Thursday, April 18, 2013

Luxembourg - L'état de la Nation

    5 fir 12. Photo ET


Luxembourg - L'état de la Nation

Après le discours 


Le Luxembourg ne se sent pas bien. Notre Premier a parlé de ce dernier, mais ce qu'il n'a pas dit pèse au moins aussi lourd que ce qu'il a dit.

D'abord il n'a pas dit qu'il était content d'être de retour au Luxembourg, après 9 années passées en Eurozone. Et on sent la frustration de voir son successeur divaguer sur Chypre, sous le nez de notre ministre des Finances.

Pour le reste, pauvre monde, où le printemps arabe est givré aux portes de l'Europe, un dictateur joufflu joue avec les allumettes en Corée et le Moyen Orient est une poudrière. Sans parler de Chypre, et de sa révélation que toute richesse est éphémère. Et notre Premier compare l'ambiance à 1913 ! 
Les deux scandales du Luxembourg, ou sont-ce quatre?

Mr. Juncker voit deux scandales, j'en compte  quatre:  Bommeleeër, SREL sans oublier Livange-Wickrange et Cargolux.

Le procès Bommeleeër qui traîne, expose des dysfonctionnements dans les institutions luxembourgeoises en général, Justice et Police en tête. Surtout que ce procès, près de 30 ans après les faits, arrive comme une cerise sur le gâteau bien marbré des autres affaires non-résolues, escamotées, obstruées, de Livange-Wickrange, Cargolux et du Service de Renseignements. Le public est confus par ce procès-spectacle, les incroyables pannes dans les enquêtes, les manœuvres, et les cordées diverses, le défilé des princes, des ministres, des ex-gendarmes et autres témoins, et deux accusés que le public ne semble disculper d'avance. Le spectacle durera encore quelques mois, sans compter une douzaine de semaines de "congé judiciaire". C'est une opérette extravagante qui impitoyablement met à nu les insuffisances de la société luxembourgeoise et de son système judiciaire.

L'autre affaire traitée, le SREL, couvre un quart de siècle. C'est un problème de seconde catégorie, créé de toutes pièces pour distraire des vrais problèmes, des années après un incident rocambolesque d'écoutes. Probablement aucune des deux affaires ne livrera de conclusion. Quant aux deux autres, elles ont été étouffées avec succès. Non, ce n'est pas l'année de la grande lessive.

Pendant ce temps là, le citoyen qui n'a pas eu de chance, qui doit trouver un emploi, retrouver une santé ou tout simplement appeler une administration, appellera souvent aux abonnés absents. Telle est l'arrogance de l'appareil que nous avons laissé dériver et sa décadence rampante. Il faut redresser la barre, au plus tôt.

Faire le ménage est un vaste chantier

" Soucieux de la crédibilité et de l’irréprochabilité de l’État, le gouvernement s’est doté d’un code de conduite et a fait voter une loi sur l’accès à l’information" dit le site du gouvernement. J'ai commencé à douter de mes sources de renseignement, car je n'étais pas au courant.  J'ai cru comprendre que la loi sur le "Freedom of Information", (FOI)  serait votée, et qu'on aurait un code de déontologie? A part l' "Accès du public à l'information en matière d'environnement", pas de trace de FOI. Le Meco doit être enchanté comme une forêt, quand il voudra un jour franchir cette piste d'obstacles.

Mais c'est au moins une déclaration d'intention. Comme pour la nouvelle Constitution, en chantier depuis des années. Tant de tergiversations montrent que des intérêts particuliers sont à l'œuvre. Un résultat autre qu'une constitution instaurant un gouvernement laïque du peuple par le peuple établira une nouvelle tutelle de quelqu'un d'autre sur le peuple et sur son avenir. Pour dénier cette tutelle à quiconque,  il ne suffit pas des bons principes de séparation des pouvoirs, mais aussi de deux outils de contrôle: le droit à l'information du public pour pouvoir juger, et un code de déontologie pour sanctionner.

Quand enfin ce sera fait, encore faudra-t-il distinguer entre  la qualité des textes adoptés, le sérieux de leur application, les sanctions prévues et surtout les sanctions effectivement appliquées. Le public a raison de regarder ces projets avec suspicion: ils sont en gestation depuis 12 ans. Si le Luxembourg ne change pas, le monde global s'en chargera.

La globalisation est à double tranchant

Le Luxembourg, plus agile que certains voisins, a su profiter des ouvertures procurées par la globalisation et la construction européenne, tout en abritant un pan de ses activités économiques par le secret bancaire et le « pragmatisme » de ses institutions. Ce darwinisme demande une adaptation continue, car la globalisation est une voie à deux sens. La place financière est assiégée comme paradis fiscal, le pragmatisme est décrié comme laxisme sinon paradis judiciaire, et le site industriel, surtout l'acier, se vide de sa substance sous le double effet de la perte de compétitivité et de stratégies mal choisies.

Le problème éternel à résoudre est celui de comment garantir le futur d’une économie monolithique ? Tout à fait logiquement en consolidant ce qu'on a et en diversifiant de toute urgence.

Changer le paradis fiscal et judiciaire en centre financier respecté

C'est dire, le délivrer de ses tares, et effacer la renommée qui pêle-mêle se réfère à des activités légitimes et légales, douteuses, illicites et carrément criminelles, et  à la faiblesse des règles et surtout à une grande impunité.  Ce n'est pas l'affaire grotesque du Bommeleeër qui viendra l'infirmer. Ni la Cour Européenne des Droits de l'Homme qui a condamné le Luxembourg comme récidiviste pour ne pas fournir une justice en des délais raisonnables. Ni les victimes de Madoff ou de la BCCI. Le centre financier est en ce moment un paradis judiciaire qui desservira la défense du centre financier.

Les paradis fiscaux disparaitront à moyen terme sous les coups de butoir de la Commission Européenne, du G 20, de l'OCDE - GAFI, des gouvernements voisins et des Etats-Unis. Le Luxembourg longtemps allié objectif de la Suisse et de l'Autriche, s'est donc décidé d'abandonner le secret bancaire. C'est un pas logique, et une perte amère. Mais quelle pagaille, cette annonce: un acte non-coordonné, surprenant, comme jadis la vente catastrophique de Cargolux au Qatar. Car il y avait au moins quatre aspects qui méritaient une considération: est-il acceptable pour le Luxembourg de se dérober subrepticement  d'une alliance de fait avec la Suisse et l'Autriche, est-il acceptable de surprendre ainsi la Chambre des Députés (sinon le reste du gouvernement), comment peut-on omettre de négocier quelque chose en contrepartie d'une concession majeure comme celle-ci, et comment le dire aux clients des banques?

Faut-il se soumettre inconditionnellement aux demandes du voisin tonitruant ou aux désirs des institutions supranationales? Je décèle une contradiction étonnante entre l'arrogance avec laquelle on a développé le secret bancaire d'abord, et ensuite le zèle soumis avec lequel le gouvernement  se conforme à des demandes qui souvent heurtent nos intérêts: nous avons plié pour l'harmonisation de la TVA, Kyoto, l'aide au tiers monde, les taxes sur le commerce électronique, sans parler de la perte sans broncher de la BCE à Francfort. Sans contrepartie connue.

Equilibrer les finances

Ces gentilles concessions pèsent sur un déficit de 2 milliards d'euros en 2016 et des charges futures, il faudra  réduire les dépenses ailleurs.  Certains postes budgétaires échappent miraculeusement à la tonsure, alors que d'autres, impactant la vie des luxembourgeois se retrouveront facilement à l'ordre du jour d'une tripartite. Documentant ainsi un certain manque de discernement dans l'établissement des priorités budgétaires, alors que le pays a 22.000 chômeurs et 15% de la population se retrouvent en-dessous du seuil de pauvreté.

Opposez à cela l'image extravagante de la ministre de la Coopération Marie-Josée Jacobs roulant sa bosse à Bamako. Le Luxembourg y a planté des millions dans le sable dans le passé. Eh bien on recommence, 10 millions d'euros d'aide par an plus un spécial élections de 1million d'euros maintenant. Cela se fête. J'imagine qu'au menu il y avait des loukoums, graines de couscous et du chameau à la crapaudine. Comment? On aurait mangé le chameau offert à Hollande? Notre million permettra au moins de le remplacer par plus grand et plus beau encore. 

Honni soit qui Mali pense.




Wednesday, April 17, 2013

Luxembourg - Autriche : la valse d'adieu au secret bancaire.

                                                            Coucher de Soleil sur les paradis fiscaux. Photo ET


Luxembourg - Autriche : la valse d'adieu au secret bancaire.

Sag' beim Abschied leise Servus




N'est-ce pas admirable, la façon dont fonctionne le gouvernement luxembourgeois? Un ministre, Luc Fieden s'en va papoter avec un journal allemand. Ce n'est pas nouveau, car c'est achever un ultime degré de respectabilité et de prestige de la classe politique luxembourgeoise, que de jouer aux copains outre-Rhin. C'est aussi risqué, car des fois on en dit trop devant la caméra. Pas moyen de nier plus tard.

Donc Luc Frieden parle et lâche son secret bancaire. Le renard s'en saisit et dit: "Mon beau Monsieur, apprenez que ..." Il est étonnant, les morceaux de taille que l'on peut lâcher en très peu de temps: secret bancaire, 35% de Cargolux et autres BIL.

Le moment était choisi parfaitement aussi pour optimiser les dégâts  juste avant une visite d'Etat en Autriche. Le Grand-Duc arrivait à Vienne comme un cheveu dans la soupe. Et les deux ministres dans la délégation officielle, Asselborn et Schneider ramaient pour limiter les dégâts, avec des déclarations qui soit contredisaient les faits, soit mettaient le blâme sur une action inconsidérée d'un membre du gouvernement agissant seul.(1)(2) 

Si le côté officiel faisait bonne mine, la presse était obsédée par le cavalier seul du Luxembourg, pourtant supposé être un allié de l'Autriche dans la défense du secret bancaire. Le Luxembourg a isolé l'Autriche  dans l'Union.

Vu de Luxembourg ce n'est pas seulement un faux pas diplomatique au plus mauvais moment. C'est aussi une faute tactique d'annoncer une décision unilatérale pour laquelle les autres parties intéressées étaient sans doute prêtes  à négocier et à faire des concessions ailleurs.

Comme une prémonition, j'avais partagé la réflexion suivante dans un article rédigé le jour avant la gaffe: "Si le Luxembourg est appelé à faire des concessions, envoyez des négociateurs, des vrais pour défendre nos intérêts".

Quant au fond du problème: Les paradis fiscaux disparaitront à moyen terme sous les coups de butoir de la Commission Européenne, du G 20, de l'OCDE - GAFI, des gouvernements voisins et des Etats-Unis. Le Luxembourg longtemps allié objectif de la Suisse et de l'Autriche, s'est donc décidé d'abandonner le secret bancaire. C'est un pas logique, et une perte amère. Mais quelle pagaille, cette annonce: un acte non-coordonné, surprenant, comme jadis la vente catastrophique de Cargolux au Qatar. Car il y avait au moins quatre aspects qui méritaient une considération: est-il acceptable pour le Luxembourg de se dérober subrepticement  d'une alliance de fait avec la Suisse et l'Autriche, est-il acceptable de surprendre ainsi la Chambre des Députés (sinon le reste du gouvernement), comment peut-on omettre de négocier quelque chose en contrepartie d'une concession majeure comme celle-ci, et comment le dire aux clients des banques?




Monday, April 8, 2013

Luxembourg - L'Etat de la Nation

   Le Soleil se couche aussi. Tourmente. Photo ET

Luxembourg - L'Etat de la Nation


Etant toujours de nature optimiste, je mettrai donc mes lunettes roses pour décrire l'état de la Nation en cette année 2013: cela va mal, très mal. La majorité des luxembourgeois ne ressent qu'une vague inquiétude, mais inexorablement nous récoltons ce que nous avons semé depuis de nombreuses années. Nous voyons le pauvre état des relations internationales, le printemps arabe qui est givré aux portes de l'Europe, un dictateur enfantin et joufflu jouant avec les allumettes en Corée, un Moyen Orient qui est une poudrière de sorte que nous renoncerons à notre croisière Luxair sur le Nil et aux pélés à Jérusalem. Sans parler de Chypre, et de sa révélation que toute richesse est éphémère. Pendant ce temps-là, chez nous, notre Premier voit des réflexes de 1913, et on n'en croit plus ses instincts!

Le procès du Bommeleeër est un Miroir National

Ce procès, en cours depuis des semaines, expose des dysfonctionnements dans les institutions luxembourgeoises en général, Justice et Police en tête, et en fait une décadence rampante  dans tout le gouvernement. Surtout que ce procès, près de 30 ans après les faits, arrive comme une cerise sur le gâteau bien marbré des autres affaires non-résolues, escamotées, déraillées, obstruées, avortées de Livange-Wickrange, Cargolux et du Service de Renseignements. Le public est confus de voir défiler dans le procès du Bommeleeër en cours d'incroyables pannes à répétition dans les enquêtes, des manœuvres, des cordées diverses, des princes, des ministres, des ex-gendarmes et deux accusés que le public ne semble même pas haïr mais au contraire disculper d'avance. C'est un méli-mélo d'interférences aussi inacceptables que suspectes. Le spectacle durera encore quelques mois, probablement entrecoupé par 8 autres semaines de "congé judiciaire" en été, qui s'ajoutent aux 2 semaines de vacances judiciaires de Pâques. C'est une opérette extravagante qui impitoyablement met à nu les insuffisances de la société luxembourgeoise et de son système judiciaire.

Pendant ce temps là, le citoyen qui n'a pas eu de chance, qui doit trouver un emploi, retrouver une santé ou tout simplement appeler une administration, appellera souvent aux abonnés absents. Telle est l'arrogance de l'appareil que nous avons laissé dériver. Il faut redresser la barre, au plus tôt.

Faire le ménage est un vaste chantier 

Le changement est donc indispensable. Et il y a une lueur d'espoir, car les opportunités existent et ont été annoncées ou du moins énoncées comme liste à souhaits. Il y a d'abord la nouvelle Constitution, en chantier depuis des années. Je me fais des soucis, car des années de tergiversations montrent que des intérêts particuliers sont à l'œuvre. Un résultat autre qu'une constitution instaurant un gouvernement laïque du peuple par le peuple sera une nouvelle tutelle de quelqu'un d'autre sur le peuple et sur son avenir. Découlant des grands principes d'une telle constitution, qui sont la séparation des pouvoirs et leur contrôle mutuel, est cimentée la notion que les administrations et les ministres sont les employés des contribuables, avec leurs droits certes, mais surtout des devoirs.  Mais le contribuable, ni son représentant au Parlement, ni le quatrième pouvoir, la Presse n'ont de cadre établi pour accéder à l'information. Les devoirs et les limites du pouvoir ne sont pas définis non plus. La loi promise depuis 12 ans sur la transparence ou "Freedom of Information - FOI" (que notre Premier déclare ne pas aimer), et le fameux code de déontologie (Ministeschgesetz) qui devrait avoir son pendant pour les fonctionnaires, sont des projets remis toujours à plus tard. En cette matière, un tiens vaudrait mieux que deux tu l'auras.

Quand enfin ce sera fait, encore faudra-t-il distinguer entre  la qualité des textes adoptés, le sérieux de leur application, les sanctions prévues et surtout les sanctions effectivement appliquées. Le manque de transparence et l'absence du droit à l'information sont des portes ouvertes aux abus, à la discrimination et à la corruption. Si le Luxembourg ne se charge pas de ses propres changements, le monde global s'en chargera.

La globalisation est à double tranchant

Le Luxembourg a montré une capacité remarquable de s’adapter à la globalisation pendant des dizaines d'années. Il a su tirer avantage des changements dans le monde, et il a aussi été attaqué pour ces mêmes raisons. Petit pays plus agile que certains voisins, il a su profiter des ouvertures procurées par la globalisation et la construction européenne, tout en abritant un pan de ses activités économiques par le secret bancaire et le « pragmatisme » de ses institutions.

Mais ce darwinisme demande une adaptation continue, car la globalisation est une voie à deux sens. La place financière est assiégée comme paradis fiscal, le pragmatisme est décrié comme laxisme sinon paradis judiciaire, et le site industriel, surtout l'acier, se vide de sa substance sous le double effet de nos stratégies incompétentes et de la perte de compétitivité.

Le problème éternel à résoudre est celui de comment garantir le futur d’une économie monolithique ? Pendant un bon siècle, l’industrie sidérurgique était ce monolithe qui garantissait un bon niveau de vie aux luxembourgeois. On pensait qu’elle n’allait pas disparaitre, car enfin, on ne déménage pas des hauts-fourneaux comme une banale armoire, n’est-ce pas ? Eh bien si, dans le monde global c'est possible, et ne pas considérer cette possibilité lors d’une acquisition telle que celle de Mittal est incompréhensible : Mittal achète pour quelles raisons ? Soit pour acheter du revenu supplémentaire, soit pour acheter du savoir-faire, soit pour éliminer un concurrent, soit les trois à la fois. ARCELOR était les trois à la fois. Sachant cela, comment cette chose a-t-elle pu se passer, pire, comment a-t-on pu subventionner le plan Mittal de la mise à mort de la sidérurgie européenne, transférée de fait dans les autres sites du groupe? Le même scenario s’est répété avec d’autres, comme avec Cargolux, sauvée in extremis je dirais par la sagesse populaire.

Comment remplacer les activités industrielles perdues ? Le Luxembourg se sauve en sautant d'un monolithe, l'industrie, sur cet autre monolithe pour assurer son futur, la place financière qui est essentiellement plus vulnérable, plus déménageable que la sidérurgie. D'ailleurs 42 plans sociaux dans le secteur financier en quatre ans démontrent sa fragilité en tant qu'employeur. Plus grave, les sauvetages à répétition  des banques en difficulté comme DEXIA-BIL et BGL sont une menace pour la stabilité financière du pays entier.  Pour sortir de cette dépendance sur une seule activité économique en poussant les diversifications en cours tout en consolidant et rénovant les activités légitimes du secteur financier et lui enlever les épithètes péjoratifs ci-dessous.

Le paradis fiscal et judiciaire

Il fut un temps quand personne à l'étranger ne savait où se trouvait Luxembourg. Aujourd'hui le Luxembourg est connu en tant que "paradis fiscal" qui pêle-mêle se réfère à des activités légitimes et légales, douteuses, illicites et carrément criminelles. Souvent on entend aussi, même des parlementaires étrangers influents, utiliser le label "paradis judiciaire", qui fait référence à l'absence de règles et surtout à une grande impunité. Monsieur Contzen, Président de l'ABBL, a récemment parlé de la bonne infrastructure légale du Luxembourg. Je pense qu'il parle de la législation seulement, et non pas de l'application des lois, qu'il n'a sans doute jamais eu  à attendre. Je pourrai l'éduquer, ayant porté plainte civile et pénale il ya neuf ans contre des délinquants en col blanc, sans conclusion à ce jour. A croire que les manœuvres dilatoires ont eu de l'aide pour faire trainer les affaires de la sorte. Ce n'est pas l'affaire grotesque du Bommeleeër qui viendra infirmer mon opinion. Ni la Cour Européenne des Droits de l'Homme qui a condamné le Luxembourg comme récidiviste pour ne pas fournir une justice en des délais raisonnables. Ni les victimes de Madoff ou de la BCCI. Le centre financier est en ce moment un paradis judiciaire.
Comme chaque  gouvernement, surtout en Europe et aux Etats-Unis cherche des revenus désespérément, les havres de secrets, l'optimisation fiscale ou l'évasion fiscale sont désignés comme boucs émissaires responsables des déficits. Les paradis fiscaux disparaitront à moyen terme sous les coups de butoir de la Commission Européenne, du G 20, de l'OCDE - GAFI, des gouvernements voisins et des Etats-Unis. Pour le Luxembourg protester, prier, pleurer est également lâche. Il faut des actions hardies: consolider ce qui est légitime, l'expertise et savoir faire, et abandonner les activités qui moralement et politiquement ne pourront être défendues, p.ex. le secret bancaire. Aucune propagande luxembourgeoise ne pourra se débarrasser du label stéréotype du paradis fiscal, mais seulement les faits et ajustements qu'il faut.

Est-ce à dire qu'il faille se soumettre inconditionnellement aux demandes du voisin tonitruant ou aux désirs des institutions supranationales? Je décèle une contradiction étonnante entre l'arrogance avec laquelle on a développé le secret bancaire d'un côté, et d'un autre côté le zèle soumis avec lequel le gouvernement luxembourgeois se conforme à des demandes qui souvent heurtent nos intérêts légitimes: nous avons plié pour l'harmonisation de la TVA, la taxe sur les transferts, l'aide au tiers monde, les taxes sur le commerce électronique, sans parler de la perte sans broncher de la BCE à Francfort. Sans contrepartie connue.

Si le Luxembourg est appelé à faire des concessions, envoyez des négociateurs, des vrais pour défendre nos intérêts. Les élections de 2014 en fournissent l'opportunité, surtout si la proposition d'un membre du gouvernement de limiter les mandats à deux pouvait se réaliser. Personne n'est indispensable, et en politique la longévité n'est pas un signe de fraicheur.

La diversification économique trop diversifiée ?

Consolider le nouveau monolithe est une chose, s'en distancer et diversifier en est une autre. Mais le Luxembourg manque d'entrepreneurs créant des entreprises. Il faut donc les importer, c.à.d. aller les chercher, les convaincre et les appuyer. Le système est en place, depuis que Joe Gurley en 1958 a convaincu le gouvernement de créer une cellule appelée Board of Industrial Development avec un bureau à New York. (1) Il est remarquable que l'établissement de certaines des rares productions industrielles luxembourgeoises datent de cette époque comme Dupont de Nemours, ou même la consolidation de Good Year. Victime de son succès, l'initiative n'a pas survécu les protestations d'Arbed notamment et a fermé après trois ans seulement. Dommage, 25 années de diversification ont été perdues par la suite.

En 1975, la réactivation d'un Board of Economic Development a revisité les anciennes politiques de prospection économique à l'étranger qui restent indispensables. Je voudrais comme preuve la prolifération plus ou moins désirable d'entités chargées de la promotion économique. Quant à celles des différents Ministères, "Luxembourg for" ceci et cela, je me demande cependant comment justifier cette prolifération, le double emploi et l'éparpillement des moyens budgétaires et des efforts. Serait-ce du "moi aussi", ou l'attrait du côté récréatif des voyages officiels, ou la guerre des Ministères? 

Nos moyens pour consolider et diversifier nos activités ne sont pas illimitées. Le gouvernement emprunte comme jamais, et vient d'annoncer un trou de 2 milliards d'euros en 2016. L'année passée, 2014 était annoncée comme l'année de l'équilibre. Le fait est que la dette publique est au plus haut, mais certains postes budgétaires échappent à la tonsure, alors que d'autres, impactant la vie des luxembourgeois se retrouvent facilement sur l'ordre du jour d'une tripartite. Exemple, l'aide aux pays en développement qui reste taboue. On va se faire valoir dans le monde qu'à euros 475 millions, nous sommes champions du monde des donateurs. C'est l'équivalent du capital que Cargolux recherche en 2013 et 2014. L'exemple est représentatif pour un certain manque de discernement dans l'établissement des priorités budgétaires, alors que le pays a 22.000  chômeurs et 15% de la population se retrouvent en-dessous du seuil de pauvreté.

Notez aussi que le dernier emprunt de 750 millions d'euros nous donne les moyens pour faire don de ces 475 millions. Quoique par temps de crise, même une charité bien chrétienne pourrait s'accommoder de moins. Tel Saint Martin, qui n'a donné que la moitié de son manteau militaire au mendiant. Je me suis toujours demandé comment il a fait pour rembourser la propriété de l'Empire Romain? Je me demande comment nos enfants feront pour rembourser nos dettes?

(1) http://tinyurl.com/cbkqqny


Update: Cet article date du 7 avril 2013. Ce jour là FAZ publiait une interview surprenante de Luc Frieden, qui me donne raison quant au fond de ma position sur le paradis fiscal. Mais le quand et comment de cette interview n'est pas acceptable. Voir mes commentaires: 
http://egidethein.blogspot.com/2013/04/wortlu-luxembourg-ready-to-revise-bank.html



Tuesday, March 26, 2013

Le Raid sur Chypre, ou la politique de la Schadenfreude


    Zone Euro: "Ripple Effect". Photo ET


Le Raid sur Chypre, ou la politique de la Schadenfreude *

Le weekend passé à Bruxelles, le ministre Luc Frieden était aux premières loges et suivait silencieux, c.à.d. sans protester, la mise à sac des banques chypriotes. Se rendait-il compte qu'il assistait à la répétition générale d'un nouveau procédé de combat contre les paradis fiscaux? Il dira que le Luxembourg n'en est pas un, affirmation contredite par tous les autres conjurés présents à ce macabre spectacle. Y compris le trio non-élu de la troïka qui, comme quintessence de la sagesse, présidait la liturgie du sacrifice russo-chypriote et concluait en tant que bourreau.

Luc Frieden a commenté tout juste un petit peu sur la disparité entre les traitements réservés aux systèmes faillis de la zone Euro. Le nouveau Monsieur Euro, Jeroen Dijsselbloem a expliqué: "Chypre est un cas spécifique, qui justifie les mesures prises sur ses banques".

Spécifique? On y trouve en effet des comptes russes dont la rumeur dit que ce sont des biens mal-acquis: oligarches, argent noir, argent suspect. Donc la mesure populiste est inévitable: confisquer sans grands chichis légaux. Pourquoi s'encombrer? Mais la banque ne sera plus jamais ce qu'elle était. N'importe où dans la zone Euro.

Aussi au Luxembourg? Mais non vous dira-t-on, nos banques sont solides. Et elles sont pour la plupart étrangères. Expliquez cela à Enrico Macias, ruiné dans un krach luxembourgeois.  

Le Ministre luxembourgeois des Affaires Etrangères  Jean Asselborn cependant a transpercé la perfide conspiration que nos voisins de l'Est mijotent contre les "paradis fiscaux", terminologie mal digérée à Luxembourg si ce terme désigne son centre financier. Face à la vague de propagande anti-paradis fiscaux dans la presse allemande, même haut de gamme, Jean Asselborn est la seule voix lucide. Mais n'est-ce pas trop tard? Les principes de processus démocratiques et du droit à la propriété privée ont été bafoués à Bruxelles. Mais Luc Frieden, donc le gouvernement luxembourgeois, était de connivence, alors que d'habitude il sortirait l'argument de la légalité internationale pour défendre les concepts   des centres financiers comme celui du Luxembourg, OECD à l'appui.  

Pourtant, l'Europe aurait pu se faire !

Schadenfreude: dans la langue de Monsieur Schäuble veut dire "prendre plaisir dans le malheur d'autrui".



Sunday, March 3, 2013

Au Stade National de Livange, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.


    Le soleil se couche. La nuit tombe sur Livange.
    Golfe du Mexique. Photo ET.


Au Stade National de Livange, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

Et wor net keen, dien kengem keng Ligen net gesot hat.


Communiqué de l' ex ministre Jeannot Krecké:


"Suite à plusieurs réunions avec M. Guy Rollinger d'une part et MM. Claude Meisch et Francois Bausch d'autre part, j'estime avoir eu, au cours de ces discussions, satisfaction par rapport à leurs allégations à mon égard ainsi que leurs déclarations publiques me concernant dans la soi-disante [ sic ] affaire Wickrange-Livange. Par mon approche, j'espère avoir contribué à ce que les débats politiques soient menés de façon plus sereine et plus objective à l'avenir. Par conséquent je vais retirer mes plaintes en diffamation à l'encontre de MM.Claude Meisch et Guy Rollinger. Comme convenu entre parties, je ne souhaite pas faire d'autres déclarations ou commentaires à ce sujet. "


Dommage que l'on se soit rendu compte à temps que des questions autrement embarrassantes seraient posées au cours du procès. Ouf aussi pour Guy Rollinger: le nouveau contrat annule celui qui n'a jamais existé. Tout se termine donc par une chanson dont voici les paroles de Guy Béart, tout juste un petit peu manipulées:






Suppose qu'on ait de l'argent
Et qu'on soit intelligent
Pour pas faire les imbéciles
On s'achèterait une ville
On l'appellerait Livange
Ça je peux te l'assurer
Et là bougre d'animal
On ferait un Stade National
On ferait payer tous les gens
Ça nous ferait beaucoup d'argent
Puisqu'il faut t'expliquer tout
On rentrerait dans nos sous
Puis avec cet argent-là
Un vélodrome avec Becca.

Sunday, January 27, 2013

SREL: L'opéra finit quand la grosse dame chante.






SREL: L'opéra finit quand la grosse dame chante.

C'est un dicton américain, qui explique aux incultes qui s'ennuient à l'opéra, que le signal de la fin est donné quand Brunhilde, casquée, armée d'une lance et d'un bouclier, se met à "pousser une gueulante". Pour la Commission d'Enquête, Brunhilde était Jean-Claude Juncker, armé de ses atouts usuels, et qui tout juste venait de finir sa campagne de sept ans de défense de l'Euro.

Je m'attendais au déploiement de toutes les astuces dans son registre: l'esquive, la fumée et les miroirs, oserais-je dire le mensonge? Ou bien la distorsion, l'exagération, l'exaspération, la solidarité avec le questionneur, y compris l'offre d'aider la Commission à trouver le mystérieux coupable du laisser aller au SREL? Puis de couper court et de s'en aller, parce qu'il aurait plus important à faire. Si beaucoup de ces astuces ont été déployées, on voyait moins une Brunhilde belliqueuse  qu'une Castafiore qui faisait tintin à la Commission.

Le décor était de nouveau le plus grand chic disponible, en chêne, sièges disposés en U. Quoique j'avais très vite l'impression que la disposition était plutôt en L, comme dans Leçon, ou Lecture. Face au L, pas le témoin, mais plutôt le professeur, grommelant, le sage répondant volontiers aux questions des élèves timides, mais aussi aux cancres. Quand la question était mal formulée ou inappropriée, l'élève se faisait gentiment gronder par le professeur qui n'était pas pisse-vinaigre pour un sou ce jour-là. Car heureux comme Ulysse, il allait s'embarquer pour un beau voyage au Chili. Sans doute pour attirer à Luxembourg ces fonds de pension que des Colonels, tyrans eux aussi, mais visionnaires avaient créés pour assurer la pérennité de la sécurité sociale. Mais on ne va pas pinocher là-dessus.

Retenons que chez nous personne n'est obsédé ou freaké par la nébuleuse du service de renseignement, certainement pas JCJ. Sauf ceux qui prennent comme un signe d'honneur qu'ils aient été fichés, car ils avaient bien ennuyé leur bourgeois de parents  de droite ou de gauche, en rejoignant la Ligue Communiste Révolutionnaire en chantant Jacques Brel. Eux, ils voudraient tellement la voir cette fiche.

Comme tout cet exercice était initié par M. Juncker pour divertir des problèmes de Livange et de Cargolux, il a esquivé de main de maitre le piège qui se tendait par l'apparition de détails perturbants, comme les écoutes. Comme lui, ont eu raison ceux qui n'ont jamais pris cette affaire au sérieux. C'était un grand divertissement. C'était du Castafiore, pas du Brunhilde.

Friday, January 25, 2013

SREL: Les Contes d'Hoffmann (et de Juncker).

  La Commission gondole


SREL: Les Contes d'Hoffmann (et de Juncker).

L'opéra fantastique a connu des nouveaux développements. Charel Hoffmann est venu ajouter un peu de gravitas dans les fantaisies exhibées lors des premiers actes. L'inégalable frère d'armes (eh oui, nous avons gagné la guerre froide!), a fait pâlir la prestation de ses 2 successeurs pékins, qui l'avaient précédé devant la Commission.  Avouez, quel opéra confus, où  vos successeurs vous précédent. Il faudrait réarranger les actes.

Aussi vous dis-je encore une fois: cette affaire des écoutes est un faux problème créé par notre Premier, (qui sera entendu le dernier), pour détourner l'œil inquisiteur de la nation qui se posait sur Livange et Cargolux. Sauf qu'il arrive ce qui doit arriver aux apprentis sorciers: d'habitude ils perdent le livre des recettes magiques, et la machine infernale s'emballe.

Mais revenons à la mise en scène sous la direction d'Alex Bodry, flanqué de ses deux metteurs en scène délégués. Plusieurs progrès très nets depuis les premiers épisodes de la pentalogie (Si M. Santer pentait) méritent nos applaudissements, pas la standing ovation cependant. D'abord le cadre était nettement plus solennel. Fini les tables IKEA plastifiées du premier acte. Je pensais qu'elles étaient là pour suggérer  qu'une séance de waterboarding pourrait survenir à n'importe quel moment. Nous savons maintenant que la mise en scène savamment  disperse de tels éléments  visuels suggestifs comme charpente psychologique de l'œuvre. Mais on ne procèdera pas à l'acte.

Ici on faisait dans le chêne, c'est plus présentable, quoique moins amusant. Car quelqu'un m'a dit que là où il y a du chêne, il n'y a pas de plaisir. Les costumes étaient tous d'époque , ca 1983. Le dialogue était sans doute volontairement laborieux, et plat comme une crêpe mélancolique quant au fond, mais c'était sans doute à dessein pour imperceptiblement amener le spectateur vers la conclusion, une démonstration par l'absurde, comme il se doit pour une telle prestation fantastique. En effet à la fin du dialogue de sourds, Charel a lâché le morceau qui met un terme à toutes ces spéculations sur les écoutes du SREL: Ie mot de la fin nous révélait que Charel était un peu dur de la feuille, mais que demain il aurait enfin une prothèse auditive. Comment? Notre service d'écoute était donc sourd? CQFD. J'arrête là! Circulez maintenant, il n'y a plus rien à voir.

Pendant ce temps là, Luc Frieden s'était glissé subrepticement hors du pays, alors que tous les yeux étaient rivés sur le petit écran. Ceux qui le savaient en Chine, redoutaient la rechute dans son obsession de vendre Cargolux à quelqu'un. Il paraîtrait que nous l'ayons échappé belle cette fois-ci.