Thursday, May 31, 2012

Ciel bleu pour Cargolux



Le mois de mai était un mois élevant  pour Cargolux. Pas qu'elle soit devenue plus légère que l'air. Mais c'était un mois qui la faisait marcher comme sur des nuages.

D'abord Cargolux a été élue meilleure ligne tout-cargo par les lecteurs d'Air Cargo News. C'est une belle pube gratuite. C'est une bonne nouvelle pour le personnel aussi. Dans une organisation horizontale c'est effectivement la qualité du personnel qui équivaut à la qualité du service, et qui vaut donc la distinction. Normalement c'est aussi un mérite du management, mais le partenaire du Qatar a dit que là il y a des problèmes. C'est donc le personnel uniquement qui embellit ses biographies, ce qui est bien, car on ne sait jamais.

L'autre bonne nouvelle est qu'un autre  Boeing, un 747-8F, a été livré, sans heurts, sans cris. De trois choses l'une au moins:

Boeing a respecté les délais et les spécifications, et donc la livraison s'est faite dans le calme.
Le partenaire qatari s'est mis au pas de la direction "incompétente" selon ses termes et n'a plus rien dit.
Ou les administrateurs luxembourgeois l'ont fait taire, ce qui serait preuve d'une émancipation rapide.

J'allais oublier la nouvelle destination Manaus. N'en dites pas un mot à QR pour éviter leur QR, "quick response" pour y aller aussi.  C'est une jungle Manaus. 

Saturday, May 26, 2012

Au Stade National de Livange le score augmente: Luxembourg-FOI 10-0


"Trois personnes peuvent garder un secret, si deux d’entre elles sont mortes" (Benjamin Franklin)
"Quand les choses deviennent sérieuses, vous devez mentir" (Jean-Claude Juncker)


Au (plus petit) Stade National de Livange, les gladiateurs sont nombreux à partager plein de secrets : Juncker, Halsdorf, Krecké, Finck, Becca et Rollinger. Selon Benjamin Franklin, on va donc tout savoir, parce qu'il y a plus d'une personne au courant de ces secrets?

Effectivement selon le Mouvement Ecologique et le surprenant article-investigation de Véronique Poujol paru dans le Lëtzebuerger Land, nous apercevons la silhouette encore floue de l'affaire qui se développe. Les choses deviennent donc sérieuses. Selon la doctrine junckérienne ci-dessus, les choses devenant sérieuses, les acteurs doivent donc mentir maintenant. Qui croire dès lors que le Gouvernement ment à tout moment, et comment !? Il faudrait avoir accès à l’information vraie.

Vous n'allez pas me croire, mais j'ai une excellente nouvelle à vous annoncer à ce propos: La "Proposition de Loi concernant la liberté d'accès à l'information" (1), déposée par le député Alex Bodry le 20 juin de l'an 2000 sera votée encore cette semaine, donc presque 12 ans plus tard. Les chefs des fractions parlementaires s'en sont félicités, car elle viendra à point pour faire la lumière sur la situation qui entoure le projet toxique du Stade de Livange. La presse se réjouira également de ce nouveau "droit de savoir" qui mettra le Luxembourg à un pied d'égalité avec les autres démocraties avancées telles que la Mongolie et le Nigeria, qui ont adopté des lois similaires connues sous la dénomination internationale de FOI, "Freedom of Information", en 2011.

Seulement voilà, je viens de vous mentir, pas sur la Mongolie et le Nigeria, mais en vous annonçant la nouvelle, inventée de toute pièce, qu'il y aurait un vote sur ce projet de loi FOI au Luxembourg. Il faut faire sans !

Le droit de poser des questions

Dépourvus du droit de savoir, nous ne sommes pas dépourvus du droit de poser des questions. Et selon Benjamin Franklin, nous allons forcément finir par savoir toute la vérité. En attendant, faisons quelque sens des bribes et morceaux d’informations collectées à ce jour. Bien sûr, extrapoler sur ceux-là nous amène à la spéculation. Mais quels sont nos choix ? C’est ou bien s'accommoder avec l'obstruction et gober des balivernes, ou bien considérer la spéculation comme bonne hypothèse que  les réalités nous empêchent de vérifier pour le moment.

Faisons d'abord l'inventaire de ce que le public sait:
Monsieur Rollinger avait un projet de centre commercial à Wickrange, prêt pour démarrer. Il représentait une concurrence, voire un obstacle pour le projet du Stade National de Livange, 5 km plus loin. Pour une raison inconnue, le Gouvernement désirait l'abandon du projet Rollinger en faveur du projet Becca. Le gouvernement jouait donc au démarcheur, à l'arbitre, au facilitateur, au sponsor et au garant. La BCEE prendra soin des besoins de Monsieur Rollinger avec un prêt de €16 millions pour défaire son projet. On ne sait pas ce que cela couvre vraiment. Monsieur Becca s'arrangera avec Monsieur Rollinger pour son manque à gagner, € 21 millions dit-on, et Monsieur Finck personnellement veillera aux bonnes choses et aux divers crédits de sa (notre) banque, en tant que  membre du CA d'une des sociétés de Becca, qui soit dit en passant avait acquis l'ancienne villa de Finck.

La tête vous tourne? Vous sentez comme qui dirait une petite odeur? On va poser quelques questions. Mais il faut d'abord trier les relations binaires, triangulaires et quadrilatérales entre ces gladiateurs dans une petite analyse opérationnelle pour visualiser ce qui a pu se passer. La voici représentée:

ANALYSE DES RELATIONS AUTOUR DU PROJET DU STADE NATIONAL.

Légende : VERT: Persuasion amiable
                ROUGE:  Flux d’argent

Comme un petit croquis vaut mieux qu'un long discours, voici la légende: Les flèches vertes sont celles de la "persuasion à l'amiable". Ou peut-être de la coercition? Et la direction de la flèche indique à qui l'interaction s'adresse.

Les flèches rouges représentent de qui à qui vont les flux d'argent.

Nous constatons donc que le gouvernement fait figure de GO, ou gentil organisateur coercitif, directement ou par BCEE interposée. Cette persuasion amiable directe s'est matérialisée dans la fameuse lettre secrète signée par les Ministres Juncker, Halsdorf et Krecké.

Nous connaissions l'intensité des rapports entre Becca et la BCEE pour des crédits qui ont justifié la présence (rémunérée?) de Monsieur Finck dans un CA de Becca. Est-ce une immixtion coupable? Et nous connaissons le fait divers de la vente de la villa de Finck à Becca. Tous les observateurs s'étonnent de cette multiplicité des relations. Mais je suis sûr qu'un jour on saura comment se justifie une telle attention pour le client.

Un crédit de 16 millions

Puis il y a le crédit de € 16 millions de la BCEE à Rollinger. Les rumeurs veulent savoir d'une pression du gouvernement pour forcer une telle opération. Est-ce possible ? Nous savons que Finck était le favori du Premier Ministre pour diriger la banque. Cela crée des liens certes, mais il faut supposer que si une telle décision de crédit, n'était pas assortie de toutes les garanties nécessaires, les autres membres du Comité de Direction auraient dénoncé haut et fort une telle ingérence dans leurs responsabilités.

Le capitalisme d'état tel qu'il s'étale actuellement au Luxembourg est évidemment source de préoccupation. Il conduit au conflit avec la loi, mais elle sera appliquée de façon erratique aux gêneurs seulement. Il est en conflit avec le sens de justice dans l'opinion publique, mais elle ne saura rien car elle n'a pas le droit de savoir, et il est en conflit avec les règles éthiques élémentaires, mais qui s'en soucie si la permissivité donne l'absolution immédiate. Et face au pouvoir discrétionnaire et arrogant qui s’étale, les autres acteurs choisissent de rester dans les bonnes grâces de ceux qui ont capturé le système. Un tel système a un nom que je ne prononcerai pas. Je veux rester dans les bonnes grâces moi aussi.



Sunday, May 20, 2012

Nicolas Sarkozy, Président de l'Eurogroupe?


A peine deux semaines après les élections françaises, je dois revisiter mes anciens commentaires sur ce blog. (1) L'occasion est un article du Figaro (2) qui parle d'un autre article à paraître dans le Spiegel allemand, selon lequel le Président Hollande aurait exprimé des fortes réserves quant à la candidature de Monsieur Wolfgang Schäuble à la Présidence de l'Eurogroupe. Comme le temps presse, le remplaçant de Monsieur Juncker devant prendre ses fonctions le 17 juin, permettez moi d'offrir mon aide pour résoudre cette situation confuse. La solution est en fait simple, parce qu'il n'y en a qu'une, que dis-je, deux. Voici le modèle pour la prise de décision: 
  • Monsieur Juncker est l'actuel Président de l'Eurogroupe.
  • Il ne veut à aucun prix continuer avec un nouveau mandat.
  • Le travail est trop astreignant, et il veut s'occuper de sa tâche de Premier Ministre du Luxembourg qu'il a négligée.
  • Son successeur devrait être un ancien chef de gouvernement.
  • Son successeur ne devrait pas cumuler deux mandats, mais bien sûr.
  • Monsieur Sarkozy avait obtenu que cette succession devait être décidée après les élections françaises.
  • Monsieur Schäuble a été avancé comme candidat, le seul jusqu'à présent.
  • Mais Monsieur Schäuble n'est pas un chef de gouvernement.
  • Monsieur Schäuble voudrait aussi cumuler son actuel emploi avec cette Présidence.
  • Monsieut Hollande est opposé à cette candidature.
  • Dans l'Europe des Présidents non-élus il faut cependant un consensus général.
  • Dès le jeudi 10 mai, Monsieur Juncker est allé voir Monsieur Hollande à Paris.
  • "Nous avons évoqué l'avenir de l'Eurogroupe," a dit Monsieur Hollande. (3)
  • On s'en doutait. Quelle hâte avant la prise de fonctions.
  • Monsieur Hollande oppose donc la candidature de Monsieur Schäuble.
  • On comprend.
  • Il faut vite un autre candidat, ancien chef de gouvernement, non-cumulard, quoique, oui bon.
  • Je ne vois que Nicolas Sarkozy, qui plairait aussi à Madame Merkel. 
  • Et puis Paris est trop petit pour un nouveau et ancien Président.
  • Sinon voyons, qui d'autre. De quoi a-t-on discuté déjà à Paris? Non, vous ne voulez pas dire ..? Mais il nous a assuré que non. Il y a tant de choses qui ont été négligées à Luxembourg ces années passées. C'est lui qui l'a admis.
  • Tant pis pour Yves et le rêve francfortois.


Sunday, May 6, 2012

Nicolas Sarkozy, Président de l'Eurogroupe?


On dit que les dés sont tombés. François Hollande sera  le nouveau Président de la République.

Juste une pensée: rappelez-vous du poste de Monsieur Euro, le Président de l'Eurogroupe, formé par ces nations qui ont eu le privilège douteux d'adopter l'Euro. Le plus grand désastre politico-économique de la construction européenne.

Il fut un temps, il y a quelques semaines, que Jean-Claude Juncker, Premier Ministre luxembourgeois à temps partiel et principalement Président de l'Eurogroupe, avait fait l'appréciation de ses chances de se succéder à soi-même. Elles ne semblaient pas bonnes, et donc il fallait les améliorer: s'il lui fallait un successeur, son successeur ne pouvait être qu'un ancien chef de gouvernement. Mais voilà: cela réduisait le pool à essentiellement lui-même et puis .....

Pendant ce temps-là, chez lui en France, Nicolas Sarkozy faisait aussi une appréciation sur ses chances de se succéder à lui-même. Elles ne semblaient pas bonnes, et si par hasard ......

Donc, fut-il décidé, on ne décide de rien avant les élections françaises. Pas de Monsieur Euro, pas de nouveaux à la BCE.

Car enfin il est difficile de quitter l'Elysée pour Neuilly ou la Corrèze selon le cas. J'ai une idée à laquelle manifestement personne, je dis personne, n'a jamais, au grand jamais pensé: pour satisfaire à la condition de voir un ancien chef de gouvernement succéder à Jean-Claude Juncker comme Président de l'Eurogroupe, il n'y a qu'à:

Il n'y a qu'à choisir le Kozy de Merkozy. L'axe personnel Berlin-Paris sera préservé, le Président Hollande s'accommodera  de cette présidence "shadow" car exilée à Bruxelles. Monsieur Juncker pourra enfin poursuivre son rêve d'être Premier Ministre du Grand-Duché de Luxembourg. Et Yves Mersch, seul luxembourgeois restant en course pour une nomination européenne rejoindra la BCE. Tout le monde devrait être content?!

On comprendra en ce cas que Monsieur Schäuble ait un peu d'amertume qu'on l'ait fait mousser. Mais il n'était pas chef de gouvernement. Et puis, tout ce qui précède n'est que pure spéculation. C'était pour avancer le schmilblick.

Monday, April 16, 2012

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Quand un avion essaye d'attraper sa queue

Voilà que je me suis creusé récemment pour dédier un hymne à Kluckseër sur Péckvillchen (1), pour célébrer la cumulardise effrénée de Jean-Claude Finck, ailé par anticipation de la Présidence de Luxair. Survient un saboteur, on ne sait qui, qui vient ruiner à la fois ses ambitions altières et ruiner la fiabilité prédictive de mes petits poèmes.  

Paul Helminger, sans doute en supériorité numérique, a fait battre Finck de l'aile. C'est la surprise de l'Emaischen, mais j'applaudis de mes deux ailes pour trois raisons, dont voici que deux:

1. Un grand serviteur de l'état sait dire non aux abus.

Le gouvernement a choisi un indépendant pour représenter ses intérêts dans Luxair. Je sais que les gouvernements justifient leurs sélections pour ces fonctions extraordinaires en proclamant que le choix est tombé sur la personne la plus "uniquement qualifiée" dans le réservoir des choix possibles. Généralement c'est un mensonge, mais en ce cas, nul ne peut ignorer les qualifications de Paul Helminger: diplomate, homme d'affaires qui a dirigé des entreprises et homme politique. A mes yeux cependant c'est à l'occasion de cette nomination qu'il s'est uniquement qualifié: en déclarant publiquement qu'il renoncera à ses mandats politiques pour éviter tout conflit d'intérêt.

2. Un gouvernement transparent sait dire non aux abus.

Le gouvernement a abandonné, du moins momentanément, son réflexe né du corporatisme d'état, qui est de récompenser par ces postes un brave lansquenet fonctionnaire, membre d'un des partis au pouvoir.

Une révolution culturelle?

Mais dites-moi que je rêve! Après les années d'abus d'une culture de promiscuité institutionnelle et de permissivité qui défient les principes éthiques et démocratiques et qui met à la gouvernance des sociétés clés de l'économie luxembourgeoise des fonctionnaires, voire des hommes politiques "uniquement qualifiés" de par leurs adhésions politiques, il y aurait un nouveau vent? Le copinage aurait du plomb dans l'aile?

En tous cas, après l'exemple du nouveau ministre de l'économie Etienne Schneider, qui a renoncé à ses postes d'administrateur qu'en tant que fonctionnaire il détenait dans plusieurs sociétés pour éviter les conflits d'intérêt, voici  Paul Helminger qui renonce à ses mandats politiques pour les mêmes raisons. Rien que pour ces gestes profondément civiques, ce sont les deux meilleurs choix "uniquement qualifiés" que le pays s'est offert depuis le début de l'ère du copinage d'état, dont on ne sait même plus quand elle a commencé. Bravo.

Reste maintenant à se débarrasser de l'obsession cumularde de certains fonctionnaires, qui se passe sous le nez mais pas à la barbe de leurs chefs politiques. Des réservoirs de candidats indépendants et "uniquement qualifiés" pour les remplacer se trouvent dans tous les recoins de la société luxembourgeoise, y compris parmi les femmes.

Quant à Cargoluxair, habituée des jolies comptines  des avions qui cherchent à attraper leur queue, le kabuki des chaises musicales, on a récemment vu des vraies interrogations. Même le vote pour la Présidence de Cargolux d'un indépendant "uniquement qualifié" n'a pas fait l'unanimité dans un vote secret. C'est maintenant plutôt du "je te tiens, tu me tiens par la barbichette". Des questions sont enfin posées grâce à la presse et aux syndicats.

Monday, March 26, 2012

Cargolux dans Hans im Glück


En tant que contribuables-actionnaires, il est certes difficile d'entrevoir la réalité de l'avenir de Cargolux, en raison de la nature opaque du corporatisme d'état à la luxembourgeoise. Ce qui n'est pas transparent, invite bien sûr à l'examen et aux appréciations sur le possible. Face à l'opacité, il n'y que les quelques indices et les fuites de ma tante Léontine pour percer le voile. Il reste donc la spéculation à laquelle je préfère une appréciation méthodique du possible.

Les indices apparents sont les douleurs intestines évidentes dans le management de Cargolux, le programme d'austérité et les restrictions récentes, les pertes de clients notamment au profit de Qatar Airlines, les déclarations de Monsieur Al Bakr sur l'incompétence du management, les mouvements de personnel aux postes clés. Ce sont des indices foudroyants!

D'un autre côté, une appréciation de la vraie situation, et non celle décrite dans la langue de bois de communiqués officiels se base sur trois questions simples qui dévoileront les possibilités:

1. Pourquoi vend-on?

On (donc Cargolux) vend généralement pour un de ces deux motifs:

·    parce qu'on a besoin de capital. On vendra donc des nouvelles actions, ce qui correspond à l'obtention de capitaux nouveaux.

·    parce qu'on a décidé de sortir de l'affaire (par exemple BIP). On vendra donc ses actions. La société changera simplement de propriétaire sans apport de capitaux nouveaux.

2. Pourquoi achète-t-on?

On achète (donc Qatar Airlines):

·    soit pour améliorer son bilan (ce n'est manifestement pas le cas en ce qui concerne les revenus de Cargolux).

     soit pour acquérir un savoir faire (Monsieur El Bakr a eu des mots peu élogieux au sujet de la compétence de la direction de Cargolux dans le passé)

     soit pour obtenir des marchés qu'on n'a pas. Qatar Airlines a en effet déjà marché sur les plates-bandes de Cargolux notamment aux USA, cannibalisant ses clients,

     soit pour à terme éliminer un concurrent gênant en contrôlant une partie de l'actionnariat et quelques postes clés. C'est fait.

3. Pourquoi n'y a-t-il pas eu augmentation de capital?

C'est le point de confusion: Cargolux a besoin de capitaux. Les amendes brutales et les pertes des dernières années, les pertes de clients, la fourniture de nouveaux avions etc. crient à l'augmentation du capital. Il aurait fallu créer dès lors des nouvelles actions à acquérir par le plus offrant, qui officiellement était Qatar Airlines, inofficiellement Yangtse River. Ainsi l'un aurait renfloué Cargolux de $117.5 millions, l'autre de $175 millions, se voyant attribuer 50 nouvelles actions pour chaque centaine d'actions existantes.

Pourquoi a-t-on privilégié la sortie d'actionnaires existants à la place, surtout qu'il semble que c'était le gouvernement et non pas eux qui ait trouvé le nouvel actionnaire Qatar Airlines?

L'histoire du corporatisme d'état luxembourgeois se résume comme le conte des Frères Grimm, Hans im Glück: Hans a donné ou perdu tour à tour un gros lingot d'or, un cheval, une vache, un cochon, une oie et une meule. Lire Arcelor, RTL BIL, BGL, Villeroy Boch, Cargolux et l'histoire est juste plus longue.

L'histoire finit bien pour Hans: il était tout heureux d'avoir pu se dessaisir de tous ces fardeaux. 

Sunday, February 19, 2012

Les Qataris, Caritas pour Cargolux?



A peine croyait-on Cargolux sortie de ses turbulences et le chapitre clos, que leur direction sert des nouvelles pilules qu'il est difficile de dorer.

Tout d'abord remettons nous à l'esprit un principe opérationnel fondamental que les gens et les sociétés suivent pour assurer leur succès: ils évaluent si une opération sert leurs intérêts. C'est tellement universel, qu'on ne peut qu'être ébahi par les violations du principe par des rêveries avancées ces derniers temps par des dirigeants de toute obédience politique.

Les exemples récents sont que la Chine viendrait au secours de l'Euro, que les Etats-Unis ont le désir d'assouplir leur nouvelle législation FATCA pour accommoder les paradis fiscaux ou que Qatar Airlines serait venu généreusement donner un coup de pouce à Cargolux. Tous ceux-là ne poursuivent que leurs intérêts! Une offre apparemment généreuse pourrait être faite dans un premier temps pour des raisons tactiques, une manœuvre préparatoire pour ultérieurement atteindre le vrai objectif. Si cet intérêt n'est pas évident, il y a soit corruption, ou bien en effet on est en présence d'un acte charitable. On les reconnait tous deux sans effort. Donc, retour à la réalité des affaires.

D'abord, nous avons vu que l'offre de Qatar Airlines de participer dans Cargolux était moins généreuse que l'offre d'un concurrent (1). Puis, alors que l'on espérait le calme revenu, Cargolux s'est re-profilé dans les mauvaises nouvelles qui n'aident pas à calmer les anxiétés: programme d'austérité, abandon de certaines routes, réduction de la flotte, horaires réduits, pertes de clients. C'est le déclin!

Qatar Airlines peut être un bien ou un mal pour Cargolux, mais n'est certainement pas un sauveteur charitable genre Caritas. Car enfin, on (Qatar Airlines en ce cas) fait des acquisitions de sociétés concurrentes:

·        - soit pour améliorer son bilan (ce n'est manifestement pas le cas en ce qui concerne les revenus de Cargolux),
·        - soit pour acquérir un savoir faire (Monsieur El Bakr a eu des mots peu élogieux au sujet de la compétence de la direction de Cargolux dans le passé)
·        - soit pour obtenir des marchés qu'on n'a pas. Qatar Airlines a en effet déjà marché sur les plates-bandes de Cargolux notamment aux USA, cannibalisant ses clients,
·       -  soit pour à terme éliminer un concurrent gênant en contrôlant une partie de l'actionnariat et quelques postes clés. C'est fait.

Tout cela bien sûr n'est qu'une analyse des possibilités et non pas des intentions proclamées. Il faut savoir cependant que tout chef d'entreprise, ou militaire, ou  politique, doit considérer les possibilités et non pas les intentions de ceux en face de lui. Le management de Qatar Airlines est impressionnant. Voyez les leçons données en matière de gérance et tout bonnement de succès. Après une poignée d'années dans le business seulement, leurs résultats sont spectaculaires.



Il est donc de la plus grande et urgente importance que les intérêts de Cargolux et de Qatar Airlines soient alignés.

Attendons-nous à voir de nouveaux épisodes, similaires, avec Luxair. Au moment de la reprise de la BIL, le Qatar deviendra en effet actionnaire de Luxair. Déjà y a-t-il un changement de personnel. Marc Hoffmann s'en va comme Président du CA. Il doit s'occuper de sa banque et n'a plus le temps. Il sera remplacé par Jean-Claude Finck, qui s'occupe de sa banque aussi, mais qui lui a le temps de s'occuper de Luxair.

Attachez vos ceintures.