pas dans un camp de reeducation.

Friday, September 29, 2017

Jean-Lou Siweck quitte le Luxemburger Wort et Déborah  de Robertis y est à poil.


Ligne  éditoriale









Jean-Lou Siweck quitte le Luxemburger Wort et Deborah de Robertis y est à poil.

Update 30 Septembre 2017

Jean-Lou Siweck était un excellent rédacteur en chef du Luxemburger Wort. Ça, c’est moi qui le dis. Mais je ne suis pas le seul à le dire. Luc Frieden est bien-sûr d’accord avec moi. Lisez la langue de bois du communiqué ci-dessous, tiré tel quel d'un modèle américain pour communiqués de presse prémâchés :

Préambule wishiwashi, Luc ouvre les guillemets, Jean-Lou ouvre les guillemets, le poète a dit la vérité, on doit donc s’en séparer parce qu’on ne peut pas faire mieux. cqfd.

Puis Pub : Saint-Paul édite pas mal de choses. Dont wort.lu où j’ai retrouvé cette chère Déborah de Robertis. Pourquoi dois-je me corriger tout le temps en pensant que son nom est Roberta de Benedictis !?

Je pense que c’est à cause de la confusion que me donne la sombre ligne éditoriale du communiqué de presse ci-dessous, comparé à la ligne éditoriale, plus légère et taquine de l’article qui nous montre Roberta, euh Déborah, et le tout Paris.

Ma question : la nouvelle ligne éditoriale, est-ce plutôt le communiqué de presse à la « Gräbersegnung um 4 Uhr », ou plutôt les faits et gestes de la débordante Déborah ?


Veröffentlicht am Donnerstag, 21. September 2017 um 16:30

Jean-Lou Siweck, le rédacteur en chef du Luxemburger Wort, quittera ses fonctions dans la maison d’édition Saint-Paul Luxembourg au 30 septembre 2017. Cette séparation résulte de discussions entre le conseil d’administration et le rédacteur en chef relatives à la mise en œuvre de la ligne éditoriale du Luxemburger Wort. 

Le président du conseil d’administration de Saint-Paul Luxembourg, Luc Frieden, a déclaré : « Au nom du conseil d’administration, je tiens à remercier Jean-Lou Siweck pour son importante contribution au positionnement qualitatif du Luxemburger Wort et des autres médias du groupe dans un environnement marqué par de profonds changements pour la presse écrite. Grâce à la compétence et au professionnalisme de Jean-Lou Siweck, le Luxemburger Wort a pu renforcer son leadership incontesté de la presse écrite au Luxembourg. » 

Jean-Lou Siweck a déclaré : « Je remercie Saint-Paul Luxembourg de m’avoir offert en 2013 l’opportunité de revenir au monde des médias. Au cours de ces quatre années, j’ai mis tout mon cœur dans le développement des médias du groupe et du Luxemburger Wort en particulier. Je remercie les journalistes du Luxemburger Wort, du Télécran et du Contacto de leur engagement et de leur soutien. Je les encourage, alors que les médias payants évoluent dans un environnement particulièrement difficile, à maintenir le cap d’un journalisme de qualité dans l’intérêt des lecteurs. » 

Licencié en journalisme et communication de l’Université libre de Bruxelles (ULB) et diplômé du Collège d’Europe de Bruges, Jean-Lou Siweck, 46 ans, occupait les fonctions de rédacteur en chef du Luxemburger Wort et de directeur des rédactions de Saint-Paul Luxembourg depuis novembre 2013. Il était auparavant journaliste au d’Lëtzebuerger Land et chef de ressort au Le Quotidien ainsi que, de 2004 à 2013, conseiller économique au Ministère d’Etat. 

Saint-Paul Luxembourg est l’éditeur du Luxemburger Wort, quotidien fondé en 1848 et premier média payant du Grand-Duché de Luxembourg. L’entreprise de médias édite par ailleurs le site Internet « wort.lu » en trois versions linguistiques distinctes et publie les hebdomadaires Télécran, premier magazine du marché, et Contacto, première publication lusophone du Luxembourg, ainsi que son site internet « contacto.lu ». 



Sunday, September 24, 2017

Paradis fiscal un jour, paradis fiscal toujours?

Ecran de nuages










Paradis fiscal un jour, paradis fiscal toujours?


Y a-t-il une date de péremption pour les fraudeurs du fisc, et surtout leurs facilitateurs, les paradis fiscaux ? A en croire l’article du Journal de Montréal, pas du tout. Et les paradis fiscaux ne peuvent pas simplement racheter leur vertu en tournant la page. La preuve : Wikileaks, Luxleaks, Panama Papers, une série à suivre.

L’article focalise sur Bradley Birkenfeld, un nom qui fait encore frissonner la Bahnhofstrasse à Zurich. Il a vécu un drame personnel, et le hasard l’a fait un des sonneurs d’alerte les plus connus du monde. Je le rencontre de temps en temps dans des conférences sur le crime financier. Il a raconté dans son livre « Lucifer’s Banker », ou « Des Teufels Banker »  les années houleuses pendant lesquelles il a été à la fois incarcéré par la Justice américaine et récompensé d’un chèque de 104 millions de dollars (75 millions nets après impôt, s’il vous plait, comme il se doit) en tant que sonneur d'alerte par le Département des Finances américain.

Il n’y a pas de péremption pour les paradis fiscaux, parce que ce n’est pas qu’une question de droit : c’est une question éminemment politique et morale que les opinions publiques ne trancheront que d’une seule façon. C’est que les fraudeurs du fisc vivent aux dépens de ceux qui payent leurs impôts.

Nous verrons encore les journalistes du « International Consortium of Investigative Journalism », ICIJ, ou encore du « Organized Crime and Corruption Reporting Project », OCCRP, fouiner dans les allées mal éclairées.  

Il y aura surtout une poussée internationale pour un statut qui protège, sinon récompense le sonneur d’alerte, à la Bradley Birkenfeld.

Saturday, September 23, 2017

LuXemburger Wort - Mémoire à Luc Frieden: On ne change pas une équipe qui gagne!

Allumez 1000 lanternes

















LuXemburger Wort - Mémoire à Luc Frieden: On ne change pas une équipe qui gagne!

https://www.wort.lu/de/politik/in-eigener-sache-stellungnahme-der-redaktion-59c5377556202b51b13c3b23




Monday, September 4, 2017

Banque Internationale à Luxembourg: L’homme qui a vendu la Banque BIL deux fois pour deux fois rien.

BIL : Entre Chien et Loup





















Banque Internationale à Luxembourg: L’homme qui a vendu la Banque BIL deux fois pour deux fois rien.

Les aléas de sa carrière ont mis Luc Frieden dans la situation unique de vendre la BIL deux fois en 5 ans : une fois pour le Luxembourg, puis une deuxième fois pour le Qatar. Il a mieux fait pour le Qatar que pour le Luxembourg.

La première vente de la BIL à Precision Capital, fond appartenant à la famille régnante du Qatar et devenu investisseur luxembourgeois par domiciliation, était ficelée dans la précipitation à un prix de braderie en 2011-2012 suite à la crise de DEXIA. Le marché s’attendait à une transaction d’Euros 900 millions ou plus, malgré cette crise. Precision Capital a enlevé la Belle, fleuron historique des banques luxembourgeoises, pour 657 millions d’Euros. L’année de référence pour déterminer la valeur de la banque était l’année 2010. Elle avait alors un revenu net d’Euros 240 millions.

La seconde vente au Legend Holdings chinois est à considérer selon le cas comme étant pour deux fois rien ou au contraire pour un incroyable multiple de 5 fois plus.

C’est deux fois rien si l’on considère les opportunités perdues : la BIL n’a pas pu reconnecter avec son niveau de revenus de 2010, c.à.d.  Euros 240 millions. Il y a eu bien-sûr le moment de crise de DEXIA de 2011-2012. Mais la BIL avait gardé ses possibilités de performance inhérentes. Cette performance n’était que d’Euros 134 millions de revenus nets en 2015, une bonne centaine de millions de moins qu’en 2010, et d’Euros 110 millions en 2016, un autre recul de 24 millions. Malgré ce recul, l’investisseur stratégique Legend Holdings est d’accord pour payer plus de 13 fois le revenu net de 2016. Il faut sous-entendre que la relativement faible performance de la banque en 2016 a diminué sa valeur, peut-être de près de la moitié de son potentiel démontré en 2010. Ce n’est pas deux fois rien, mais cela aurait pu être deux fois plus.

Quoiqu’il en soit, les chiffres de 2017 sont bons malgré le manque à gagner. En prenant les revenus de référence comme base, la transaction de 2017 se fait sur moins de la moitié des revenus de 2010, en l’occurrence 240 millions en 2010 contre 110 millions en 2016. Sur cette base la seconde vente en 2017 est de 5 fois supérieure à celle de 2011. Dans les circonstances, c’est très, très bien pour le Qatar.

Le Qatar s’y retrouve à Luxembourg : il y est implanté, y a été courtisé, et vient de faire une bonne opération, en réalisant en moins de 5 ans une plus-value de 823 millions d’euros soit au total plus de 125%. Cela vaut un bonus au personnel ?

L’aventure Cargolux n’a pas été un fiasco pour le Qatar non plus. Seulement pour Cargolux. L’achat et la revente des parts de QR dans CV se solde par une somme zéro. Mais les droits internationaux acquis par QR au Luxembourg au cours de cette aventure n’ont pas été rescindés par le Luxembourg, et le know-how acquis pendant la transaction et la période de coopération est précieux.

Reste la KBL. Elle n’est pas à vendre.  A moins d’avoir besoin de cash supplémentaire, dû à son isolement abrupt par ses voisins, le Qatar sera ravi de compter sur des amis et de garder ses opérations à Luxembourg.

Legend Holdings regardera maintenant à son équation : comment augmenter le rendement de la banque ? Serait-ce en coupant les coûts ou en soutenant une nouvelle orientation avec une nouvelle équipe?

Friday, November 11, 2016

Des Présidentielles américaines pas comme les autres.


Curacao


Des Présidentielles américaines pas comme les autres.

Egide Thein

Je suis à une conférence à Curaçao, où les gens ne sont pas encore revenus de l’élection de Donald Trump comme Président des Etats-Unis. « Pourtant » me dit Miguel, dirigeant d’une importante banque de la place, « nous sommes généralement bien informés par CNN sur ce qui se passe sur le continent. Personne ne s’attendait à cela ». Au Luxembourg il en est de même. Des sondages avaient donné 3% de support à Donald Trump, 71% à Hillary Clinton. C’est aussi un résultat indirect de l’information, truquée comme on verra, par le même CNN. Pourtant en analysant froidement les mouvements des dix derniers jours de la campagne électorale, j’arrivais à la conclusion que Trump pourrait gagner jusqu’à 40 Etats, et avec cela la Présidence ! Mais pour arriver à cette conclusion, il fallait inclure statistiquement quelques impondérables émotionnels, mais chiffrables, qui existent dans les mouvements des grandes foules.

Ce qui s’est passé réellement est une incroyable mystification du public par une série de fautes stratégiques des deux partis, une tromperie par les medias qui ne cachent plus leurs préférences et s’ingèrent dans le débat pour favoriser leur candidat, la méconnaissance du phénomène de rejet universel du« politiquement correct » (1) aux Etats-Unis comme en Europe, et la non-maitrise sinon le truquage de l’outil statistique par les sondeurs d’opinion, qui font dire ce qu’ils préfèrent. Le public s’est révolté. Rares sont encore ceux aujourd’hui qui perçoivent et mesurent le grand chambardement fondamental dans la vie politique des Etats-Unis. Il se passe sous nos yeux.

Les élections ne sont plus des couronnements 

La démocratie américaine n’est plus ce qu’elle était, du moins telle qu’elle a été conçue il y plus de 240 ans. La politique américaine était devenue une science cynique où les meilleurs stratèges et tacticiens s’en donnaient à cœur joie pour contourner les préceptes de la constitution, de la coutume, et qui souvent ignorent la loi tout simplement. Un électorat polarisé était là pour condamner ou justifier à la fois la transgression. Il en résulte une classe politique arrogante, au-dessus de la loi, qui forme aussi la base d’un pouvoir occulte par des intérêts particuliers, de lobbies puissants, et d’ambitions personnelles qui prennent les partis en otage et créent une atmosphère mafieuse. Non, il n’y a pas de place pour les enfants de chœur.

Ainsi, il y a un peu plus d’un an, même si vous n’avez suivi les nouvelles que fortuitement, vous aurez certainement enregistré que les élections de 2016 allaient être un duel Hillary Clinton contre Jeb Bush. L’une épouse d’un ancien Président, l’autre fils et frère de deux anciens Présidents. Hillary contre Jeb, comme si cette République était destinée à être gouvernée par une dynastie alternante, soit Bush, soit Clinton. Tel était le bon vouloir des forces occultes qui dirigent les partis.

Une personne, un vote, un candidat !

Etait-ce la nouvelle démocratie américaine à l’image de la Corée du Nord ? Les partis Démocrate et Républicain avaient bel et bien choisi une stratégie du résultat inévitable. Chez les Démocrates, Hillary Clinton, dans les primaires, ne devait pas avoir de contre-candidat viable du tout, pour en arriver vite au scenario d’une personne, un vote, un candidat. Chez les Républicains, Jeb Bush, lui aurait des compétiteurs, mais ils seraient écrasés à coups de millions de dollars en marketing et attaques publicitaires. Les Présidentielles seraient dès lors un duel Hillary-Jeb, chacun dépensant au moins un milliard de dollars pour suffoquer l’autre. Mais l’un d’eux serait Président.

Après l‘élimination de Jeb tôt dans la sélection, on allait vers le couronnement de « Hillary », princesse héritière de droit, qui comme première femme hériterait de la Maison Blanche par la grâce du féminisme. Il est curieux que l’Amérique des « We the People » soit à un tel point devenu non-démocratique que de proposer comme choix principal deux dynasties.

Quand les « We the People » se rebiffent.

Les belles stratégies concoctées par les princes électoraux des deux partis avaient un hic, dans les deux cas: Bernie Sanders chez les Démocrates et Donald Trump chez les Républicains. Les deux n’étaient pas censés faire long feu, comme le politiquement correct l’aurait exigé. Nous assistions par contre à une orgie du politiquement incorrect. L’électeur, extenué de se mouvoir sur un mouchoir de libertés, a laissé libre cours à sa rancune accumulée depuis des années. Et il a puni les gérants de la pensée unique.

Pour trouver des explications, revenons d’abord au procédé des Primaires qui se veut démocratique pour choisir des candidats dans les deux partis principaux, les Démocrates et les Républicains. Ce sont les élections primaires qui ont commencé dès le premier février 2016 avec un « caucus », sorte de démocratie directe, en Iowa, puis des élections dans le New Hampshire, Nevada, South Carolina ensuite, pour finir vers le mois juillet, Etat par Etat. C’est compliqué.

Il faut savoir d’abord que ces élections primaires ne sont pas organisées par le gouvernement, mais par les partis, qui sont en fait des associations privées qui empruntent les infrastructures de l’Etat pour ces élections. Ces élections primaires sont soit réservées aux membres inscrits du parti, soit ouvertes à tout le monde selon les états. C’est le parti local qui fixe les règles. La consultation est soit sous forme d’élections à vote secret, soit le caucus, sorte de rassemblement pendant lesquels on distille un vainqueur en rejoignant la faction de l’un ou de l’autre candidat, un vote public à main levée en sorte.

Ce processus des primaires est un premier élément de divergence avec les pratiques européennes. C’est l’électeur qui sélectionne les candidats à la Présidence, et en principe pas la nomenclature du parti comme en Europe, qui impose ses candidats. Dans la trajectoire vers la nomination, un candidat doit habilement naviguer les sensibilités politiques, et des fois adroitement pencher plus vers la droite ou la gauche. Ceci parce que les deux partis couvrent chacun un large spectre idéologique, et l’aile gauche du Parti Républicain peut avoir des représentants plus à gauche que les éléments de droite du Parti Démocrate. L’histoire des partis est étonnante aussi pour leurs destinées contradictoires. Ainsi le parti Républicain de Lincoln, antiesclavagiste, tradionnellement n’a pas la majorité du vote de l’électorat noir. C’est le domaine réservé des Démocrates, quoique historiquement liés au Ku Klux Klan avec le dernier élu proéminent, le Sénateur Robert Byrd de West Virginia jusqu’en 2010. Ainsi gauche et droite ne sont vraiment reconnaissables que dans leurs phalanges extrêmes. Le reste est un « mainstream » pragmatique, souvent « Indépendant », où d’ailleurs il n’est pas rare de voir des personnages changer d’un parti à l’autre. Quelques exemples sont Ronald Reagan, Michael Bloomberg et oui, Donald Trump. Mais ces campagnes électorales-ci étaient brutales dans ses formes, et superficielles dans ses programmes.

Je te casse la gueule a la récrée.

Excuse my French, diraient les américains. Mais à force d’entendre les diatribes de Donald Trump, de Lying Ted, Little Marco et Crooked Hillary, on emprunte facilement leur langage des 16 mois passés ! Uncle Joe (le Vice-Président Biden) a même lancé un défi : il attendrait le Donald derrière la salle de gym. Et le Donald a fait : « Je souffle, et Joe mord la poussière».

Après ces clarifications sur les grandes stratégies d’avenir, Trump a joué un peu au docteur, micro ouvert et pruderie nationale comprise, comme il se doit en 3ième année primaire. Et Hillary s’est fâchée aussi. Elle a traité les obtus qui n’allaient pas voter pour elle de « déplorables », et ce en criant comme une concierge dans la cage d’escalier. Cela coute cher : on n’insulte pas les électeurs, seulement les concurrents. Donald a dit qu’elle était une menteuse invétérée. Elle a dit qu’il ne respectait pas les femmes. Lui a dit que non, que ça c’était son mari Bill.  C’était un brin fatigant, et l’électeur n’aimait pas vraiment ni l’un, ni l’autre, avec une cote d’impopularité d’environ 75% chacun.

150% des américains n’aimaient pas leurs candidats

C’est une boutade bien-sûr, en pleine figure des sondeurs d’opinion qui ont misérablement failli leurs petits calculs des prédictions. J’ai additionné les deux cotes d’impopularité, ce qui donne 150%. C’est évidemment un chiffre intentionnellement faux et impossible, une démonstration par dérision que les sondages manquaient de rigueur scientifique. Mathématiquement cependant, on peut conclure que de 50% à 75% des américains n’aimaient ni l’un, ni l’autre des deux candidats. C’est dire que l’électeur a décidé non pas qui des deux candidats était le meilleur, mais qui des deux était le moins mauvais. Le public a décidé qu’il préférait le tempérament volcanique du Donald et le mouvement qu’il a créé, aux manigances des Clinton, sous enquête permanente du FBI, même si celui-ci a été politisé dans le coup.

CNN, Clinton News Network ?

CNN est l’épitomé des mauvaises nouvelles pour la Presse qui en fait perd son statut de quatrième pouvoir depuis ces élections. La Presse n’a pas été neutre dans ces élections. Elle a abandonné dans beaucoup d’occasions son devoir de neutralité par des reportages sélectifs, et des reportages intentionnellement inclinés en faveur de l’un et l’autre candidat. On connait les penchants pour la gauche des grandes chaines de télévision, pour la droite de Fox News et des nombreuses radios avec leurs programmes syndiqués à travers le pays. CNN s’est distingué avec la main dans le sac. CNN s’est fait taper sur les doigts pour avoir fourni d’avance les questions pour des interviews et les débats à Hillary Clinton, selon Wikileaks, méritant depuis le surnom de Clinton News Network. En tant que consommateurs de nouvelles, sommes-nous devenus ce que nous consommons ? Miguel de Curaçao n’a que cette source-là. Les journalistes européens eux aussi regardent CNN pour concocter leur message. Pas étonnant que faute d’enquête et d’analyse personnelles, ils épousent le parti pris de ceux qu’ils écoutent, les erreurs et les omissions comprises. En ces circonstances, le risque de se tromper n’est pas contrôlable. C’est à marée basse qu’on voit qui n’a pas de maillot.

Comme  Wikileaks est venu éclairer la proximité de certains organes de Presse et de la caste politique, l’acharnement de son propre parti contre Sanders, le désaveu de Trump par les ténors de son parti, force est de constater que c’est la tête des deux partis qui est maintenant désavouée et sevrée de la base.

Wall Street est désormais Démocrate, Main Street Républicaine

C’est le grand chambardement dont je parle plus haut. C’est le monde à l’envers. Le clientélisme électoral voulait ce que les leaders des deux partis voulaient : Hillary ou Jeb. Ce n’est ni l’une ni l’autre. Bernie Sanders, comme l’un des deux insurgés a côté de Trump, aurait eu plus de chances de réussir que Hillary, qui en fait n’était pas une candidate idéale, avec trop d’angles attaquables.

Le résultat de cet imbroglio politico-sociétal est que la classe moyenne ne se retrouve pas dans les aspirations élitaires des Démocrates. Ces élites ont perdu leur parti. Les élites Républicaines ne se retrouvent pas dans aspirations des nouveaux supports du parti, dont des syndicats ! Ce parti a perdu ses élites. La Presse a perdu la confiance du public, et les magiciens des sondages publics ont perdu leur crédibilité. Où va l’Amérique ? Elle va dans le sens du quatrième pouvoir, mais ce n’est plus la Presse. Le quatrième pouvoir est désormais la Bureaucratie, les grands serviteurs de l’Etat dans les administrations.

En attendant il y aura des mauvais perdants qui vont casser leur voisinage pendant quelques jours encore, le Président Hollande va ravaler ses hauts de cœur, l’Union Européenne cherchera sa boussole, et certains liront la Constitution américaine.

(1) Les effets pervers du politiquement correct. 15 janvier 2016. http://tinyurl.com/hp59d5h





Monday, September 19, 2016

L'interview de Juncker que Youtube et l'UE ne voulaient pas


Jean-Claude in the Cloud























L'interview de Juncker que Youtube et l'UE ne voulaient pas


« Une jeune youtubeuse était particulièrement enthousiaste après avoir été approchée par YouTube pour interviewer le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Laetitia Nadji a pourtant vite déchanté lorsqu'elle s'est rendue compte qu'elle avait été choisie pour jouer les potiches et servir la soupe au Luxembourgeois. »

Laetitia (dont l’origine du nom est charme) a papillonné autour du gérontocrate en faisant gentiment, gracieusement, l’exposé de multiples accusations par l’entremise d’un préambule assez élaboré à ses questions. On se souviendra aisément de la liste de ces accusations. Quant aux réponses de Juncker, fossile dans la phalange de l’UE, ses réponses n’ont laissé aucun impact. Surtout sur des jeunes, qui ont entendu la même salade fanée qui les écœure.  On ne s’en souvient pas. Sauf que, fidèle a une de ses devises, il a menti quand il a prétendu ne rien savoir des « tax rulings » luxembourgeois.

On aura aussi noté qu’il y avait un verre d’eau sur la petite table. Mais Juncker n’y a pas touché.


Somme toute, une initiative qui a un peu foiré.