Sunday, November 24, 2013

Au Forum sur la Transparence, une mauvaise note pour le Luxembourg


    Paradis. Photo ET


UPDATE 25Nov2013

Sur initiative du G20 et dans le cadre de l'OCDE, ce Forum a été institué pour déterminer le niveau de transparence en matière fiscale et la coopération des pays dans la lutte contre l'évasion fiscale. Il a tenu séance à Jakarta, la semaine passée. Dans cette revue par des pays pairs, le Luxembourg a été classé parmi les quatre pays "non-conformes".  Les autres sont selon Reuters: Chypre, Les Iles Vierges Britanniques et les Seychelles. Etant le plus puissant des quatre du gang de tête, le maillot jaune revient au Luxembourg. Voilà une place de premier de classe qu'on ne célèbrera pas. Le gouvernement luxembourgeois, en choc, a commenté cette distinction comme étant "excessivement sévère".

Il y a bien un deuxième groupe de pays qui présentent aussi des lacunes dans le sérieux de leur engagement anti-évasion, mais évalués  à un degré de moindre non-conformité. Ce sont la Suisse, le Botswana, Brunei, Nauru, Panama, les Emirats Arabes Unis, le Liberia et Vanuatu. On ne voudrait même pas faire partie de ce gang de huit, arrivé que deuxième.

Le choc rappelle cet autre choc, le "Rapport d'évaluation mutuelle du Luxembourg" par le GAFI (Groupe d' Action Financière de l'OCDE) en février 2010. Le Luxembourg était en conformité avec une seule des 49 recommandations du GAFI à l'époque, pour la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. La place financière s'est unie en 2010 pour crier en bloc à la jalousie des voisins et la sévérité des profs.

Cette mise au pilori en rafale n'est évidemment pas bonne. Et les protestations luxembourgeoises, même si elles étaient bonnes et justifiées, sont celles d'un petit pays. Le rouleau compresseur est en route pour écraser les paradis fiscaux et leurs clients. On aurait pu cependant pratiquer quelques manœuvres défensives. Mais on dirait que la stratégie luxembourgeoise est d'ignorer les policiers internationaux, jusqu'au moment du PV. Ce sera alors le moment de se comporter en victime et de se plaindre de la jalousie des autres et de la sévérité excessive. En attendant, le casier du Luxembourg s'allonge et les rancunes s'accumulent.

Certes on connaissait les responsabilités définies par le GAFI. Mais on a choisi d'être le cancre qui a fait l'impasse. Et on se retrouvait sur la liste des cancres. On savait aussi que le paradis fiscal n'était pas tenable, et qu' il n'y aura plus de paradis fiscal sur Terre en quelques années. On a choisi de nier l'accusation de paradis fiscal et d'exploiter la niche jusqu'à la dernière seconde. Quand le piège se refermait, on s'est vu sprinter pour assembler une douzaine d'accords sur la double imposition, et pour éviter le pilori de justesse, encore une fois.

La conformité n'est plus ce qu'elle était  

Car il y a une nouvelle donne: les exigences ont changé, et elles dévoilent deux problèmes pour la stratégie luxembourgeoise qui consiste à opposer ou à ignorer les demandes internationales jusqu'au point de rupture.

Le premier problème est que les attitudes et les attentes internationales ont changé, même dans les domaines pour lesquels le Luxembourg s'est doté hâtivement d'une "conformité ancien modèle" dans le passé. La conformité nouveau modèle n'est plus une question de simple "checklist". Il ne suffit plus d'avoir une législation ou des accords en place, il faut les appliquer, il faut des résultats. C'est cela la nouvelle conformité.

Le deuxième problème découle de la façon dont le pays se conforme aux exigences. Les attentes internationales sont que les accords soient appliqués avec transparence et sans perte de temps, et que des sanctions qui soient vraiment dissuasives soient appliquées. Après avoir pendant des années prévenu dans ces colonnes des pressions internationales à venir, comme pour le blanchiment ou la définition des paradis fiscaux, je voudrais réitérer une prédiction que beaucoup d'acteurs s'empresseront d'ignorer: le jugement du Forum pour la Transparence présage que la notion de "Paradis Judiciaire" est en train de gagner du champ. Dans les tiroirs du Congrès américain somnolent des projets de loi, qui une fois votés, deviendront probablement standard international par G20 ou OCDE interposés. En résumé, sera un paradis judiciaire, une juridiction qui n'aurait pas ses outils judiciaires en place, ni des lois et des règlements similaires à ceux des Etats-Unis. Ou alors, tout en disposant de ceux-là, ne les appliquerait pas, ou appliquerait des sanctions n'approchent pas la sévérité des sanctions américaines, qui sont souvent très sévères.

Comment prévenir le label "Paradis Judiciaire"?

Que faut-il faire? Le Luxembourg a souvent été récalcitrant pour transposer des directives européennes, a eu tendance à les adoucir en passant en contrebande quelques qualificatifs assouplissants dans ses textes de lois, a souvent ignoré ses propres lois et règlements et surtout a sanctionné très mollement, souvent après des années et des années de procédure. Si on parle ici de blanchiment, de fiscalité et de crimes financiers, ce ne sont pas des cas comme BCCI (affaire qui dure depuis1991!), Madoff, Kaupthing, Landsbanki et Parmalat qui doreront notre blason. Ce n'est pas le cas du Bommeleeër non plus, affaire terroriste non-résolue et qui dure depuis trois décades. A se demander si les juges étaient déjà nés au moment des faits.

Le trésor luxembourgeois serait mal en point sans la place financière. Il faut donc constamment la solidifier, la diversifier, et la rendre désirable à sa clientèle internationale. Elle ne peut survivre sur une réputation de paradis fiscal, de havre pour le blanchissement ou paradis judiciaire. Telle est j'espère la dure leçon du jour.

Il faut s'y conformer avec plus d'engagement, sans céder pour cela à des exigences frivoles. Un bon nombre de piliers du centre financier sont inattaquables. Mais un paradis judiciaire sera une cible privilégiée dans le futur. Si je comprends bien notre vieille stratégie, on ne fera rien en attendant la dernière minute, car en attendant c'est plus lucratif? On sera de nouveau un pas en retard, au lieu de précéder la musique. Car on pourrait profiter du répit très temporaire pour développer nos organes de Police, surtout la Police Judiciaire et évidemment tout l'appareil judiciaire, pour les amener à des niveaux en rapport avec la dimension d'un des plus grands centres financiers du monde. Le privé a su s'adapter aux besoins en créant des milliers d'emplois d'avocats, comptables et consultants. Le jour où une affaire devant les tribunaux luxembourgeois sera tranchée endéans un à deux ans, la place financière pourrait se vanter d'un nouvel attribut: d'être une des meilleures juridictions dans le monde, où votre argent est en sécurité devant non seulement les criminels du monde, mais aussi devant vos propres gouvernements et leurs multiples tentations de confisquer vos avoirs.   


Quand ce sera fait, amenez votre argent, montrez patte blanche et payez vos impôts. Vous êtes au Luxembourg. Vous êtes en sécurité. Utopique?








Monday, November 4, 2013

Luxembourg élections: deux commentaires intéressants

   Sunset Naples, FL. Similarities or upside down? Photo ET

Luxembourg élections: deux commentaires intéressants

On a vu aujourd’hui deux commentaires d’une lucidité réconfortante, et venant de côtés opposés du spectre politique.

Le premier, en anglais, de Murray Smith de la sensibilité de la gauche, intitulé :

Le second dans le Luxemburger Wort en allemand «Gambia-Koalition: Wählerbetrug, illegitim und planlos?constitue un réajustement du tir et de la performance de Misch Wolter lors de sa « Conference de Presse », plutôt malheureuse.

Voyez comme le terrain commun est important. La politique étant un exercice du possible, la civilité aidant dans les débats futurs, 
devrait produire des solutions et des bons compromis ?


Monday, October 28, 2013

Le Luxembourg et sa Révolution d'Octobre


    Rouge, Bleu Vert. Photo ET

Le Luxembourg et sa Révolution d'Octobre

La révolution était en l'air en ce mois d'octobre 2013 et le pouvoir l'ignorait. Pas entièrement, car ses voix artificiellement alarmées ont essayé de peindre le spectre de cette révolution au mur, à des fins électorales. Sans vraiment y croire. Mais en démocratie, il est difficile d'arrêter une marche en avant basée sur le redoutable verdict de l'arithmétique et sur un large consensus qui veut le changement. Encore faut-il que quelques meneurs saisissent l'occasion et exécutent avec détermination, forcément par surprise et rapidement, sinon la tentative de révolution est stoppée là, nette. Ce qui fut fait par l'action rapide du DP, du LSAP et De'i Gréng.

En ce sens nous vivons actuellement une "insurrection" tout à fait légale contre un ordre, une coutume et une routine établis, car elle est issue des urnes. Nous assistons en réalité à une mutation du régime tenu jusque là par un quasi parti unique, le CSV. Sa longévité au pouvoir, son cachet sur les institutions, et le clientélisme inévitable que produit une telle longévité, ont drainé vers ce parti un éventail de plus en plus vaste de sensibilités en dehors des sensibilités "chrétiennes". Celles-là cherchant le pouvoir ou la proximité du pouvoir, de sorte que le parti, en élargissant son attraction, s'est retrouvé avec une aile gauche sécularisée, qui représente d'autres valeurs sociétales que les conservateurs à leur droite. On l'a vu lors du débat sur l'euthanasie.

Cet élargissement était toléré sinon activement encouragé, car il était utile et nécessaire à la pérennisation du pouvoir. L'ampleur de son réajustement vers le centre et la perpétuité du pouvoir ont conduit à cette omniprésence du CSV, à ses excès avec ses techniques de strangulation de la vie publique qui ont provoqué le ras-le-bol des électeurs et des partis juniors, normalement  appendices du "parti unique". Le CSV, ses membres et ses électeurs feront leur introspection et tireront les conséquences de l'actuel retour de la manivelle. On dit que l'excès mène au palais de la sagesse.

Tout nouveau départ est fragile

Telle est la nature humaine et la vie des peuples. On y détecte comme un rythme biologique: l'optimisme, la crise, l'oppression, la libération, l'abondance, la misère, la catastrophe et la reconstruction. Le Luxembourg vient de parcourir une zone de turbulences, ponctuée des scandales du Stade National, du Bommeleeër, de Cargolux et du SREL, après un règne interminable de toujours les mêmes, avec des dirigeants absents et un électorat cynique mais prêt à bondir face aux "irremplaçables" du monde politique. Le rythme biologique du Luxembourg venait de toucher un fond, quand eut lieu ce que j'appelle le coup d'état du 10 juillet 2013. Ses auteurs n'ont pas été confirmés par les élections. En face, l'enthousiasme et l'exubérance sont toujours plus grands quand on a touché le fond et que le rebondissement promet que les simples principes de liberté, d'égalité, et de fraternité seront restaurés. Car imperceptiblement mais infailliblement une démocratie sans alternance glisse vers un système où les cochons seront plus égaux, lois, décrets et règlements aidant. Je fais bien-sûr allusion à la bien connue "Animal Farm" et le devenir classique des vieilles démocraties.

A en croire une conférence de presse du parti chrétien social ce vendredi, leurs représentants sont plus égaux et auraient un droit acquis et péremptoire de former les gouvernements. J'aurais limité mon discours cependant à des simples déclarations, comme quoi le CSV prend note de la volonté de trois partis d'entrer en coalition, mais reste à disposition pour entrer au gouvernement sous n'importe quelle configuration de coalitions possibles. Au lieu d'une telle posture digne et responsable, on a eu droit à une pénible tirade de mauvais perdant et de calculs de la petite laitière.

Le déni de la nouvelle donne était surprenant. Personne ne peut ignorer le défi lancé par des plus jeunes à l'ordre établi, à la routine, à la coutume, à la sclérose décrite même par la presse étrangère. Il est évidemment beaucoup plus dur pour un parti de tomber de haut que de gravir les échelons. Clairement le pays était en manque d'un renouveau que le CSV a omis ou ne pouvait délivrer pendant des dizaines d'années au pouvoir.  D'où les célébrations chez ceux d'en face, quand l'arithmétique s'en mêlait.

Les mathématiques babyloniennes du CSV

La prestation du leadership du CSV lors de la conférence de presse de vendredi ne vaudrait pas le détour, si ce n'était l'occasion d'éclairer un héritage conservateur, qui s'est singulièrement retourné contre eux: c'est le calcul de l'attribution des sièges selon la loi électorale. Pour notre amusement appelons cela les mathématiques babyloniennes, pas tellement pour son système sexagésimal basé sur le nombre 60, comme le nombre des députés, mais pour la réputation babylonienne qui est synonyme de confusion. Dans la langue de Wolter et dans ses calculs il y eut déjà maintes confusions. Je voudrais y ajouter ma petite laitière, pour plus de confusion.

Comme par exemple que le CSV est le grand vainqueur plus égal que les autres quand il s'agit de la distribution des sièges. Le parti n'a que 33.68% des votes, mais a 23 sièges, ce qui représente 38,33% des sièges. Le système, sans doute conçu pour favoriser les grands partis et éliminer les petits, a favorisé en particulier le CSV. Une distribution égale lui attribuerait 1 siège pour 1,66% des votes, soit 20 sièges seulement selon les chiffres nationaux. Il a donc eu un bonus de 3 sièges. La petite laitière dirait 15%. L'ironie est que le bonus de cet édifice obturateur, la loi électorale créée par le CSV, rend aussi possible la coalition à trois avec 32 sièges, qui autrement, selon mes calculs babyloniens, n'auraient totalisé que....29 sièges, contre CSV 20, Déi Lénk 3, ADR 4, KPL 1,  Piratepartei 2, et PID 1. Ce petit exercice est juste pour la gymnastique cérébrale. Il n'a pas comme objectif encore des Neiwalen que d'aucuns pourraient désirer.  Il ne peut être pris au chiffre, car le report des voix dans un seul district national aurait produit d'autres résultats. Et je concède que  la loi électorale dans beaucoup de pays fixe un seuil minimum pour une entrée au parlement, qui sinon, craint-on, devient un Babylone. Les "grands" partis ont dès lors peu de raison pour changer la loi électorale. Quoique les districts électoraux datent de l'ère de la diligence.

Le programme de coalition

La future opposition CSV se réjouit déjà des imbroglios imaginaires du gouvernement futur. Astrid Lulling, elle-même Astre errant de parti, en parti, en parti, pour en assimiler de façon holistique toutes les tendances en une seule personne trinitaire, est trépidante d'anticipation. Elle sait pourtant par expérience qu'elle-même est plus que les trois partis qui la composent. La coalition sera pareillement plus que les trois partis qui la composent. Leur seul défi sera de faire mieux que les gouvernements précédents. Cette barre n'est pas trop haute. Malgré les années de vaches maigres, l'enthousiasme aidant, et précisément grâce au large spectre d'orientations politiques présentes, la chance est donnée de gouverner de façon équilibrée et surtout de réaliser des innovations historiques. Devant cette coalition se trouvent deux catégories d'actions urgentes: gouverner l'immédiat, et réformer notre cadre institutionnel. Les deux efforts peuvent très bien être contemporains.

Gouverner l'immédiat, c'est pallier au manque de prévision des dernières années. Ce sont les mesures urgentes à prendre pour contrôler le chômage, préserver une place financière qui ne soit plus controversée, développer des nouvelles activités. Dans un Luxembourg dénudé de richesses naturelles, où il faut tout importer, l'énergie, les matières premières, les équipements, les méthodes, voire la main d'œuvre et les sociétés pour extraire une plus value, la formation des jeunes est le défi majeur. La médiocrité ne permet pas d'obtenir un emploi à haute valeur ajoutée, sans laquelle le modèle luxembourgeois à moyen terme ne pourra être soutenu.  

La nouvelle Constitution sera la clé de voûte de la coalition

La grande chance historique de la coalition sera néanmoins de redéfinir nos institutions de façon durable. Ce sont les réformes nécessaires pour une forme de gouvernement que même les grands journaux étrangers qualifient de « sclérosée ».

Créer une nouvelle Constitution veut dire faire du nouveau. Ce n'est pas un rafistolage de l'actuelle Constitution. Ce n'est pas non plus le bricolage autour du projet de "révision" de la Constitution, en chantier depuis des années dans des chambres obscures, où quelques apparatchiks s'affairent à tergiverser autour de compromis boiteux. (1)  

Plus que dans tout autre projet, il faudra organiser un débat public, si l'on ne rejette pas le principe que la souveraineté réside dans le peuple, et de laisser au peuple la décision finale par référendum. Le gouvernement, les partis, les communes et d'autres devraient  prendre les initiatives de tels débats publics, en vue d'établir un projet alternatif à celui en cours. Ce processus permettra à l'opposition à faire valoir ses arguments, et de vraiment considérer aussi les apports de certains petits partis, dont le discours est à la fois intelligent, honnête et pas trop encombré de calculs d'auto-préservation. 

Commençons la lecture du "Texte de la Proposition de Révision"(1), ce que très peu de gens ont fait. Vous verrez un grand nombre d'articles que vous voudriez voir supprimés, d'autres changés ou ceux qui sont virtuellement nuls, car ils peuvent être interprétés, altérés ou complétés par une simple loi obtenue à la majorité simple. Si vous ne vous occupez pas de cette Constitution, elle s'occupera de vous.



Monday, October 21, 2013

La nouvelle coalition

    Le Soleil peut se lever aussi. Photo ET

La nouvelle coalition

La démocratie est la moins mauvaise forme de gouvernement. Le Luxembourg ne fait certes pas exception, quand on évoque les insuffisances du gouvernement. L’électeur, la figure centrale de la démocratie, n’a qu’occasionnellement la chance de changer les choses lors des élections. A l’issue desquelles tout n’est pas réglé. Comme après ce weekend au Luxembourg, où il faut une coalition. Il y a plusieurs démarches possibles :  

L’arithmétique


Trois coalitions différentes sont possibles, et ont été amplement discutées. Il faut retenir seulement que les trois ne satisfont qu’à la règle des nombres : former une majorité. Ce n’est pas suffisant. La formation de cette coalition devrait logiquement être hypothéquée par les antécédents et soudée par les expectations pour le futur.

     Les antécédents menant aux « Neiwalen »

C’est une série de scandales, couronnée par celui du SREL, qui a incité le Premier Ministre à recourir à des manœuvres que je qualifierais de coup d’état. Il a prévenu un vote de confiance qu’il allait perdre, il n’a pas démissionné comme il ne reconnaissait pas ses fautes, tout comme il ne reconnaitra pas sa défaite personnelle relative, ni celle de son parti dans les élections. L’astuce de maintenir le gouvernement et la Chambre en fonction  relève du même mépris pour la Constitution.

Les deux partenaires possibles pour le CSV dans une telle coalition devront affronter à la fois la tendance à la manipulation du nouveau Premier Ministre et sa rancune pour avoir osé le critiquer dans le passé récent. Les antécédents se révèlent donc peu propices pour une coalition avec le CSV.

     Les expectations


Ce sont les mesures urgentes à prendre pour contrôler le chômage, préserver une place financière qui ne soit plus controversée, développer des nouvelles activités. Ce sont aussi les réformes nécessaires d’une forme de gouvernement que même les grands journaux étrangers qualifient de « sclérosé ». C’est la conséquence de la longévité des mêmes au pouvoir, et du clientélisme et du népotisme politique qui en résultent. Pour la nouvelle Constitution, pour la nécessaire transparence des activités du gouvernement, l’intelligence plaide pour un large spectre des sensibilités au pouvoir. Je viens de définir la coalition à trois, en souhaitant aussi de considérer les apports de certains petits partis dont le discours était à la fois intelligent, honnête et non encombré de calculs post-électoraux.


Saturday, October 19, 2013

Demain les élections. Pourquoi?


    Elections: Electrocardiogramme. Photo ET

Demain les élections. Pourquoi?

Il n’y a pas de raison. Les historiens futurs resteront incrédules. Ils ne trouveront aucun document pour expliquer les « Neiwalen ». C’était bel et bien un Coup d’Etat, c.à.d. un acte anticonstitutionnel selon les textes (insuffisants) de cette Constitution ou à défaut, même son interprétation coutumière large.

Il n’y a pas eu vote de confiance, qui aurait mis le gouvernement hors existence. Il n’y a pas eu de vote parlementaire pour confirmer au moins l’astuce des « Neiwalen ». Il n’y a pas eu démission du gouvernement non plus. Il y a eu un acte grand-ducal cependant, inexpliqué par la coutume.

Le Grand-Duc a utilisé son pouvoir constitutionnel pour dissoudre la Chambre, pas tout de suite, pas si vite…. mais à terme ! Ce sera le seul acte documenté, textuellement constitutionnel. Comme si la coutume donnait réellement ce pouvoir au Grand-Duc. Cela n’a certainement pas été le cas sous ce gouvernement, alors que sous un autre « Coup d’Etat » le 12 mars 2009, le pouvoir du Grand-Duc de promulguer les lois était aboli. Ce que j’avais appelé le »Massacre de la Ste Justine ».

Le Grand-Duc a donc les pouvoirs que le Premier Ministre lui accorde et choisit au moment où lui en a besoin? Cela promet pour la future révision de laConstitution par des Apparatchiks !

En attendant, voici mon rêve. 



Sunday, September 29, 2013

Mon programme électoral, suite 1

    Transparence. Photo ET


Mon  programme électoral, suite 1

Suite du blog du 27 Septembre 2013.

Bien sûr, un bon programme électoral ne devrait s’élaborer autour d’une personne, mais autour d’idées. Ma priorité numéro 1 est de créer une nouvelle Constitution, qui repose sur les principes d’une démocratie transparente.
Cette suite 1 montre ce que nous avons. Avant de lire notre actuelle Constitution cependant je recommande de lire d’abord un regard critique de 2009 sur cette Constitution, alors que la prétendue « Révision de la Constitution » mijotais depuis un certain temps. Elle mijote toujours, heureusement. Cela nous donne une chance de faire du nouveau ! Voici les 2 liens, l'article de 2009 et le texte de la Constitution actuelle.




Friday, September 27, 2013

Mon programme électoral 2013

Ciel rouge et bleu et nature noire qui en réalité est verte? Photo politique par ET


Mon programme électoral 2013

Ces jours-ci, vous entendrez une dizaine de partis dire des choses pour vous séduire. Vous savez qu'il faut rester circonspect cependant. Certes, vous verrez les promesses habituelles: touche pas à mon index, l'école encore mieux, les retraites fantastiques, le budget en équilibre, l'emploi pour tous, et toutes les autres belles choses. C'est important, même très important, mais pour vous de façon sélective seulement, selon votre cas, si vous êtes chômeur, commerçant, parent, étudiant, retraité, policier, médecin. Ce sont des questions et problèmes qui requièrent une réponse, souvent des réponses urgentes, car les abus et les rigueurs ne peuvent attendre. Ce sont les choses auxquelles  "gouverner" doit s'atteler, une façon de "faire". Il suffit pour cela d'avoir la volonté politique. Mais attention, ici on parle d'arbres et non de la forêt.

Après la médiocrité des dernières années, les scandales, les distractions, les fautes politiques , l'opacité et autres comportements douteux, je voterai pour ceux qui honnêtement reconnaissent qu'il faut redéfinir comment nous vivons ensemble. Pour ceux donc qui reconnaissent le piètre état de nos institutions et qui ne voient pas que les arbres, mais aussi la forêt: la constitution, la transparence, les exigences déontologiques et la responsabilité personnelle de ceux qui prétendent au gouvernement. Ce qu'il faut remettre à l'heure est certes notre "façon de faire", mais plus encore notre "façon d'être". L'un s'adresse à l'immédiat, aux sous. C'est gouverner. L'autre adresse les grands principes. C'est l'affaire des députés d'ancrer dans une nouvelle Constitution, l'organisation politique du pays, les libertés individuelles, les droits de l'homme, la transparence et la responsabilité. Les deux peuvent très bien se faire en parallèle, gouverner et créer une nouvelle législation.  

Pour cela, recommençons à la base de l'idée de démocratie. J'ai eu l'occasion d'en parler dans un article en luxembourgeois intitulé " Mäin Walprogramm 2013". A la base, il faut rappeler le simple fait que notre démocratie est représentative. Nous n'allons pas à la Place de l'Hôtel de Ville pour voter chacun sur tout, à la main levée. Nous élisons nos représentants. C'est une relation de confiance. Nous engageons ce quelqu'un pour nous représenter. En ce sens, ce qui importe n'est pas sa personne ni son programme, mais bien le mien et le vôtre: ce qui importe ce sont les idées.

Donc, mon cher candidat(e), si tu ne peux ou si tu ne veux pas faire ce que je te demande, tu n'auras pas ma voix. Car c'est moi l'électeur qui te prends à mon service en tant que mon député. Tu seras prié de faire ce que je t'ai demandé. Pas besoin de cadeaux, juste un travail honnête de ta part. Voyons en quoi cela consiste.

D'abord, si tu es élu, n'oublie jamais que c'est moi qui t'ai donné ton travail. Et si jamais tu arrives à entrer au nouveau gouvernement comme ministre, sache que ministre vient du Latin et veut dire serviteur. Tu ne seras pas mon patron, je serai le tien. Tu n'es que mon représentant, mon serviteur. Je te donne un grade, un (très) bon salaire et l'autorité nécessaire pour bien faire ton travail. Tu auras remarqué que je te tutoie. C'est pour que tu te rendes bien compte que tu n'es pas sur un piédestal, mais que nous restons strictement sur un pied d'égalité.  Ah, je te dis tout mon respect si ton ambition est de servir notre pays, et mon mépris si ton ambition est motivée par l'obsession du pouvoir. Pouvoir qui sera limité, tu l'auras compris déjà, à la description de tes droits et devoirs. Ne l'oublie pas le 21 Octobre, quand une fois élu, la tentation de l'arrogance s'empare de toi. Tu dois comprendre que moi, l'électeur, je surveillerai tes paroles et tes actions, et que tu devras me rendre compte. Tu auras aussi compris qu'en ces temps des médias sociaux tu ne pourras cacher ton jeu.

Donc si tu veux ma voix, sache pour commencer que je ne voterai pas pour une personnalité, une célébrité ou une starlette quelconque, mais je voterai pour des idées. Voici les miennes, ce qui te rendra la tâche de me convaincre plus facile.

 1. Je te donne deux ans pour créer une nouvelle Constitution.

 Créer veut dire faire du nouveau. Ce n'est pas un rafistolage de l'actuelle Constitution. Ce n'est pas non plus le bricolage autour du projet de "révision" de la Constitution, en chantier depuis des années dans des chambres obscures, où quelques apparatchiks s'affairent à tergiverser autour de compromis boiteux. Pas du tout! Ce que tu devras faire, c'est organiser le débat public. Tu as déjà entendu le concept que la souveraineté réside dans le peuple? Eh bien, organise des soirées de discussion dans chaque commune et écoute les gens qui veulent contribuer au texte de la nouvelle Constitution. Puis tu organiseras un référendum pour accepter le projet, chapitre par chapitre. Il faudra prévoir un deuxième tour si un chapitre n'est pas approuvé et doit être amendé. Ainsi le peuple souverain aura décidé pour la première fois de la façon que nous voulons vivre ensemble.

Après les misérables événements et scandales des deux dernières années, c'est cela le grand nettoyage pour commencer. Cette fois-ci, tu respecteras cette Constitution, surtout qu'elle dira comment je pourrai te tomber dessus si tu ne le fais pas, comme c'était ton habitude dans le passé.

2. La deuxième priorité est d'introduire la transparence.

Tu as compris que je veillerai sur toi, si tu es élu, car nous savons que le pouvoir corrompt. Tu jures que tu ne le seras pas, mais je préfère vérifier. Pour cela, voici ma liste de quelques lois et règlements que tu passeras de toute urgence. Le public a le droit de savoir ce que tu fais, et toi tu dois savoir ce que tu ne peux pas faire. Voici donc les outils de la démocratie:

Depuis douze ans nous attendons la version luxembourgeoise d'un "Freedom of Information Act". Le Nigeria et la Mongolie en ont une. Chez nous le projet de loi qui mijote est connu sous le nom de Proposition de Loi Bodry, qui instaure le droit à l'accès à l'information sur les activités du gouvernement et des administrations. Si tu es parmi ceux qui ont déjà déclaré publiquement qu'ils n'aiment pas cela, tu te passeras de mon vote. 
Je dois pouvoir te surveiller. Dorénavant tu feras aussi prendre des notes pendant tes rencontres, pour en laisser une trace. Ce sera plus difficile pour toi de me mentir par la suite.

Puis bien-sûr, il nous faudra un code de déontologie qui vaille quelque chose. Toi et moi, nous devons savoir comment tu devrais te comporter. Et surtout, n'oublie pas de mettre fin à cette corruption rampante que constitue la pratique de gâter quelques fonctionnaires privilégiés, voire des ministres, par des postes dans des conseils d'administration. Essayez d'expliquer cela à un de tes collègues à l'étranger, qui depuis belle lurette n'ont plus osé faire cela!

Bien entendu, nous n'avons pas de législation anti-corruption. La sagesse populaire a depuis longtemps reconnu la brutale vérité que le pouvoir corrompt. Pour éviter que l'adage s'applique à toi, tu dois savoir quand tu risques d'aller en taule. Je voudrais aussi t'enlever la possibilité de la brosse et du tapis: je voudrais que les députés puissent établir un Commission d'Enquête avec 1/3 seulement des voix. Nous venons de voir avec quelle arrogance des affaires se sont accumulées sous le proverbial tapis.

Il n'y a pas de lois sur le lobbying non plus. Cela se fait en catimini. Les lobbyistes sont infiltrés dans les étages de décision gouvernementaux par le biais de Comités, Conseils d'Administration et d'autres présences plus ou moins formelles. Un lobbyiste doit être un professionnel enregistré. Il doit se situer face au gouvernement et non pas dans le gouvernement. Que c'est élémentaire!

Il n'est pas toujours facile de faire la bonne chose au bon moment. Notre Premier sortant ou sorti (ce n'est pas clair) dans un moment de candeur l'a bien formulé en admettant qu'il savait très bien ce qu'il fallait faire pour résoudre les problèmes, mais comment faire alors pour être réélu? Simple, cela s'appelle le leadership. Il faut absolument faciliter la tâche à ces candidats éternels qui de peur de ne pas être réélus manquent de courage pour oser faire leur travail. Limitons donc tes mandats à deux mandats consécutifs.

Tu ne cumuleras pas non plus plusieurs mandats. Comment veux-tu faire un bon travail?

Et puis reste un gros morceau, la Justice. Nous ne pourrons être une place financière de premier ordre avec un système judiciaire de troisième ordre. Des déficits chroniques dans l'organisation et les effectifs font que la justice n'est pas rendue dans des délais raisonnables, si du tout. C'est une violation des droits de l'homme et c'est aussi du mauvais business pour le Luxembourg. Les victimes surtout étrangères des scandales tels que BCCI, Madoff et Kaupthing ne se sentiront pas une vocation de chanter les gloires du Luxembourg. L'affaire "Bommeleeër" n'est que la caricature extrême de cet état de choses. Elle dure depuis près de trente ans, on est à plus de 60 séances du tribunal, sans fin en vue. Et détail piquant pour nos amis étrangers: les deux inculpés d'actes terroristes ont profité des 8 semaines de congé judiciaire pour aller en vacances tout comme le reste du tribunal.

Voilà la grande lessive à faire par le législateur. C'est ton travail de fond.

Mais pour le gouvernement, alors que gouverner c'est prévoir, il faut malheureusement rattrapper le temps perdu et réparer d'urgence ce que le gouvernement n'avait pas prévu. Comme près de 20.000 chômeurs. Le Luxembourgeois moyen se trouve coincé entre deux gouffres avaleurs de sous: d'un côté les sans travail qu'il faut secourir, d'un autre côté les banques en péril qu'il faut sauver. Cela ne peut continuer. J'espère que tu as reconnu ces problèmes, et que tu sais quelles sont les solutions. Applique-les sans peur, surtout si c'est ton deuxième mandat. Tu ne pourras pas te représenter. 


Bonne chance pour le 20 Octobre. N'oublie pas, si tu es ministre, gouverne et occupe toi des urgences, si tu es député, rénove notre démocratie. Vastes chantiers.