Friday, September 11, 2015

Déontologie, le dur apprentissage du Luxembourg


CUMUL: Photo ET / Transparency International





















Déontologie, le dur apprentissage du Luxembourg

Il y a quatre ans un article dans « Foreign Policy », une publication généralement de haut niveau, publiait un article d’Eric Pape sur le Luxembourg qui faisait scandale, au Luxembourg. Dans « TheLap of Luxembourgery » il parlait d’une « nation pourrie jusqu’à la moelle dans le cœur noir de l’Europe ». Un choc ! Le Luxembourg offusqué s’est rué sur des imprécisions flagrantes de l’article pour le discréditer dans sa totalité, et pour renvoyer cet Amerloque maldisant à la bibliothèque pour s’éduquer.   

Alors que nos protestations avaient à peine cessé, nos partenaires européens donnaient raison, du moins en partie, à Monsieur Pape, car disaient-ils, le Luxembourg est un affreux Paradis fiscal. Nous avons beaucoup protesté, et nous avons même inventé la phrase « talking point » numéro un : « un crime considéré par l’étranger n’est un crime au Luxembourg que si un juge luxembourgeois le confirme ». Le fait de ne pas payer ses impôts à l’étranger n’est pas un crime au Luxembourg. Et nous n’en dirons pas un mot.

Passons par les scandales BCCI (ah, oui, la CIA vous savez), Madoff, Landsbanki et autres que nous allons pudiquement cacher au journaliste Pape. Heureusement il avait bâclé son enquête en deux jours. Il ne s’est même pas rendu compte que ces escroqueries prennent un Paradis judiciaire pour fonctionner ….

Et comme si tout cela n’était pas assez, Luxleaks vient corroborer les grandes lignes de l’article de Foreign Policy. Comme cerise sur le gâteau, le whistleblower Deltour, qui a joué un tour à PwC, est nominé pour le Prix Sakharov, ce qui doit contrarier Madame Solovieff. Mais nous avons riposté de suite, car au Luxembourg les « tax rulings » sont légaux, tellement légaux qu’un seul homme, Marius pour les intimes, pouvait accommoder le monde entier. Nous espérons bien sûr que les institutions europeennes abandonnent. Ce qui heureusement semble se faire. Attention, nous savons des choses sur vous !

Mais il ne faut pas croire que cela s’arrête là. Après le Paradis fiscal, le Paradis judiciaire, le Paradis des multinationales, des banques et autres constructions, le Spiegel soumet à l’attention du monde le Paradis des fonctionnaires luxembourgeois dirigeants et cumulards dans l’économie privée. Des dizaines de fonctionnaires se partagent ainsi des centaines de postes d’administrateurs dans le privé. Jusqu’à présent on en a peu parlé, c’était vite étouffé parmi nous. Fred Reinertz, Président de Protinvest, association pour la protection des investisseurs, a bien porté la chose devant le Commissaire Barnier. « C’est un droit coutumier » a-t-on justifié la situation, comme si c’était un droit que les kleptocrates du monde en éternel développement auraient imaginé. On entend que ces super fonctionnaires gagneraient au moins autant dans le privé, et que pour l’Etat c’est un moyen de retenir ses plus fidèles serviteurs. Chiche pour essayer le privé !

Il est clair que la loi est même violée et que le Spiegel et d’autres après lui fustigeront la dérive, la permissivité, le laxisme au Luxembourg, et concluront a la corruption. Encore une fois, ce sera de l’étranger que viendra la pression d’assainir le cœur noir de l’Europe. Cette fois-ci, la honte serait évitable, si on avait appris les leçons précédentes.  

Pour y arriver, essayons un Exercice pratique : comment faire de la déontologie ? Je ne parle pas du Ministeschgesetz, flexible comme un pneu dégonflé. Voici un exemple vieux de presque 60 ans :

Code de déontologie des services du gouvernement des États-Unis. Pas compliqué
Adopté Juillet 11, 1958

Il est résolu par la Chambre des Représentants en concordance avec le Sénat, qu'il est le sens du Congrès que le code d'éthique doit être respecté par tous les employés du gouvernement, y compris les titulaires d'une charge.

CODE DE DEONTOLOGIE DU SERVICE DU GOUVERNEMENT

Toute personne au service du gouvernement devrait:
1. Mettre sa loyauté envers les plus hauts principes moraux et le pays au-dessus de la fidélité aux personnes du gouvernement, des partis, ou des ministères.
2. Respecter la Constitution, les lois et règlements juridiques des États-Unis et de tous les gouvernements qui y sont et ne jamais être une partie pour les  évader.
3. Donner une journée de travail entière pour un salaire d'une journée entière; donnant à l'exercice de ses fonctions son effort sérieux et ses meilleures compétences.
4. Chercher à trouver et à employer des moyens plus efficaces et plus économiques pour l'accomplissement des tâches.
5. Ne jamais discriminer injustement par la distribution de faveurs ou de privilèges spéciaux à toute personne, que ce soit pour une rémunération ou non, et ne jamais accepter pour lui-même ou sa famille, des faveurs ou des avantages dans des circonstances qui pourraient être interprétées par des personnes raisonnables comme influençant la performance de ses fonctions gouvernementales.
6. Ne jamais faire des promesses privées de toute nature ayant un caractère contraignant sur les devoirs de sa charge, puisqu'un employé du gouvernement ne peut avoir de mot privé qui peut être contraignant pour le service public.
7. Ne pas s'engager dans aucune affaire avec le gouvernement, soit directement ou indirectement, qui est incompatible avec l'accomplissement consciencieux de ses fonctions gouvernementales.
8. Ne jamais utiliser une quelconque information obtenue en toute confidentialité dans l'exercice de fonctions gouvernementales pour faire des profits privés.
9. Exposer la corruption partout où elle est  découverte.
10. Défendre ces principes, en étant toujours conscients du fait que la fonction publique est un bien public.
[Source: Chambre des Représentants américaine Comité d'Ethique]


http://foreignpolicy.com/2011/08/15/the-lap-of-luxembourgery/


Friday, September 4, 2015

Luxembourg – Belgique, le chiffre magique.


La Belgique designe le Luxembourg comme Paradis Fiscal.
Photo: ET






















Luxembourg – Belgique, le chiffre magique.

Il faut une fois saluer la perspicacité belge: ils viennent de réaliser que leur voisin le Luxembourg est un paradis fiscal. Allez fieu ! Je vous l’avais dit, chaque fois que j’allais voir mon dentiste. Et je vous en veux de ne pas lire le Feierwon. Vous auriez appris la nouvelle avant les luxembourgeois.

Mais mieux vaut tard que plus tôt ! Question de rapatrier des choses. On ne pouvait quand-même pas mettre tout dans du Quetsch et du jambon d’Ardenne.

Donc, maintenant la Belgique a une liste de paradis fiscaux / belastingsparadijzen. Sous la lettre L, on trouvera facilement « Luxembourg ».

Quand vous voulez désormais m’envoyer de l’argent comme d’ habitude, sachez qu’à partir de 100.000 euros envoyés à destination d’un compte luxembourgeois, vous devrez déclarer la transaction aux impôts (belges ! Pas luxembourgeois !).

L’astuce j’imagine est de ne m’envoyer que nonante-neuf mille neuf cent nonante-neuf euros et nonante neuf centimes (Voor de Vlamingen : negenennegentigduizend negen honderd negenennegentig Euros en negenennegentig Cents).  Pas plus en une fois, sinon ça va péter et vous aurez un klache avec l’inspecteur. 





Sunday, July 5, 2015

Le vote grec : Hellas dit non. C’est là qu’est l’os !


Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage,
Ou qui comme celui-là conquit la Toison.
Photo ET

























Le vote grec : Hellas dit non. C’est là qu’est l’os !

Je ne sais d’où les sondages et autres professionnels de l’information tenaient leur science en faisant croire à un vote serré au référendum grec d’aujourd’hui, sinon même une dominance du oui. C’était à la fois du « wishful thinking », de la propagande et aussi une supercherie. N’importe quelle analyse holistique de la situation de part et d’autre du différend devait faire apparaitre le « non » massif qui allait exploser aujourd’hui.

Il est clair que la dette grecque ne peut être remboursée. Il est clair aussi que tous les sauvetages des années passées se sont soldés par une augmentation drastique de la dette grecque, une chute vertigineuse du PNB, un chômage record surtout parmi les jeunes, un abaissement des revenus, et un appauvrissement rampant dans la grande majorité de la population. Les causes du drame grec sont à trouver de part et d’autre. La Grèce, administrativement et financièrement en-dessous des standards  et critères d’adhésion à l’Euro, y est parvenu avec quelques manipulations, que les autres grands prêtres de l’Euro feignaient ne pas voir. Ou bien ils étaient incompétents.

Le résultat du référendum d’aujourd’hui est remarquable sous beaucoup d’aspects : c’est une manœuvre lancée par surprise, en un lapse de temps minimal, avec une quasi-certitude de gagner. Sous cet éclairage on a assisté à la démonstration d’une opération quasi militaire dans l’exécution de ce référendum. Non seulement cela, c’est une première démocratique, qui a toujours échoué ailleurs, même aux Nations-Unies : obtenir un avantage financier par un vote démocratique, c.à.d. mettre la main dans la caisse grâce à un vote.

L’intransigeance des partenaires européens et de la troïka en général s’arrête là. Il faudra verser beaucoup plus d’eau dans son vin. Ce n’est pas un constat plaisant de savoir, qu’en tant qu’imposable luxembourgeois on sera aussi prié de passer à la caisse. Mais, il y a de ces solidarités asymétriques. Tenez, saviez-vous que le Luxembourg fièrement consacre 1% de son PNB à l’aide au développement, mais seulement 0,4% à l’OTAN, alors que la cible et l’engagement envers l’OTAN est de 2% ? Il est surtout intéressant de savoir que le Luxembourg contribue ainsi le moins de tous les membres de l’OTAN, mais que la Grèce non seulement remplit son engagement, mais contribue le plus en Europe avec un bon budget de 2,1% de son PNB! Je ne plaide pas forcément pour le budget militaire luxembourgeois. Mais posons la question si les frégates anglaises, les hélicos français et les sous-marins allemands ne sont pas pour quelque chose dans la permissivité autour des crédits à la Grèce? Car enfin, un excès de largesse de la part d’une institution de crédit, au-delà de la capacité de remboursement du client, est généralement considérée comme un manquement à la bonne diligence et peut être sanctionnée dans de nombreuses juridictions.

Peut-être l’aide luxembourgeoise aux gouvernements et aux états en déliquescence du monde « en développement », pourrait-elle aider la Grèce ? Et l’Allemagne, chantre principal de l’austérité grecque pourrait se rappeler non seulement de  sa grande inflation galopante, spectre dans son histoire, mais aussi de la générosité des vainqueurs de 14-18, qui en 1932 renonçaient au paiement des 132 milliards de marks or en réparations de la guerre, après tout juste le remboursement de 23 milliards de marks-or.

Mais concluons aussi que l’establishment européen l’a échappé belle : l’alternative au non était bien sur le oui que la propagande européenne a voulu pousser.

- Un oui aurait provoqué la démission du gouvernement grec, sans doute des nouvelles élections avec un retour du pendule vers la droite y compris l’extrême droite.

- Et en cas de chaos, un putsch militaire aurait pu se produire, qui aurait possiblement été salué par la population désespérée.

Voilà la raison pour enfin devenir sérieux en ce qui concerne la résolution de la dette grecque. Comme il ne faut pas laisser passer une crise comme celle d’aujourd’hui sans en prendre avantage, il faudrait en profiter pour relancer la construction européenne. Une Union de plus en plus étroite, disait le Traité de Rome. Sans Union, c.à.d. un Etat européen, et une politique commune, il ne doit y avoir ni diplomatie commune, ni Armée commune, ni monnaie commune. Sans plus d’intégration et donc plus d’Europe, l’Euro est ingérable comme outil de politique économique des membres de la zone Euro. Sans plus d’Europe, l’idée d’une armée européenne avancée récemment par J.C. Juncker serait une folie, commandée par un comité d’avocats. Sans plus d’Europe la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères ne sert qu’à faire jolie.


Mais la crise grecque met surtout en lumière le manque de cet autre pilier de la construction européenne, l’Europe sociale, négligée au détriment du monde des affaires. En effet la libre circulation des capitaux, des biens, et des services n’arrange qu’un pan de l’Union. Quand on en arrive aux citoyens, la libre circulation a connu et connait encore des entraves. Et les conséquences sociales ont généralement cédé le pas aux priorités du monde des affaires. La crise grecque a remis les pendules à l’heure. Elle sera peut-être bénéfique.



Monday, June 29, 2015

Grèce: Le deuxième principe d’Archimède


Le deuxième Principe d’Archimède illustré. 
Photo ET


















Grèce : Le deuxième principe d’Archimède

“Tout Etat membre de l’UE endetté d’un milliard subit de la part de l’UE une pression du haut vers le bas intenable.

Tout Etat membre de l’UE endetté de plus de 100 milliards exerce sur l'UE une pression du bas vers le haut insurmontable. »

En effet si vous devez 1 million à votre banque, la banque vous possède. Si vous devez 1 milliard à votre banque vous la possédez. Sachant cela, au cours de 6 mois de « négociations » avec la Grèce, on aurait pu avoir le résultat d’aujourd’hui en un jour. En effet, la Grèce n’a jamais eu l’intention ni les moyens de payer. Il lui faudrait un siècle sans doute pour le faire.

J’ai entendu M. Juncker, Président de la Commission européenne aujourd’hui se lamenter que « ….. surtout toute la vérité n’a pas été dite ». C’est ce Monsieur qui a fait du mensonge un credo politique : « Quand les choses deviennent sérieuses, il faut mentir «. Il aurait pu dire aussi que les dés sont tombés. Mais il a préféré appeler les Grecs à voter « oui » au référendum qui produira un « non » massif.

En attendant de ramasser les morceaux, les banques grecques sont fermées, les marchés financiers chancellent, et nous avons la preuve que nos dirigeants ne sont pas à la hauteur de la physique d’Archimède. Ils cherchent les options pour éviter la contamination européenne. On sauvera les banques avant les Grecs.

Et le spectre du crime politique chypriote de 2013 commence à jeter son ombre: la confiscation d’une partie (40%) des comptes d’épargne à partir d’un certain montant. Vous avez oublié ? Le Feierwon y était :




Saturday, June 27, 2015

Le théâtre grec vient d’inventer le vaudeville

L’Euro s’éclipse sur le Pirée. Photo Kohl/Mitterrand


Le théâtre grec vient d’inventer le vaudeville

Ce que certains voudraient appeler un drame, qui inexorablement se déploie vers une fin fatidique, est plutôt un vaudeville avec ses rebondissements attendus et ses interprètes qui deviennent de plus en plus des bouffons stéréotypés : les paresseux, les fourmis qui ne veulent pas partager leur yam, les vertueux, les incorruptibles, les corruptibles, les tricheurs, les intransigeants, les manipulateurs et les inévitables cocus de l’histoire : certains créanciers.

Inattendu dans les rebondissements est l’annonce d’un référendum en Grèce le 5 juillet. Admirez la prouesse, le fait d’arriver à organiser une telle opération d’envergure dans un pays moribond en 8 jours ! Alors que d’autres initiatives politiques échouent l’une après l’autre.

Mais ce référendum n’est autre qu’une demande de confirmation du mandat implicite du gouvernement grec reçu de l’électeur l’année passée : on ne payera plus les dettes, advienne que pourra. Bien-sûr, ce consensus grec s’est un peu érodé, sans doute dû au contact des dirigeants grecs avec la nomenclature européenne à Bruxelles. Trop d’embrassades décentrent les cravates.  Le référendum servira à les recentrer et à fournir l’alibi incontournable pour l’échec des « négociations »  sans fin.

Ce blog a déjà mis le doigt sur la plaie en 2012, quand on assistait à une valse d’hésitation du Président de l’Eurogroupe de l’époque, maintenant Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Le titre absurde de ce blog est toujours d’actualité : Il ne faut pas que la Grèce ne puisse pas ne pas quitter la zone Euro.

A vrai dire, les racines du mal se trouvent dans les fautes commises au cours de la construction européenne, qui trop souvent attelle la charrue devant les bœufs. Car la finalité de la construction européenne n’a jamais été définie. J.C. Juncker en prenant ses fonctions actuelles a déclaré que « nous » ne voulons pas des Etats-Unis d’Europe. Sa camarade de parti, Viviane Reding dit le contraire 2 semaines plus tard. Le référendum grec donnera une partie de réponse.

Il est clair que planifier pour une monnaie commune dans des futurs Etats-Unis d’Europe est sage, car gouverner c’est prévoir. L’introduction prématurée de l’Euro était une faute, née de la vanité de ses promoteurs, avides de se poser un monument. Il est clair que c’était le couple franco-allemand de l’époque, alors qu’au moins le côté français aurait dû avoir des frayeurs quant au futur et notamment au sujet du différentiel chronique dans les performances économiques entre les deux pays. Quelques réflexions élémentaires dans le domaine de l’économie politique produisent facilement les menaces inhérentes à l’Euro pour les économies les plus faibles, comme dans l’exemple du couple franco-allemand justement.  

En effet l'anémie chronique de l'économie française comparée à celle de l'Allemagne est bien documentée par l'évolution historique du FF, le « Nouveau Franc » de de Gaulle face au DM: le taux de change était de 1,17 FF pour 1 DM en 1960 pour tomber à 3,50 FF pour 1 DM la veille de l'introduction de l'Euro en janvier 1999. Une érosion de 190% environ face au DM en 40 ans ou près de 5% par an! Depuis lors l'ajustement par dévaluations successives est devenu impossible, la France ne pouvant dévaluer son Euro. C'est donc une autre variable dans l'équation de la compétitivité qui a dû céder: c'est le chômage qui augmente. Et la spirale infernale est engagée: perte de revenus, perte d'opportunités, chômage, augmentation des dépenses, emprunts, augmentation des impôts, austérité, la course vers le fond. L’économie la plus faible dans cet univers Euro, la Grèce, est la première à toucher ce fond.

En attendant une Union de plus en plus étroite, comme le demande le Traité de Rome, l’ECU (European Currency Unit) d’il y a quinze ans, jouait parfaitement le rôle de monnaie unique provisoire. Elle était en fait une moyenne pondérée des monnaies nationales, et des opérations importantes étaient libellées en ECU. Et l’ECU permettait la dévaluation plus ou moins contrôlée d’une monnaie dans la corbeille.

La morale de l’histoire est que sans définir le but final de la future intégration européenne comme étant la création des Etats-Unis d’ Europe ou de la Confédération Européenne, il faut s’abstenir d’aventures communes qui sont du ressort d’un gouvernement central : ce sont la politique étrangère commune, l’Armée européenne, et hélas, la monnaie commune.

La Grèce et l’Europe paient cher la vanité et l’incompétence de ses dirigeants.










Wednesday, June 3, 2015

Un peut-être au référendum ?


The Constitution. Can you see it? Photo: Thomas Jefferson




















Un peut-être au référendum ?

Bien-sûr, ce « peut-être » est une boutade. Elle souligne d’un côté l’aspect absolument positif du principe du référendum, d’ ailleurs supporté par tous les grands partis, y compris jadis le CSV. Elle voudrait aussi éclairer les faiblesses de sa mise en route actuelle et les hésitations qu’elle engendre. Et donc la boutade voudrait confirmer que l’électeur est en face de décisions qui ne sont pas faciles à prendre, qu’il est finalement seul à les prendre, et que toute analyse approfondie des questions posées lui fera tourner la tête. A moins que vous n’ayez la certitude d’un inconditionnel très discipliné du « oui » ou du « non » catégoriques recommandés, voire imposés, par les partis et les groupes d’influence.  

L’ombre de la quatrième question avortée

La question d’un référendum sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat était une des bases du succès électoral de la présente coalition. Or cette question a été retirée du référendum. C’est une faute qui projette une ombre sur tout le vote du 7 juin. Alors que cette question était destinée à être l’ancrage de la consultation populaire, sa disparition a propulsé la seconde question en ordre d’importance, le droit de vote des étrangers, en haut de l’affiche. Nul doute que cette nouvelle vedette devient d’autant plus controversée, qu’elle n’est plus éclipsée par la question de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui selon beaucoup d’observateurs allait être approuvée par une bonne majorité. Parmi ces observateurs figure certainement l’Archevêque de Luxembourg, qui en excellent stratège issu des écoles jésuites, a frappé avec détermination par une manœuvre préventive réussie, évitant ainsi que le peuple souverain ne termine une relation millénaire avec l’Eglise de façon définitive. 

L’Archevêque s’est ainsi confirmé grand Homme d’Etat, qui sait agir quand les possibilités de ceux en face sont en sa défaveur. En plus, sa victoire relative a affaibli la crédibilité du référendum résiduel, sans que l’Eglise ne doive s’en mêler vraiment et directement pour avancer ses opinions.

Le droit de vote des étrangers est devenu la question vedette

Ça, c’est une valse ! Si je vais fouiller dans mes vieux bagages idéalistes, la réponse est indubitablement « oui ». Ce même moi a idéalisé les grands exemples d’actions en faveur du progrès de l’humanité, la paix mondiale si souvent citée par les candidates au titre de Miss Monde, et même les Nations-Unies pour leur potentiel à faire le bien.  Mon ton révèle sans doute qu’au contact avec les réalités, (les Nations Unies bien-sûr),  mon oui euphorique devient un « oui mais ». Pourquoi ? Comme dans l’exemple de notre Archevêque, un Homme d’Etat ne cède jamais rien pour rien. L’Archevêque a cédé, mais a sauvé l’essentiel. Le Luxembourg par contre a mal choisi l’heure et l’endroit pour lancer la question du vote des étrangers. Il ne propose même pas de négocier pour céder un droit, il l’offre pour rien en contrepartie, et au mauvais moment.

L’occasion eut été d’en faire le cheval de bataille de la Présidence luxembourgeoise de l’UE à partir du 1er juillet. En manœuvrant ainsi, plusieurs intérêts gouvernementaux auraient pu être atteints : Présenter l’initiative du vote étranger (européen ?)comme la question du moment primant tout au niveau européen, et obtenir du coup en principe la réciprocité pour le vote des luxembourgeois à l’étranger. La réciprocité est un principe fondamental de politique internationale.

La véhémence des débats que l’on observe actuellement, où l’emploi de noms d’oiseaux n’est pas rare pour invalider l’opinion d’autrui, aurait été dans un contexte plus vaste et moins polarisé. Enfin le Luxembourg aurait gagné en crédibilité comme élève modèle de la construction européenne. Car enfin si le vote des étrangers (européens) est vu avec méfiance dans certains quartiers, comment ne pas remarquer que s’il y a quelque chose à perdre avec l’octroi de ce droit, le Luxembourg avec presque 50% d’étrangers aurait à perdre le plus. Enfin, la perception actuelle du Luxembourg, une sorte de nation branding involontaire comme nid de fraudeurs du fisc, se serait estompée en faveur du Luxembourg hardi, terre d’accueil des étrangers. Le Luxembourg, bâtisseur de l’Europe.

En attendant, le niveau d’amertume du public qui confond pêle-mêle les notions de peuple, de nation et de citoyen est sidérant. Mais quel que soit le verdict de l’urne, la stratégie européenne ne sera pas obsolète. A moins qu’on ne veuille pas construire les Etats-Unis d’ Europe.

Le droit de vote à 16 ans

C’est une lubie, bien sympa, mais une lubie. En atteignant l’âge de 16 ans, l’arithmétique vous donne, à vous les jeunes, seulement 2 chances sur 5 de voir une élection avant que vous n’atteigniez 18 ans de toute façon. Je pourrais compléter cette vision du vote à 16 ans en donnant à votre papa ou à votre maman le droit de vote pour vos plus jeunes frères et sœurs, donc le droit de vote universel élargi jusqu’aux bébés, mais exercé par les parents. La justification ? Bof, en voilà une : ces parents élèvent les futurs piliers de notre société basée sur un contrat social qui fait que la redistribution des revenus supporte les vieilles générations par le travail des jeunes générations. Ce serait un vote pondéré sur le nombre d’enfants mineurs élevés par les futurs vieux. Car enfin, les bébés d’aujourd’hui n’auraient rien à dire quant aux grands choix de société pour demain ? Cette idée est peut-être une lubie aussi. Elle me sert à mettre en exergue le degré d’urgence et de maturité dans l’innovation politique qu’est le vote à 16 ans.

Comme d’ailleurs pour les étrangers la question de l’accès à l’éducation civique des jeunes avant un premier vote mérite d’être évoquée au préalable.

La limitation des mandats

Que ce soit au Luxembourg ou aux Etats-Unis où j’habite, je ne veux pas d’une Hillary Clinton ni d’un Jeb Bush. Comme si de telles dynasties étaient inévitables dans l’intérêt du pays. La pérennité du pouvoir mène à l’inceste politique et aux systèmes corrompus. J’espère qu’il n’est pas nécessaire de faire un dessin pour illustrer le cas luxembourgeois. Je supporte sans hésiter le « oui », et je me défendrai d’avoir été influencé par quiconque.

La limitation des mandats combattra la stagnation, la paresse, les évolutions mafieuses qui elles ont besoin de temps pour s’épancher, et stimulera le nombre des aspirants politiques trouvant la voie dégagée par les fossiles politiques jadis inamovibles. Si les vétérans ainsi remplacés ont vraiment des idées à contribuer à leurs successeurs, le choix leur est permis. Si entretemps ils ne se sont pas refugiés chez Gazprom ou Deutsche Bank. 

Finalement une nouvelle culture politique

Malgré les ratages dans la conception du référendum, il faudra surtout célébrer son existence. C’est une nouvelle culture démocratique qui s’installe, où gouvernement et électeurs sont néophytes. On sera donc indulgent, surtout qu’un autre référendum sur la Constitution se pointe à l’horizon 2017. Occasion de revoir certaines questions ? Il ne sera jamais trop tôt pour lancer ce débat, surtout que le projet de texte sur la table laisse à désirer : il fourmille de qualificatifs comme « sera déterminé par la loi », ce qui annule potentiellement l’article énoncé par un vote majoritaire au Parlement. Il faut y remédier pour énoncer surtout des principes et non pas des petites règles flexibles selon la volonté des partis majoritaires.

Finalement ce 7 juin retenons que l’électeur luxembourgeois expérimente une sorte d’émancipation politique nouvelle. C’est ce moment solennel où en tant que souverain il se trouve seul devant des questions à trancher lui-même dans le secret du vote.





Saturday, May 30, 2015

Vatican-Luxembourg: le Grand Schisme


Conférence de Presse « Ite missa est »
Photo : compliments « Péckvillchen »

















Vatican-Luxembourg: le Grand Schisme

Cela ressemble à un film sur un drame familial : on s’aime beaucoup, on pense de la même façon, nous les spectateurs  nous savons qu’il n’en devrait pas être ainsi, mais inexorablement la séparation se déroule sur l’écran, comme dans les drames antiques.

Pourtant, si la France méritait le surnom de « Grande Fille de l’Eglise », le Luxembourg mériterait au moins celui de « Petite Fille ». Dans tous les Baedeker, le pays est présenté comme étant à peu près 100% catholique. On m’a dit que le Luxembourg, capitale européenne unique et par défaut dans les années 1950, a laissé passer l’opportunité de rester capitale unique grâce (ou dû) à l’opposition de Mgr Lommel et des autorités de l’Etat de l’époque. Ils craignaient en effet l’impact néfaste qu’auraient les nombreux fonctionnaires allemands et néerlandais, hérétiques protestants, sur les fondements de la culture catholique luxembourgeoise. Quel héroïsme d’avoir ainsi sacrifié le temporel à des valeurs supérieures !

Mais voilà, le drame se consomme, car le Saint Père au franc-parler relatif, n’a pas ménagé ses mots, probablement en latin. Il ne veut pas que le très respectable Trésor du Vatican lève de ses fonts baptismaux un fond luxembourgeois. En effet dit la langue infaillible de Rome, il y a comme qui dirait un déficit éthique au Luxembourg ! Peut-être que SS lit trop le « Feierwon », qui pensait avoir seul l’infaillibilité en ce domaine. Mais notre rédaction toute entière aime le choc des idées et le poids des photos. Et brandissant haut nos pancartes « Je suis Feierwon », nous remettons en cause l’infaillibilité du pape. Il devrait rectifier franchement qu’il s’est trompé : le Luxembourg n’est plus (officiellement) un paradis fiscal. Par contre il reste un paradis judiciaire pour les pécheurs et un enfer pour les victimes. Voilà une belle parable à développer. Et sur cela notre rédaction envisage l’absoute du pape.

Mais me semble-t-il, cette fatwa vaticane n’était surement pas destinée à être divulguée aux non-initiés. Les autorités compétentes gardent en effet un silence embarrassé, comme s’ils allaient rompre un secret de confessionnal en répondant aux questions de la presse. Alors nous nous perdons en conjectures. Mais où diable avons-nous péché ? Si nous avons péché sans le savoir, est-ce encore un péché ? Nul n’est censé ignorer le péché ? Sommes-nous seulement au purgatoire ou déjà plus loin sans espoir de jamais sortir de notre Schmuddelecke, comme disait un banquier repenti ?

Des intégristes me disaient, oui mais, regardez, les luxos exagèrent : avortement, euthanasie, mariage gay, et en veux-tu, en voilà ! On est en plein Vieux Testament ! Tel Saint Thomas, je n’en crois pas un mot. Je fis remarquer que par contre le Luxembourg vient d’avorter la séparation entre l’Eglise et l’Etat. Le pape François a Lui-Même humblement fait remarquer : qui suis-je pour juger ? Ce ne doit donc pas être la politique sociale progressiste. Non la décrétale, ou est-ce une bulle, excommunie surement la place financière, réputée dans le temps comme une place ou l’on blanchissait l’argent sale, comme on blanchit les âmes noircies au Vatican.

Ah, mais là je ne comprends plus les règles du jeu. Tout comme la banque vaticane, qui elle aussi lavait plus blanc que blanc avec ses petits bras musclés, le Luxembourg a très officiellement abandonné son label de paradis de ce monde. Quoique ce label colle encore au « nation branding » comme une bande adhésive au pouce du Capitaine Haddock.

Pourtant le Luxembourg a fait pénitence pour avoir sali la renommée de toute blanchisserie respectable, même au-delà de ce qui représente une pénitence moyenne et normale. Nous venons de sortir de l’Octave, qui, oh label frauduleux, dure 15 jours, pour envoyer nos futurs électeurs portugais en pélé à Notre Dame de Fatima, immigrante elle-aussi, car elle semble résider à Wiltz. Et je finirai par la vraie pénitence corporelle, presqu’une flagellation, la souffrance qu’est la Procession Dansante d’Echternach. Nous en avons même fait à grand frais, un patrimoine de l’UNESCO, palme que même la frite belge n'a pas encore obtenue.

Je ferais remarquer que ce sinistre coin de paradis terrestre qu’était le Luxembourg, a été imaginé, conçu et construit avec une diligence comme jadis Noé par le très catholique parti chrétien social, au pouvoir pendant une éternité terrestre, et éminence grise (ou noire ou orange) du Vatican, veillant au devenir de plus en plus vertueux du pays. Bon, maintenant même l’ancien capitaine de l’équipe papale, le présent Haut-Commissaire du Pouvoir Terrestre Joanes Claudius Juncker, divertit le blâme sur son ancien et innocent adjoint, le socialiste Jang Asselborn en le giflant publiquement à Riga.  


Je ne pense pas que celui-ci, en tant que Ministre des Affaires Etrangères, doive aller en plus se mettre à genoux à Canossa. Nous en avons fait assez. Et à la question d’éthique je répondrais du tic au tac : les chemins de la place financière ne sont pas impénétrables. Le futur de place financière qui se situe dans son avenir, passe par la finance islamique. On n’a QA TARtiner nos sukuks.