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Tuesday, October 13, 2020

La Nipponisation de la Maison du Grand-Duc

 


La Nipponisation de la Maison du Grand-Duc

Le 14 juillet, le jour de la Bastille, le Premier Ministre Xavier Bettel a présenté à la Commission parlementaire les conclusions du rapport Waringo et les décisions prises sur le fonctionnement de la Cour grand-ducale. Le rapport d’enquête de M. Waringo ne se limite pas à décrire un état des lieux et des dysfonctionnements. Il fait aussi des recommandations, sorte de ballons d’essai, qui ont été adoptées ensuite par consensus, y compris l’assentiment du Grand-Duc. L’organisation de la Maison du Grand-Duc est dorénavant réglée par arrêté grand-ducal. Du point de vue de la conception et de l’exécution du projet que j’appelle « Nipponisation », la démarche était résolue, l’exécution d’une rapidité exceptionnelle comparée à toute chose luxembourgeoise, pour aboutir à la signature d’un arrêté par le Grand-Duc qui limite sa propre liberté d’action.

Ce n’est pas sans rappeler la démarche du général McArthur, commandant le théâtre d’opérations du Pacifique lors de la deuxième guerre mondiale. Il s’agit de l’octroi d’une nouvelle constitution au Japon à la reddition en 1945, avec un empereur incarnant les symboles de la nation, mais avec des fonctions limitées et strictement fixées par le « protocole ». La Maison de l’empereur ou « Imperial Household » est l’Administration qui me rappelle la nouvelle « Maison du Grand-Duc », d’où l’impression de « nipponisation » par imitation. Monsieur Bettel parle de propulser la monarchie du 19e au 21e siècle. C’est dire au 20e siècle au Japon. L’ironie est que surtout dans les années 80, j’ai accompagné le Grand-Duc Héritier Henri dans de multiples visites au Japon. A chaque occasion l’Empereur Hirohito au début, puis l’Empereur Akihito et l’Impératrice Michiko ont reçu leur visiteur avec beaucoup d’attention. D’habitude le Grand-Duc Héritier avait un diner en tête à tête. Je dinais avec des dirigeants du Imperial Household. La conversation tournait souvent autour de questions protocolaires et de relations publiques. Il m’a semblé qu’il y avait une réflexion à la Cour impériale sur les façons d’accommoder la constitution de 1945 avec la tradition japonaise et le présent, le siècle de la communication. Donc de sortir un peu des mêmes rigueurs dans lesquelles la Maison du Grand-Duc s’apprête à entrer.
















Chasse au canard traditionnelle au moyen de filets. Palais imperial de Kyoto ca 1986. De gad : l’Imperatrice Michiko, le Grand-Duc heritier Henri, LtCol Egide Thein, Madame Yoshitada Uchiyama, l’Empereur Akihito.


Le général McArthur avait bétonné ses changements en octroyant une nouvelle constitution, donc une loi fondamentale difficile à altérer. Mais la caravane passe et le général McArthur n’est plus. Monsieur Bettel a utilisé le décret, c.a.d. l’arrêté grand-ducal. Un arrêté grand-ducal n’est pas bétonné comme le serait une loi ou mieux la révision de la constitution qui est sur le métier depuis 20 ans. Donc, la pérennité des décisions prises n’est pas garantie.  

Une dynastie monarchique raisonne en termes de générations, les politiciens en années jusqu’aux prochaines élections. La solution issue d’un consensus est une solution de bouts de ficelle. Il est facile de défaire le nœud, et le débat qui n’a pas eu lieu pourra jaillir à tout moment. En fin de compte, rien n’est plus simple et plus fort pour remplacer un arrêté grand-ducal qu’un nouvel arrêté grand-ducal. Comme il n’y avait pas de projet de loi, il n’y avait pas de débat politique, Covid 19 aidant à obscurcir la procédure. Gouverner par décret est un raccourci.

Le raccourci semble devenir le nouveau mode opératoire du gouvernement. Ainsi, le referendum sur la séparation de l’église et de l’état est devenu une simple négociation entre le gouvernement et l’Evêché. Manœuvre préemptive habile de l‘Evêque de Luxembourg pour éviter le referendum. Car rien n’est plus simple à changer qu’une vieille loi par une nouvelle loi. Et la caravane passe encore.

Politiquement j’appellerais cet épisode de la réorganisation de la Cour grand-ducale le massacre de la Ste Camille. Le terme est exagéré et fait référence avec un clin d’œil sur cet autre massacre de la St Valentin à Chicago en 1929. Un règlement de comptes. Le coup d’état de Jean-Claude Juncker du 12 mars 2009, que j’appelais massacre de la Ste Justine, était habilement enfilé et bien plus vigoureux et définitif que celui-ci. Le Grand-Duc y a perdu sa prérogative de « sanctionner » les lois. À la suite de son refus de signer la loi sur l’euthanasie, le Parlement a changé l’article 34 de la constitution. Jean-Claude Juncker avait bétonné. Mais 11 ans plus tard, la caravane est déjà passée.

Depuis 20 ans donc on fait du provisoire. Une révision de la constitution resurgit comme une fata morgana depuis deux décennies. Les Nations Unies ne manquent pas de considérer notre constitution comme étant de seconde classe seulement. Il manque sans doute l’envergure et le courage pour mener à terme un tel projet national. Entretemps dans le fouillis des articles de la constitution et les bricolages occasionnels, on lira : Art. 21. Le mariage civil devra toujours précéder la bénédiction nuptiale. Ou bien : Art. 77 : le Grand-Duc nomme et révoque les membres du Gouvernement. Au terme des élections, il désigne aussi un formateur qui le plus souvent sera le Premier Ministre. Vous parlez d’une boite à outils pour une vendetta. Mais ce massacre-là n’aura pas lieu. Une monarchie raisonne en termes de générations. Pas en termes du tic au tac politique.

Restent les incohérences philosophiques. Les membres du gouvernement jurent fidélité au Grand-Duc. Il en sera de même pour la direction de la Maison du Grand-Duc formellement recrutée par le gouvernement. Les ministres qui jurent fidélité au Grand-Duc sont formellement les conseillers du Grand-Duc. Ministre étymologiquement désigne un « serviteur ». Donc des ministres qui sont aussi serviteurs et conseillers du Grand-Duc élaborent une structure appelée Maison du Grand-Duc et recrutent le personnel clé pour son fonctionnement. Le stress test de cet édifice viendra le jour où les intérêts de toutes les parties prenantes ne sont pas alignés. Un défi au loyalisme.  Le tout sur arrière fond d’une constitution de 1868, vétuste. 



Tuesday, November 18, 2014

Le label Luxleaks lacère le Luxembourg


Lever du soleil aux British Virgin Islands
























Le label Luxleaks lacère le Luxembourg
Gouverner, c’est prévoir ….

A la lumière stridente de Luxleaks, faut-il conclure que si gouverner c’est prévoir, le Luxembourg n’est pas bien gouverné? En tous cas, il a ignoré que le mode opératoire des relations entre Etats est la « Realpolitik ». Comme il est bien loin le temps quand le Luxembourg pouvait se targuer d’être le gentil petit cousin de tout le monde. Un faux sens de sécurité, et la nonchalance l’empêchaient de prévoir les menaces potentielles, surtout sur la place financière qui elle était en pleine dérive de laxisme, avec en faux-finish une base légale assortie. Comment pouvait-on ne pas imaginer que le Luxembourg puisse être assailli à tout moment pour l’une ou l’autre activité de cette place financière, dont certaines comme l’évasion fiscale et l’optimisation fiscale, invitaient l’agression? Le fait que d’aucuns ont rêvé d’envoyer la cavalerie ou la Légion Etrangère montre bien que les lignes de force de la Realpolitik changent constamment, et qu’il est désastreux de s’assoupir volant. Et comment se fait-il que tous les responsables, anciens et nouveaux, ne dominent pas les bonnes techniques du « damage control », quand l’assaut est là ? Pris au dépourvu, haletant de stress et servant des déclarations contradictoires, ils en rajoutaient au problème par leurs balbutiements publics, faute de préparation, d’assurance et de savoir-faire.

Un Pearl Harbor luxembourgeois

Du point de vue d’un Etat, subir une attaque surprise est une faillite de ses procédures en place. N’est-ce pas une des responsabilités du Premier Ministre et de son Service de Renseignement de détecter la mise en place d’une attaque d’une telle envergure sur le coffre-fort national, et de sonner l’alerte ? Quelle belle occasion ratée pour le SREL pour racheter une crédibilité après les élucubrations du passé! Le gouvernement lui-même, averti auparavant de l’existence d’une initiative embarrassante, a traité la chose avec négligence bénigne. Pire, Juncker qui est la cible principale était averti bien plus tôt, des mois en avance. En ce qui concerne PwC, il faudra expliquer comment une société de ce niveau de sophistication n’ait pas de systèmes en place pour prévenir le vol de 28.000 pages de documents confidentiels?

Ces défaillances dans la première ligne de défense qui sont SREL et PwC, font du gouvernement et en ce cas-ci surtout l’ancien Premier Juncker, les ultimes gardiens de but. Mais, pris au dépourvu par négligence, personne n’a fait bonne figure comme gardien de but sous les coups de penalties du monde entier. Le damage control rappelait celui de Raphael Montañez Ortiz, qui a tué son piano en ce faisant au Mudam. Dans leur fuite en avant, nos chefs ont aussi tué leur propre piano, les rulings. L’affaire des « rulings » incriminés était relativement facile à désamorcer, dans l’immédiat, quoique temporairement seulement. Car aucune défense ne tiendra la route à la longue : l’affaire de saigner le petit contribuable et de laisser courir, que dis-je, cajoler le gros est immorale.

Une attaque sur invitation

Il y a des cultures qui blâment la victime. Mais sommes-nous les victimes ou les provocateurs ? A force de secouer le prunier du voisin, nous avons fini par nous intoxiquer au Quetsch. Comme dans un état second, nous n’étions plus capables de discerner des limites entre le bien et le mal. Dans ce journal et sur mon blog « Feierwon », j’ai souvent attiré l’attention sur les exactions du « Paradis fiscal » sinon du « Paradis judiciaire et règlementaire » qui le complète, au déplaisir de certains. Aujourd’hui, du moins le Paradis fiscal semble avoir ses batteries à plat, à en croire les réformateurs de la dernière heure qui en une volte-face spectaculaire ont sonné le glas du Paradis fiscal et de sa « Schmuddelecke ». Deux faits bien réels ont contribué à l’effondrement de l’édifice des privilèges clandestins et de l’optimisation fiscale luxembourgeoise.

Le premier fait est que le choix stratégique pour le développement d’un centre financier, très légitime en soi, a été perverti par l’adoption subreptice d’une suite de tactiques de plus en plus aguichantes, discutables et éphémères, donc pas durables. Ajoutez en prime et en appui un système judiciaire et réglementaire défaillants, et vous arrivez à des révélations toxiques comme Luxleaks et à des scandales interminables comme BCCI, Madoff et Landsbanki, autant de plaies suppurantes dans les flancs du centre financier.

Le deuxième fait est cette obsession de quelques figures marquantes du gouvernement de poursuive la gloire internationale (personnelle) par des ambitions européennes ou internationales démesurées. Juncker était le candidat éternel à une Présidence quelconque européenne, Asselborn avait son obsession de siéger au Conseil de Sécurité de l’ONU, Frieden à la Banque Mondiale, et tous les trois étaient friands d’être des stars de la télévision allemande. Cette gesticulation internationale ne pouvait qu’attirer l’attention de la presse internationale sur le Luxembourg. Nos hommes agissaient comme le paratonnerre qui attire la foudre. La bonne idée eut été de rester chez soi et de s’occuper de nos affaires, car la Presse internationale est une presse investigatrice qui fouine, et qui trouve. Gare si vous avez des choses à cacher.

Le damage control est un art

Pour être efficace, il ne faut pas violer certaines règles de base du damage control.

Quand le coup dur arrive, la première règle est que vous devriez avoir des scénarios préparés de longue date pour ce qui peut arriver. Gouverner, c’est prévoir !

La deuxième règle est de réagir promptement, candidement et en toute transparence. Le mensonge sera plus grave à long terme que les faits incriminés. Vous ne pouvez pas défaire ce qui a été fait, vous ne pouvez pas revenir en arrière. Mais vous devez exposer les mesures que vous avez déjà prises pour corriger la situation, et que vous prendrez pour prévenir une rechute. Dur à faire, mais un mot d’excuse est généralement bien accueilli. Si la communauté nationale a réagi en « Communauté du Nous Autres », ce réflexe tribal qui oppose toutes les énergies aux assaillants, nos officiels nous ont fourni quelques couacs en enfreignant les règles: Ils étaient pris comme du gibier dans les phares la nuit, avec des arguments mal préparés. Asselborn a pris une ligne hardie et candide, ce qui est bien. Mais Juncker, qui en fait est la cible principale de Luxleaks, après un silence éternel, s’est résolu à la fuite en avant. Avec lui, la Realpolitik a repris ses droits, et Juncker a jeté le Luxembourg avec ses rulings par la fenêtre, illico. Pour sauver son job. Il est maintenant en faveur de la transparence et d’un système d’échange automatique d’informations en matière de tax rulings. Il est aussi un Président en sursis.

La troisième règle est d’éviter de tomber dans le piège de l'arrogance. Une certaine arrogance existe dans notre DNA, sans doute en compensation d’être petit. C’est le Vive-nous. Nous sommes les premiers de classe partout : pour l’aide aux « pays en voie de développement », nous sommes les plus riches, les plus performants. Cela fait grincer les voisins. Souvent le tout est basé essentiellement sur des statistiques faussées par le fait de la divergence entre les chiffres de la population résidente et de la population active (frontaliers) avec leurs familles qui ne sont pas pris en compte.

Nous sommes à tel point devenus nonchalants et arrogants avec notre communication que l’on peut lire des monstruosités comme l’exemple suivant glané chez ALFI : « Notre autorité de surveillance très compétente et pragmatique joue elle-aussi un rôle clé dans le développement de notre industrie des fonds d’investissement». Pragmatique, cela sent le laxisme. Faut-il vraiment affubler la CSSF de ce qualificatif par les temps qui courent? Et insister qu’elle joue un rôle clé dans le développement de l’industrie des fonds est du moins controversé pour un organe de supervision qui règle, qui surveille et qui sanctionne, mais ne devrait pas faire de la promotion!

A propos des rulings, on ne peut pas gagner l’argument éthique, mais gagner du temps !

Après la tempête, les règles de la Realpolitik reprennent leur droit : les réalités sont que nous ne pouvons démanteler la forteresse financière des rulings du jour au lendemain. Notre excuse généralement lamentable est que « tout le monde le fait ». En réalité, notre budget national subirait encore un choc. Mais il y a une bonne nouvelle : la pression par des ensembles comme le G20 laissera quand-même le temps au temps, et ce sera finalement BEPS, promu par l’OCDE, qui se mettra en place lentement, mais surement. Il est clair aussi que les grandes corporations et les Big Four sont de véritables états sans frontières, qui voudraient garder l’essentiel de leurs privilèges au Luxembourg. Ils auront plus d’un tour dans leur sac pour esquiver les nouvelles règles, que le zélé Luxembourg transposera immédiatement à son avantage.

Les choses étant ce qu’elles sont, la fortune est dans le caleçon  

Reste que nous-mêmes et nos « petits » clients allemands, belges, français, nous nous retrouvons avec une gueule de bois au lendemain de Luxleaks et de la mort du Paradis fiscal. De nombreux petits drames familiaux ont eu lieu pour se défaire des comptes luxembourgeois devenus toxiques. Les uns se faisaient pincer à la frontière allemande en rapatriant leur argent noir dans leurs caleçons, les autres allaient se dénoncer au fisc, si une disquette volée ne l’avait pas déjà fait. Nous avons perdu beaucoup d’estime et d’amis, nous avons fait des victimes, et nous ne faisions rien pour les aider. Quant aux grandes sociétés et leurs conseillers, ils peuvent espérer soit un statu quo pour le moment, soit une adaptation vite faite, soit ils iront voir ailleurs. Toujours un clic d’avance sur les nouvelles règlementations.

En attendant, ce centre financier sous attaque a certainement engendré des effets secondaires indésirables pour beaucoup de Luxembourgeois. Des milliers de familles ont dû chercher refuge immobilier dans les régions limitrophes, comme d’opulents travailleurs financiers faisaient monter les prix chez nous. D’autres, vers les 20.000 ont été déclassés chômeurs éternels, car leurs qualifications sont faites pour un autre monde que le monde virtuel de la finance qui est proéminent au Luxembourg.  C’est aussi un bilan de trente ans de dérive.

Un vrai héros luxembourgeois: Den Escher Marius

Terminons sur une bonne note. Le nom de Marius Kohl est désormais connu de par le monde. Si l’objet de son travail journalier est sujet à critique, il est clair qu’il n’a fait autre chose que ce qu’il était supposé faire. Aucun de ses chefs, aucun de ses interlocuteurs, ni le public n’ont jamais protesté les avantages fiscaux qui découlaient de ses décisions.

A mes yeux, Marius Kohl a l’étoffe pour devenir un vrai héros du folklore luxembourgeois. Un peu Shakespearien, car on peut se demander à quel point il était peut-être tourmenté par l’évidence que beaucoup de multinationales payaient moins d’impôts que lui-même ou les pauvres citoyens luxembourgeois. Il y a là du matériel pour une pièce de théâtre : To rule or not to rule ? Ce n’était même pas une question.

Mais c’est sur un autre plan que son entrée dans le folklore local est même plus probable. Malgré le fait que Marius Kohl sous sa plume accordait des milliards et des milliards d’avantages fiscaux, il n’a visiblement pas profité de la situation pour s’enrichir personnellement. Il habite une maison cossue, c’est tout. Sous d’autres cieux, et même chez nous, des officiels avec un tel pouvoir auraient la plupart du temps cédé à la tentation. Marius Kohl ne projette pas des signes extérieurs de richesse, il ne siège pas aux conseils d’Administration de Bertelsman Stiftung et de Nyrsta avec Viviane Reding, ou Arcelor-Mittal entre autres avec Jeannot Krecké, il n’a pas eu accès à un poste européen avec son ancien Premier ou à Deutsche Bank comme Luc Frieden.


Marius Kohl fait figure d’incorruptible, comme jadis le Schéiffer Misch vun Aasselbour, qui fameusement a dit : « mir kënnen nik lignen » - Nous ne savons pas mentir. Un petit mensonge encouragé par le juge l’aurait sauvé de la condamnation à mort pour rébellion lors du « Klëppelkrich ». Dans une pièce de théâtre, je ferais dire Marius Kohl : « Mir kënnen nik geschmiert ginn ! » Nous sommes incorruptibles. Juste pour contrebalancer ceux qui disent : « Il y a quelque chose de pourri au Grand-Duché de Luxembourg ».



Monday, October 28, 2013

Le Luxembourg et sa Révolution d'Octobre


    Rouge, Bleu Vert. Photo ET

Le Luxembourg et sa Révolution d'Octobre

La révolution était en l'air en ce mois d'octobre 2013 et le pouvoir l'ignorait. Pas entièrement, car ses voix artificiellement alarmées ont essayé de peindre le spectre de cette révolution au mur, à des fins électorales. Sans vraiment y croire. Mais en démocratie, il est difficile d'arrêter une marche en avant basée sur le redoutable verdict de l'arithmétique et sur un large consensus qui veut le changement. Encore faut-il que quelques meneurs saisissent l'occasion et exécutent avec détermination, forcément par surprise et rapidement, sinon la tentative de révolution est stoppée là, nette. Ce qui fut fait par l'action rapide du DP, du LSAP et De'i Gréng.

En ce sens nous vivons actuellement une "insurrection" tout à fait légale contre un ordre, une coutume et une routine établis, car elle est issue des urnes. Nous assistons en réalité à une mutation du régime tenu jusque là par un quasi parti unique, le CSV. Sa longévité au pouvoir, son cachet sur les institutions, et le clientélisme inévitable que produit une telle longévité, ont drainé vers ce parti un éventail de plus en plus vaste de sensibilités en dehors des sensibilités "chrétiennes". Celles-là cherchant le pouvoir ou la proximité du pouvoir, de sorte que le parti, en élargissant son attraction, s'est retrouvé avec une aile gauche sécularisée, qui représente d'autres valeurs sociétales que les conservateurs à leur droite. On l'a vu lors du débat sur l'euthanasie.

Cet élargissement était toléré sinon activement encouragé, car il était utile et nécessaire à la pérennisation du pouvoir. L'ampleur de son réajustement vers le centre et la perpétuité du pouvoir ont conduit à cette omniprésence du CSV, à ses excès avec ses techniques de strangulation de la vie publique qui ont provoqué le ras-le-bol des électeurs et des partis juniors, normalement  appendices du "parti unique". Le CSV, ses membres et ses électeurs feront leur introspection et tireront les conséquences de l'actuel retour de la manivelle. On dit que l'excès mène au palais de la sagesse.

Tout nouveau départ est fragile

Telle est la nature humaine et la vie des peuples. On y détecte comme un rythme biologique: l'optimisme, la crise, l'oppression, la libération, l'abondance, la misère, la catastrophe et la reconstruction. Le Luxembourg vient de parcourir une zone de turbulences, ponctuée des scandales du Stade National, du Bommeleeër, de Cargolux et du SREL, après un règne interminable de toujours les mêmes, avec des dirigeants absents et un électorat cynique mais prêt à bondir face aux "irremplaçables" du monde politique. Le rythme biologique du Luxembourg venait de toucher un fond, quand eut lieu ce que j'appelle le coup d'état du 10 juillet 2013. Ses auteurs n'ont pas été confirmés par les élections. En face, l'enthousiasme et l'exubérance sont toujours plus grands quand on a touché le fond et que le rebondissement promet que les simples principes de liberté, d'égalité, et de fraternité seront restaurés. Car imperceptiblement mais infailliblement une démocratie sans alternance glisse vers un système où les cochons seront plus égaux, lois, décrets et règlements aidant. Je fais bien-sûr allusion à la bien connue "Animal Farm" et le devenir classique des vieilles démocraties.

A en croire une conférence de presse du parti chrétien social ce vendredi, leurs représentants sont plus égaux et auraient un droit acquis et péremptoire de former les gouvernements. J'aurais limité mon discours cependant à des simples déclarations, comme quoi le CSV prend note de la volonté de trois partis d'entrer en coalition, mais reste à disposition pour entrer au gouvernement sous n'importe quelle configuration de coalitions possibles. Au lieu d'une telle posture digne et responsable, on a eu droit à une pénible tirade de mauvais perdant et de calculs de la petite laitière.

Le déni de la nouvelle donne était surprenant. Personne ne peut ignorer le défi lancé par des plus jeunes à l'ordre établi, à la routine, à la coutume, à la sclérose décrite même par la presse étrangère. Il est évidemment beaucoup plus dur pour un parti de tomber de haut que de gravir les échelons. Clairement le pays était en manque d'un renouveau que le CSV a omis ou ne pouvait délivrer pendant des dizaines d'années au pouvoir.  D'où les célébrations chez ceux d'en face, quand l'arithmétique s'en mêlait.

Les mathématiques babyloniennes du CSV

La prestation du leadership du CSV lors de la conférence de presse de vendredi ne vaudrait pas le détour, si ce n'était l'occasion d'éclairer un héritage conservateur, qui s'est singulièrement retourné contre eux: c'est le calcul de l'attribution des sièges selon la loi électorale. Pour notre amusement appelons cela les mathématiques babyloniennes, pas tellement pour son système sexagésimal basé sur le nombre 60, comme le nombre des députés, mais pour la réputation babylonienne qui est synonyme de confusion. Dans la langue de Wolter et dans ses calculs il y eut déjà maintes confusions. Je voudrais y ajouter ma petite laitière, pour plus de confusion.

Comme par exemple que le CSV est le grand vainqueur plus égal que les autres quand il s'agit de la distribution des sièges. Le parti n'a que 33.68% des votes, mais a 23 sièges, ce qui représente 38,33% des sièges. Le système, sans doute conçu pour favoriser les grands partis et éliminer les petits, a favorisé en particulier le CSV. Une distribution égale lui attribuerait 1 siège pour 1,66% des votes, soit 20 sièges seulement selon les chiffres nationaux. Il a donc eu un bonus de 3 sièges. La petite laitière dirait 15%. L'ironie est que le bonus de cet édifice obturateur, la loi électorale créée par le CSV, rend aussi possible la coalition à trois avec 32 sièges, qui autrement, selon mes calculs babyloniens, n'auraient totalisé que....29 sièges, contre CSV 20, Déi Lénk 3, ADR 4, KPL 1,  Piratepartei 2, et PID 1. Ce petit exercice est juste pour la gymnastique cérébrale. Il n'a pas comme objectif encore des Neiwalen que d'aucuns pourraient désirer.  Il ne peut être pris au chiffre, car le report des voix dans un seul district national aurait produit d'autres résultats. Et je concède que  la loi électorale dans beaucoup de pays fixe un seuil minimum pour une entrée au parlement, qui sinon, craint-on, devient un Babylone. Les "grands" partis ont dès lors peu de raison pour changer la loi électorale. Quoique les districts électoraux datent de l'ère de la diligence.

Le programme de coalition

La future opposition CSV se réjouit déjà des imbroglios imaginaires du gouvernement futur. Astrid Lulling, elle-même Astre errant de parti, en parti, en parti, pour en assimiler de façon holistique toutes les tendances en une seule personne trinitaire, est trépidante d'anticipation. Elle sait pourtant par expérience qu'elle-même est plus que les trois partis qui la composent. La coalition sera pareillement plus que les trois partis qui la composent. Leur seul défi sera de faire mieux que les gouvernements précédents. Cette barre n'est pas trop haute. Malgré les années de vaches maigres, l'enthousiasme aidant, et précisément grâce au large spectre d'orientations politiques présentes, la chance est donnée de gouverner de façon équilibrée et surtout de réaliser des innovations historiques. Devant cette coalition se trouvent deux catégories d'actions urgentes: gouverner l'immédiat, et réformer notre cadre institutionnel. Les deux efforts peuvent très bien être contemporains.

Gouverner l'immédiat, c'est pallier au manque de prévision des dernières années. Ce sont les mesures urgentes à prendre pour contrôler le chômage, préserver une place financière qui ne soit plus controversée, développer des nouvelles activités. Dans un Luxembourg dénudé de richesses naturelles, où il faut tout importer, l'énergie, les matières premières, les équipements, les méthodes, voire la main d'œuvre et les sociétés pour extraire une plus value, la formation des jeunes est le défi majeur. La médiocrité ne permet pas d'obtenir un emploi à haute valeur ajoutée, sans laquelle le modèle luxembourgeois à moyen terme ne pourra être soutenu.  

La nouvelle Constitution sera la clé de voûte de la coalition

La grande chance historique de la coalition sera néanmoins de redéfinir nos institutions de façon durable. Ce sont les réformes nécessaires pour une forme de gouvernement que même les grands journaux étrangers qualifient de « sclérosée ».

Créer une nouvelle Constitution veut dire faire du nouveau. Ce n'est pas un rafistolage de l'actuelle Constitution. Ce n'est pas non plus le bricolage autour du projet de "révision" de la Constitution, en chantier depuis des années dans des chambres obscures, où quelques apparatchiks s'affairent à tergiverser autour de compromis boiteux. (1)  

Plus que dans tout autre projet, il faudra organiser un débat public, si l'on ne rejette pas le principe que la souveraineté réside dans le peuple, et de laisser au peuple la décision finale par référendum. Le gouvernement, les partis, les communes et d'autres devraient  prendre les initiatives de tels débats publics, en vue d'établir un projet alternatif à celui en cours. Ce processus permettra à l'opposition à faire valoir ses arguments, et de vraiment considérer aussi les apports de certains petits partis, dont le discours est à la fois intelligent, honnête et pas trop encombré de calculs d'auto-préservation. 

Commençons la lecture du "Texte de la Proposition de Révision"(1), ce que très peu de gens ont fait. Vous verrez un grand nombre d'articles que vous voudriez voir supprimés, d'autres changés ou ceux qui sont virtuellement nuls, car ils peuvent être interprétés, altérés ou complétés par une simple loi obtenue à la majorité simple. Si vous ne vous occupez pas de cette Constitution, elle s'occupera de vous.



Wednesday, July 31, 2013

Comment blanchir le Coup d'Etat au Luxembourg?

    Voyage dans le temps. Naples Florida. Photo ET

Comment blanchir le Coup d'Etat au Luxembourg?

Le Parlement ne veut plus de moi? Je change de Parlement.


Le 22 Messidor, ce qui dans le calendrier révolutionnaire est notre 10 juillet, il y a bien eu coup d'état au Luxembourg. Un coup d'état bien spécial.

Ce coup d'état n'était certes pas une révolution populaire, malgré ma référence au Messidor. Le brave peuple restait indifférent. Ce n'était pas non plus un putsch, ce qui aurait impliqué la force des armes. Mais au Luxembourg ce genre de putsch n'existe qu' à l'envers, le politique chassant l'uniforme: Fischbach, le papa, renversait le Colonel Winter, Schiltz, le neveu, envoyait promener le Colonel Ries.

Non, le coup d'état du 22 Messidor était un coup d'état à la douce, exercé subrepticement par notre propre Premier avec la connivence du Président de la Chambre, en déjouant une motion de censure. A la bonne luxembourgeoise, ce coup était aussi à l'envers. JC Juncker ne saisissait pas le pouvoir. JC Juncker avait le pouvoir et il empêchait le Parlement de le lui enlever. Sans vote de confiance, Juncker interruptus n'a pas eu lieu. La démission attendue a été remplacée par des "Neiwahlen", quelque chose que la Constitution ignore. Le Parlement ne veut plus de moi? Je change de Parlement. Le coup d'état était démarré.

Savourez la confusion!

Oui mais, éclairez ma lanterne semblait dire le Grand-Duc, sur qui JC Juncker devait compter pour la deuxième phase du coup d'état, la dissolution de la Chambre à décider de suite, mais effective seulement en Octobre ou Vendémiaire si vous préférez l'ambiance barricadière. Mais sans la démission pressentie du gouvernement. La troisième phase du coup d'état, les élections anticipées, sont en fait l'effort de légitimation de tout coup d'état.

Comme la séance de la Chambre le 10 juillet fut avortée par son Président, il n'y avait pas d'acte documenté pour le Grand-Duc qui lui permît d'agir dans le vide constitutionnel.  Le Chef de l'Etat a donc demandé conseil au Conseil d'Etat, dont l'avis était formel: la démarche envisagée est anticonstitutionnelle. "Qu'à cela ne tienne" ont rétorqué nos élus pratiquement à l'unisson. "La Constitution est un vieux chiffon du 19e siècle et ne compte plus", disaient-ils, par là reniant leur serment solennel.

"Je jure fidélité au Grand-Duc, obéissance à la Constitution et aux lois de l’Etat."

C'est cela que nos élus ont juré lors de leur prise de fonction. Le Grand-Duc en a fait de même par ces mots: "Je jure d’observer la Constitution et les lois du Grand-Duché de Luxembourg ....." Et malgré que la Constitution nous dit que "Le Grand-Duc n’a d’autres pouvoirs que ceux que lui attribuent formellement la Constitution ........." les partis politiques sont allés le convaincre de leur volonté unanime d'enfreindre la Constitution et de dissoudre le Parlement. Une pareille suspension effective de la Constitution  est par définition un coup d'état. Le Conseil d'Etat dans sa sagesse, avait avisé contre cette démarche illégale.

Je sais bien-sûr que si tout le monde se moque de la petite vieille, la Constitution, l'excuse est précisément que tout le monde le fait. Cependant sa suspension pour un oui et pour un non ne passera pas inaperçue dans le monde. Notre légendaire stabilité politique est comme la virginité: cela se perd la première fois.

Il y avait ou il y a pourtant trois moyens de la recouvrer: d'abord l'occasion manquée, hélas, puis la machine à remonter le temps (aussi farfelue que le coup d'état même), et finalement le "back to the future".

L'occasion manquée

Entretemps, tout le monde connait l'occasion manquée du 10 juillet. L'entendement  général était de procéder au vote de confiance dont on connaissait le résultat d'avance, de provoquer ainsi la démission du gouvernement et sa suite logique, la dissolution de la Chambre. Cela ne pouvait être, du fait de M. Juncker, et le Président de la Chambre était de connivence. Sans doute pris de court, aucun député n'a objecté aux entorses procédurales qui ont eu lieu. Notre Premier s'en est sorti sans conséquence, la veste blanche et avec l'auréole de la victime.

La machine à remonter le temps sera inaugurée ce 22 juillet passé

Tout comme l'esquive de la motion de censure était une acrobatie, la machine à remonter le temps en serait une autre pour remédier à la faute commise. Voici son fonctionnement: Nos élus n'ont pas fait leur devoir? Enfin ils disent que si, mais que Juncker l'a mangé. Ils auraient pu l'en empêcher et ils auront donc une retenue. Comme heureusement le Parlement n'est pas encore dissout, la retenue pourrait avoir lieu au mois d'août, en pleines vacances, pour amender l'article 74 de la constitution à peu près comme suit:

Le Grand-Duc peut dissoudre la Chambre.
(1) Il peut prononcer la dissolution différée de la Chambre, et l'antidater.
(2) Il est procédé à de nouvelles élections dans les trois mois au plus tard de la dissolution.

Voilà, la Constitution est respectée. Le Grand-Duc a maintenant les pouvoirs pour remplacer les deux arrêtés qui sont implicitement contestés par le Conseil d'Etat, de les antidater pour les faire appliquer dans le futur. La machine à remonter le temps sert à réécrire l'Histoire!

Le "Back to the Future" est un méchant retour de manivelle

Imaginez que lors de la retenue au mois d'août que nous venons d'infliger à nos élus, un petit futé se lève pour demander qu'on vote aussi sur les deux motions escamotées le 10 juillet. En s'attendant aux résultats escomptés en juillet, l'on pourrait s'attendre à un vote de censure de 34 - 26, selon les lignes des partis. Le gouvernement serait démis, et la gestion catastrophique du SREL aurait des conséquences. Il y aurait toujours les élections anticipées.

Mais attendez, ce vote ne serait plus si sûr. Des choses se sont passées depuis le 10 juillet. Des fidèles vétérans dans tous les partis plus ou moins volontairement ne se retrouvent plus sur les listes électorales qui ont été publiées récemment. Avec un peu d'amertume et de rancune, feraient-ils (elles) l'ultime éclat de changer leur vote escompté plus haut? Et si ce résultat était inversé? Il n'y aurait alors certes pas de démission du gouvernement. Il ne faudrait plus d'élections anticipées, car elles servaient d'écran de protection contre la démission du gouvernement. La Constitution serait vierge de nouveau. Il y a un hic: le Grand-Duc devrait annuler les élections anticipées. Il faudrait donc un ajout à l'article 74 qui dirait que "le Grand-Duc peut annuler des élections nationales." Et tout le monde crierait à l'abus.

A la fin de cette politique fiction, n'avez-vous pas ressenti le besoin d'avoir enfin une nouvelle Constitution? Je propose deux choix: ou bien faire confiance à nos élus de nous la confectionner selon leurs intérêts, ou bien photocopier la constitution américaine, bâtie sur de profondes discussions philosophiques recueillies d'ailleurs dans "The Federalist" (1). On mettrait un peu de sauce luxembourgeoise, mais les trois mots les plus importants en langue luxembourgeoise deviendraient alors "We the People".





Tuesday, June 25, 2013

Le Luxembourg devant un scénario de Constitution-Fiction.


    Un avenir plein de promesses. Photo ET

Le Luxembourg devant un scénario de Constitution-Fiction.

Le Luxembourg est en ébullition depuis des mois, en alignant des scandales bien fermentés. Le gouvernement en est arrivé à mijoter un scénario pour enfin se décaper de toutes ces vilénies : la démission du gouvernement, ce qui dit-on pourrait se passer au début du mois de juillet. 

A l’origine, une série de scandales

La genèse de cette issue assez historique pour le Luxembourg aura été une série de scandales plus ou moins bien esquivés par ceux par qui le scandale arrive, pour arriver finalement au point de l’indigestion. Il y a d’abord eu l’affaire du Stade National de Livange et de ses cordées d’ »insiders » qui a fini sous le tapis d’un vote parlementaire opposant la création d’une Commission d’enquête. Il y a eu ensuite l’affaire Cargolux et ses cordées d’ »insiders » qui a également fini sous le tapis d’un vote parlementaire refusant une Commission d’enquête. Puis il y a eu l’affaire du SREL, curieusement déclenchée par le Premier Ministre lui-même, monologuant sur un enregistrement clandestin de sa conversation avec son chef du service de renseignement, il y a de ça des années. Le plan derrière ces confidences tardives était sans doute de divertir des autres scandales. Il a donc mis le feu à la cuisine pour divertir du feu dans le garage. En anglais : « wag the dog ».

L’overdose du SREL

Même l’arrogance la plus extrême ne permettait plus au Parlement de voter pour la troisième fois consécutive contre une Commission d’enquête parlementaire. Pour l’affaire du SREL, jugée bénigne, on a donc préféré dire oui à une Commission d’enquête. Dire non aurait fait un peu trop pourri. Et puis comme on ne pensait pas qu’on risquerait gros, ce que pense tout apprenti sorcier avant de déclencher un cauchemar, on a appelé les esprits. Mais voilà, de fil en aiguille des squelettes remontent du fond du marécage secret de nos vaillants agents secrets et de leur chef. L’affaire SREL et cette autre affaire qui date d’il y a un quart de siècle, le procès Bommeleeër finissent par s’alimenter mutuellement par leurs rebondissements.  C’est la tempête parfaite. Que faire pour stopper tout cela, alors qu’on ne peut quand-même plus mettre un autre feu au salon ? Cela ferait désordre et serait suspect ! Les digressions de Michel Wolter au sujet de la liberté de la presse, ne font pas l’affaire non plus. Non, il faut que le gouvernement démissionne, dit-on ! Cette idée de manœuvre est partagée par une bonne partie de l’opinion publique, qui s’est manifestée même par une démo en pleine Fête Nat.

Démission en question

Mais cette idée de démission doit être tissée un peu plus loin, car elle a un hic pour l’intérêt public. Les grands penseurs ont bien évidemment pensé deux mouvements plus loin en aval : si le gouvernement démissionne, le Parlement sera dissout ( ?). Si le Parlement est dissout, il n’y aura plus de Commission parlementaire d’enquête. Voilà comment oblitérer une Commission parlementaire que l’on n’avait pas pu voter sous le tapis : la démission pure et simple du gouvernement lave plus blanc que le feu au garage et à la cuisine, ou bien que les votes majoritaires contre les enquêtes. Et puis, à l’issue d’élections anticipées, on prendra quand-même les mêmes et on recommencera.

« Déi Lenk » ont déjà exprimé leurs réserves dans une lettre publique : si démission il y a, il faudra veiller à finir au préalable cette enquête sur le SREL. Mais justement, avorter cette enquête est le plus puissant sinon le seul motif pour considérer une démission : l’impunité espérée étant à la clé. On ignorerait facilement une manif qui demande la même chose, mais quelle aubaine si elle exprime le consensus dans le public en faveur des « Neiwahlen » au diapason avec la décision politique, sans autre condition !

A vrai dire, en ce moment aucune autre solution n’est politiquement acceptable que celle qui mène l’enquête sur le SREL à bonne fin et qui en tire les conclusions finales et les conséquences politiques. Mais nous sommes en plein brouillard constitutionnel.

Les limites de la Constitution

Ah, cela aiderait, si nous avions une Constitution qui fonctionne. Elle a 145 ans, mais son âge n’est pas le problème. Les constitutions américaine et suisse ont plus de deux et sept siècles respectivement mais sont jeunes et vigoureuses parce qu’elles annoncent des grands principes et s’appuient sur les droits de l’homme. La nôtre fournit à peine le cadre de notre vie commune. En ses 145 ans, elle a subi 37 amendements. J’ai eu l’occasion de commenter sur le massacre de la Sainte Justine du 12 mars 2009, quand le Parlement a coupé les ailes au Grand-Duc qui dorénavant ne « promulguera » plus les lois. Il signera. C’est un coup d’état qui n’est rien d’autre qu’un jeu de mots. Et telle est l’interprétation des textes tout au long des 120 articles : des jeux de mots pour initiés seulement. Aucun texte au monde n’a tant d’écart entre la lettre et l’esprit qui lui est interprété. J’en conclue que nous sommes en coup d’état permanent, au gré de la lecture variable de la Constitution. Un document vivant !
C’est pour cette raison qu’à l’ONU la lecture littérale classe le Luxembourg dans une catégorie de démocratie amoindrie. Leur conclusion que le Luxembourg n’est qu’une démocratie de seconde zone est peut-être vraie, mais basée sur le texte intégral de la Constitution. Elle l’est aussi pour nous, alors que nous savons que ces textes sont malléables dans l’interprétation « pragmatique » qui leur est donnée. Ses articles sont remplis de qualificatifs, de restrictions et d’échappatoires, de sorte qu’ils disent ce que le lecteur veut leur faire dire. Sinon on la changera selon les besoins du moment.

Basé sur ces textes, quels scénarios ou plutôt fictions existent pour la démission d’un gouvernement ? C’est le Premier Ministre qui tend la démission du gouvernement au Grand-Duc. Construisons l’arbre des actions possibles. Le Grand-Duc accepte ou n’accepte pas la démission. S’il n’accepte pas, il se crée un tollé, un nouveau massacre de la Sainte Justine. S’il accepte, va-t-il aussi dissoudre le Parlement ? En effet rien ne l’obligerait à associer démission du gouvernement et dissolution de la Chambre. Etant donné l’intérêt public de finaliser l’enquête parlementaire en cours, il pourrait surseoir à la dissolution de la Chambre et d’abord charger un informateur pour s’entourer des informations nécessaires à sa décision, et laisser la Commission finir ses travaux. Si, si, dans ce feuilleton fiction, il pourrait lire la constitution comme bon lui semble lui-aussi. Il pourrait aussi nommer un nouveau formateur.  Seulement en cas d’échec de ces tentatives sera-t-il forcé à dissoudre la Chambre des députés en vue d’élections nouvelles. Quoique la lecture de l’ONU permette ces multiples possibilités, c’est une fiction. La lecture luxembourgeoise est toute autre : Monsieur Juncker fera à sa guise. Voilà le problème et aussi la perspective d’une nécessaire action future.

Vers une Constituante

En effet notre constitution est devenue absurde à ce point. Elle n’est plus une référence pour l’action gouvernementale ni pour les droits du citoyen. La pensée politique ne contemple plus les valeurs démocratiques ni la séparation des pouvoirs. C’est documenté par les scandales du jour. Le Parlement est banalisé à force de l’ignorer et de l’affaiblir. A vrai dire aucune pièce de législation n’émane du Parlement, mais du gouvernement assisté de quelques lobbyistes ou d’une Directive de la Commission Européenne. L’élu est ainsi ravalé au statut de célébrité locale chargée d’engranger des voix aux élections.

Pour secouer tout cela, une fois le mystère SREL élucidé, les responsables sanctionnés, le gouvernement démissionné, la Parlement dissout et les élections anticipées annoncées, ne faudrait-il pas que ces élections produisent une Constituante ? Cela fait des années qu’une révision de la constitution se trame à l’abri des regards. Elle mérite au contraire un large débat public et un referendum à au moins deux tours. Une nouvelle Constitution est trop délicate pour la confier aux pouvoirs établis. Quel changement de culture politique ce serait, surtout si on limitait les mandats politiques tant qu’on y est. C’est la longévité des carrières politiques qui doit être l’explication de l’actuelle implosion de nos institutions. 



Friday, June 21, 2013

Ce que vous avez toujours voulu savoir sur le SREL ..

    Dernières lueurs? Photo ET


Ce que vous avez toujours voulu savoir sur le SREL .....


Récapitulons:  En 2012 le Luxembourg est secoué par deux scandales. L'un est l'épisode Cargolux-Qatar Airways, l'autre le fameux projet d'un Stade National à Livange. Les responsables en place n'en sont pas trop ébranlés, mais le Premier Ministre a une idée. Il fallait créer une petite diversion, un vieux détail croquant d'un chef des renseignements qui aurait enregistré une de ses conversations. Cela le mettrait en plus dans la situation confortable de la victime d'un coup fourré. Surtout qu'il n'a dit que "Jo, jo, Mhmm, Mhmm".


Il y a de ces pétards qui ne se fument pas en cigare! 


Thursday, April 18, 2013

Luxembourg - L'état de la Nation

    5 fir 12. Photo ET


Luxembourg - L'état de la Nation

Après le discours 


Le Luxembourg ne se sent pas bien. Notre Premier a parlé de ce dernier, mais ce qu'il n'a pas dit pèse au moins aussi lourd que ce qu'il a dit.

D'abord il n'a pas dit qu'il était content d'être de retour au Luxembourg, après 9 années passées en Eurozone. Et on sent la frustration de voir son successeur divaguer sur Chypre, sous le nez de notre ministre des Finances.

Pour le reste, pauvre monde, où le printemps arabe est givré aux portes de l'Europe, un dictateur joufflu joue avec les allumettes en Corée et le Moyen Orient est une poudrière. Sans parler de Chypre, et de sa révélation que toute richesse est éphémère. Et notre Premier compare l'ambiance à 1913 ! 
Les deux scandales du Luxembourg, ou sont-ce quatre?

Mr. Juncker voit deux scandales, j'en compte  quatre:  Bommeleeër, SREL sans oublier Livange-Wickrange et Cargolux.

Le procès Bommeleeër qui traîne, expose des dysfonctionnements dans les institutions luxembourgeoises en général, Justice et Police en tête. Surtout que ce procès, près de 30 ans après les faits, arrive comme une cerise sur le gâteau bien marbré des autres affaires non-résolues, escamotées, obstruées, de Livange-Wickrange, Cargolux et du Service de Renseignements. Le public est confus par ce procès-spectacle, les incroyables pannes dans les enquêtes, les manœuvres, et les cordées diverses, le défilé des princes, des ministres, des ex-gendarmes et autres témoins, et deux accusés que le public ne semble disculper d'avance. Le spectacle durera encore quelques mois, sans compter une douzaine de semaines de "congé judiciaire". C'est une opérette extravagante qui impitoyablement met à nu les insuffisances de la société luxembourgeoise et de son système judiciaire.

L'autre affaire traitée, le SREL, couvre un quart de siècle. C'est un problème de seconde catégorie, créé de toutes pièces pour distraire des vrais problèmes, des années après un incident rocambolesque d'écoutes. Probablement aucune des deux affaires ne livrera de conclusion. Quant aux deux autres, elles ont été étouffées avec succès. Non, ce n'est pas l'année de la grande lessive.

Pendant ce temps là, le citoyen qui n'a pas eu de chance, qui doit trouver un emploi, retrouver une santé ou tout simplement appeler une administration, appellera souvent aux abonnés absents. Telle est l'arrogance de l'appareil que nous avons laissé dériver et sa décadence rampante. Il faut redresser la barre, au plus tôt.

Faire le ménage est un vaste chantier

" Soucieux de la crédibilité et de l’irréprochabilité de l’État, le gouvernement s’est doté d’un code de conduite et a fait voter une loi sur l’accès à l’information" dit le site du gouvernement. J'ai commencé à douter de mes sources de renseignement, car je n'étais pas au courant.  J'ai cru comprendre que la loi sur le "Freedom of Information", (FOI)  serait votée, et qu'on aurait un code de déontologie? A part l' "Accès du public à l'information en matière d'environnement", pas de trace de FOI. Le Meco doit être enchanté comme une forêt, quand il voudra un jour franchir cette piste d'obstacles.

Mais c'est au moins une déclaration d'intention. Comme pour la nouvelle Constitution, en chantier depuis des années. Tant de tergiversations montrent que des intérêts particuliers sont à l'œuvre. Un résultat autre qu'une constitution instaurant un gouvernement laïque du peuple par le peuple établira une nouvelle tutelle de quelqu'un d'autre sur le peuple et sur son avenir. Pour dénier cette tutelle à quiconque,  il ne suffit pas des bons principes de séparation des pouvoirs, mais aussi de deux outils de contrôle: le droit à l'information du public pour pouvoir juger, et un code de déontologie pour sanctionner.

Quand enfin ce sera fait, encore faudra-t-il distinguer entre  la qualité des textes adoptés, le sérieux de leur application, les sanctions prévues et surtout les sanctions effectivement appliquées. Le public a raison de regarder ces projets avec suspicion: ils sont en gestation depuis 12 ans. Si le Luxembourg ne change pas, le monde global s'en chargera.

La globalisation est à double tranchant

Le Luxembourg, plus agile que certains voisins, a su profiter des ouvertures procurées par la globalisation et la construction européenne, tout en abritant un pan de ses activités économiques par le secret bancaire et le « pragmatisme » de ses institutions. Ce darwinisme demande une adaptation continue, car la globalisation est une voie à deux sens. La place financière est assiégée comme paradis fiscal, le pragmatisme est décrié comme laxisme sinon paradis judiciaire, et le site industriel, surtout l'acier, se vide de sa substance sous le double effet de la perte de compétitivité et de stratégies mal choisies.

Le problème éternel à résoudre est celui de comment garantir le futur d’une économie monolithique ? Tout à fait logiquement en consolidant ce qu'on a et en diversifiant de toute urgence.

Changer le paradis fiscal et judiciaire en centre financier respecté

C'est dire, le délivrer de ses tares, et effacer la renommée qui pêle-mêle se réfère à des activités légitimes et légales, douteuses, illicites et carrément criminelles, et  à la faiblesse des règles et surtout à une grande impunité.  Ce n'est pas l'affaire grotesque du Bommeleeër qui viendra l'infirmer. Ni la Cour Européenne des Droits de l'Homme qui a condamné le Luxembourg comme récidiviste pour ne pas fournir une justice en des délais raisonnables. Ni les victimes de Madoff ou de la BCCI. Le centre financier est en ce moment un paradis judiciaire qui desservira la défense du centre financier.

Les paradis fiscaux disparaitront à moyen terme sous les coups de butoir de la Commission Européenne, du G 20, de l'OCDE - GAFI, des gouvernements voisins et des Etats-Unis. Le Luxembourg longtemps allié objectif de la Suisse et de l'Autriche, s'est donc décidé d'abandonner le secret bancaire. C'est un pas logique, et une perte amère. Mais quelle pagaille, cette annonce: un acte non-coordonné, surprenant, comme jadis la vente catastrophique de Cargolux au Qatar. Car il y avait au moins quatre aspects qui méritaient une considération: est-il acceptable pour le Luxembourg de se dérober subrepticement  d'une alliance de fait avec la Suisse et l'Autriche, est-il acceptable de surprendre ainsi la Chambre des Députés (sinon le reste du gouvernement), comment peut-on omettre de négocier quelque chose en contrepartie d'une concession majeure comme celle-ci, et comment le dire aux clients des banques?

Faut-il se soumettre inconditionnellement aux demandes du voisin tonitruant ou aux désirs des institutions supranationales? Je décèle une contradiction étonnante entre l'arrogance avec laquelle on a développé le secret bancaire d'abord, et ensuite le zèle soumis avec lequel le gouvernement  se conforme à des demandes qui souvent heurtent nos intérêts: nous avons plié pour l'harmonisation de la TVA, Kyoto, l'aide au tiers monde, les taxes sur le commerce électronique, sans parler de la perte sans broncher de la BCE à Francfort. Sans contrepartie connue.

Equilibrer les finances

Ces gentilles concessions pèsent sur un déficit de 2 milliards d'euros en 2016 et des charges futures, il faudra  réduire les dépenses ailleurs.  Certains postes budgétaires échappent miraculeusement à la tonsure, alors que d'autres, impactant la vie des luxembourgeois se retrouveront facilement à l'ordre du jour d'une tripartite. Documentant ainsi un certain manque de discernement dans l'établissement des priorités budgétaires, alors que le pays a 22.000 chômeurs et 15% de la population se retrouvent en-dessous du seuil de pauvreté.

Opposez à cela l'image extravagante de la ministre de la Coopération Marie-Josée Jacobs roulant sa bosse à Bamako. Le Luxembourg y a planté des millions dans le sable dans le passé. Eh bien on recommence, 10 millions d'euros d'aide par an plus un spécial élections de 1million d'euros maintenant. Cela se fête. J'imagine qu'au menu il y avait des loukoums, graines de couscous et du chameau à la crapaudine. Comment? On aurait mangé le chameau offert à Hollande? Notre million permettra au moins de le remplacer par plus grand et plus beau encore. 

Honni soit qui Mali pense.