Monday, August 15, 2011
Irving Berlin's Former Beekman Place Home Chronicled in New Book - DNAinfo.com
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Irving Berlin's Former Beekman Place Home Chronicled in New Book - DNAinfo.com
Sunday, August 14, 2011
La Maison du Luxembourg à New York
En juillet a eu lieu au Consulat Général du Grand-duché de Luxembourg à New York la signature d'un ouvrage intitulé " The Luxembourg House on Beekman Place"(1). L’ouvrage dont les trois auteurs sont Debra Pickrel, Pamela Hanlon et Marianne Matthews et dont la directrice de production était Laurence Pierron du Consulat du Luxembourg, a gagné un prestigieux Prix d’Excellence APEX 2011 en Communication Professionnelle. Des membres de la famille de l’ancien propriétaire, avec qui j’ai croisé chemins il y a vingt ans, étaient présents. Occasion de revisiter mes mémoires :
Une « Luxembourg House » à la 48e Street à New York ?
Avant d'embarquer ma famille sur un vol Icelandair pour New York le 17 octobre 1989 pour y exercer les fonctions de Consul Général, le Ministre des Affaires Etrangères Jacques F. Poos, m'avait éclairé sur un projet en cours. Le gouvernement avait l'intention d'acquérir un immeuble à New York pour y abriter le Consulat Général du Luxembourg, le Comité de Développement Economique, la Mission Permanente auprès des Nations Unies et l'Office du Tourisme. Il n'était pas trop enchanté d'un objet qui lui avait été présenté, n'étant pas convaincu qu’il projetterait convenablement l'image du Luxembourg. L'immeuble sis au 211, 48e Street avec un "town house" adjacent avait été présenté par mon prédécesseur, dont l’épouse connaissait bien l'immobilier, étant elle-même agent. La gloire du bâtiment principal était son architecte Moderniste, William Lescaze (2). La négociation tournait autour d'un prix de $4,8 millions. Ce genre de maison est le seul qu’il est possible d’acquérir à New York, les immeubles commerciaux y sont généralement destinés à la location uniquement.
Le hasard m’a amené un jeune agent immobilier, Eric Bernstein. Il m'a montré ce qu'il pensait être 3 objets possibles de maisons de ville dans un rayon raisonnable autour des Nations Unies. Elles avaient toutes, comme le 211, 48e Street ce défaut majeur des "town houses" de New York,qui est que les deux seules façades exposées sont la largeur (le plus souvent très étroite) du bâtiment, faisant de l'intérieur un tunnel sombre d'une trentaine de mètres de longueur. J'ai montré à mon tour à l’agent les trois rares immeubles, qui à première vue n'avaient pas ce problème, deux se trouvant sur Beekman Place et un sur Sutton Place, tous en bout de bloc avec 3 façades. Le lendemain le brave agent pensait avoir une bonne nouvelle en m'annonçant le décèsà l’âge de 101 ans du propriétaire de l'un de ces 3 immeubles, le 17 Beekman Place. La propriété était à vendre pour $8,2 millions. Ce chiffre-là semblait désespérément élevé. En plus, la constitution luxembourgeoise comportait un article qui plafonnait le prix d’achat d’un bien immobilier que le gouvernement pouvait acquérir, à FLux 200 millions, à l'époque l'équivalent de $5.6 millions. Au-delà le gouvernement devait demander l’approbation du législateur, une procédure qui aurait été trop longue et même incertaine.

(1) La Maison du Luxembourg, 17 Beekman Place, NY(En haut) et le 211, 48th Street, NY(En bas) (2)
I’m Dreaming of a White Christmas.
Les chances d’acquérir cette maison semblaient être nulles. Mais qu'elle était grande, lumineuse et belle! Puis il y avait ce curieux hasard, que c’était la demeure d’une grande célébrité, Irving Berlin, auteur non seulement de « God Bless America » et de « I’m Dreaming of a White Christmas », mais aussi du musical « Call Me Madam » qui relate le fait historique de la nomination par le Président Truman de la première femme, Madame Perle Mesta, comme Ambassadeur à Luxembourg. (Le Luxembourg, dit l’histoire dans « Call me Madam », est en faillite. Il voudrait un emprunt de $10 millions des Etats-Unis pour le mariage d’une Princesse, mais Perle Mesta devra dire non. Elle arrive, rencontre le Ministre des Affaires Etrangères, bel homme, curieusement portant un uniforme militaire, et elle ne sait plus dire non à rien du tout!). Quelle belle revanche luxembourgeoise ce serait que de se payer cash l’endroit où cette médisance devenue succès hollywoodien était écrite !
Une Bataille de Cannes.
Mais la conquête de cette belle, construite en 1932 par une autre célébrité, James Forrestal, Ministre de la Défense, allait forcément devenir une difficile Bataille de Cannes, la bataille classique par lignes intérieures. (Hannibal, Deuxième Guerre punique). Il fallait confronter les problèmes l'un après l'autre:
- produire une bonne affaire au gouvernement, mais pour moins de $8,2 millions
- éviter les complications de la limite constitutionnelle, donc diminuer le prix jusqu'à $5,6 millions
- convaincre le vendeur de réduire son prix de $2.6 millions, c.à.d. 32% ! Un fol espoir.
- se préparer à voir un lobby de la 48e rue pousser sa solution comme la seule réaliste.
- convaincre la Communauté luxembourgeoise de New York de supporter l'achat de ce bijou.
Une expertise de la maison ne donnait pas de levier du tout pour négocier. En effet, l'expertise revenait au même chiffre de $8,2 millions demandé par le vendeur. C’était donc un prix réaliste. Le seul levier qui restait était notre limite constitutionnelle. J'avançais donc le chiffre de $5,6 millions à JP Morgan, le »trustee» chargé de la vente. La famille n'allait même pas se déranger pour nous parler. Entretemps la Communauté luxembourgeoise commençait à trouver l'idée d'acquérir la villa d'Irving Berlin bien séduisante. La Grande-duchesse Joséphine-Charlotte, qui de passage à New York y a jeté un coup d'œil, trouvait la maison merveilleuse et disait, "vous savez Colonel que Perle Mesta était à mon mariage!" Ah, voilà un argument ! Voilà un pan de la Bataille de Cannes tombé !
Mais le Colonel bataillait sur les 4 autres positions contre un ennemi supérieur en nombre de millions de dollars. Une deuxième tentative, pour démontrer notre intérêt continu était du moins amusante. Je proposais le chiffre de Flux 200 millions à JP Morgan en expliquant que cela ne signifiait pas du tout que l'on dénigrerait la valeur de l'objet. Au contraire cela documenterait plutôt que nous voulions ardemment acquérir cette propriété, mais que hélas, notre constitution y faisait obstacle et requérait une loi, opération longue et aléatoire. Le vendeur trouvait qu’il pouvait bien attendre une loi et insistait sur le prix plein. Dans la bataille de Cannes, cette deuxième position semblait impossible à conquérir. Cela donnait une nouvelle vigueur au lobby de la 48e rue. Le projet 17 Beekman ne pouvait rester viable qu’en faisant tomber la résistance du vendeur sur le prix, c.à.d. l’amener à abandonner $2,6 millions de son prix de vente. Il fallait ébranler sa confiance de voir un jour un meilleur acheteur, bref le convaincre qu’il valait mieux le moineau dans la main que la colombe sur le toit.
Pour cela, il fallait cesser les communications avec le vendeur. Le marché immobilier newyorkais était faible. Notre offre rejetée avait cependant un attrait qui plaisait forcément au « trustee » banquier : c’était du cash. En jouant ainsi sur le temps et les nerfs, le risque était grand qu’une organisation patriotique n’achète l’immeuble pour des raisons historiques et émotionnelles autour d’un concept de musée « God bless America », hymne national américain numéro deux. Sur l’autre front, le lobby 48 a saisi l’incertitude pour soumettre sa proposition au Conseil du Gouvernement. Je l’ai appris un jeudi soir et j’ai mis mon réveil à 2 heures du matin, ce qui est vendredi 8 heures du matin à Luxembourg pour appeler le Secrétaire d’Etat de l’époque, Robert Goebbels, lui demandant s’il pouvait suspendre ce point de l’ordre du jour. Son répit a sans doute sauvé l’issue de cette Bataille de Cannes.
Une splendide ouverture s’offrait tout d’un coup : la sœur du Shah d’Iran mettait en vente sa propriété au 31 Beekman Place pour $7,2 millions. (Aujourd’hui la chancellerie du Consulat de Tunisie). Une visite a convaincu notre agent que nous allions abandonner le 17 Beekman Place, devenu mission impossible, pour saisir cette nouvelle opportunité. Allait-il rapporter son opinion au trustee, JP Morgan ?
Pour quelques dollars de moins.
Deux jours plus tard, JP Morgan rappelait avec la question, comment pourrait-on garantir que Flux 200 millions serait l’équivalent de $5,6 millions ? Je suis resté incrédule pour un moment, voyant l’implication que le vendeur était prêt à céder. Une heure plus tard, c’était chose faite.
J’ai reçu l’approbation du gouvernement et le pouvoir de signature, le taux du dollar serait le taux du fixing de Bruxelles le lundi 11:00 heures et le Trésor allait s’assurer ce montant. Chose faite ? Non, pas si vite, pas tout de suite.
Le Ministre des Affaires Etrangères, quoique n’étant sous aucune obligation se sentait plus confortable s’il demandait quand même un vote au sein de la Commission des Affaires Etrangères de la Chambre. Cela coinçait, mais ça passait. Le coup d’adrénaline venait d’Yves Mersch, Directeur du Trésor à l’époque, qui me faisait savoir que le lundi à 11 :00 heures le Trésor n’avait pas acheté du dollar. Par chance, le dollar descendait le lendemain, nous épargnant l’embarras de ne pas tenir promesse. Et ce jour-là, la Bataille de Cannes était gagnée, les autres fronts collapsant tous en même temps. La finalisation de la transaction comprenait, détail important, la reprise du système d’alarme et de l’assurance incendie/tous-risques existante. La bureaucratie luxembourgeoise a protesté, me faisant la remontrance que l’Etat était son propre assureur, et que c’était donc une dépense injustifiée.
Call me Smokey
Les travaux de rénovation valent certes un musical, mais je ne retiendrais que l’incident qui par réduction à l’absurde, invalidait la remontrance mentionnée: vers la fin des travaux, l’alarme a sonné, il y eut un incendie qui a détruit l’ancienne bibliothèque d’Irving Berlin. La fumée avait envahi toute la maison. Au total, les dégâts se situaient au-delà de $ 500.000. Le New York Post couvrait l’incendie avec le titre « Call Me Smokey ». Les pompiers de New York ont enquêté, mais la cause est restée incertaine. L’assurance tellement contestée auparavant, a payé rubis sur ongle. Et si personne ne l’a annulée après mon départ, elle est encore en vigueur aujourd’hui.
Une belle victoire mérite une belle parade : je prenais l’initiative de créer le « Luxembourg Business Journal » en 1990 et la « Luxembourg American Chamber of Commerce en 1991 » pour y faire défiler nos messages de promotion du Luxembourg. Le support de la communauté luxembourgeoise et du monde des affaires était immédiate. Le tout fut couronné par une campagne de relations publiques sous le thème : « We may be small, but we don’t think that way ! », à l’occasion de notre présidence de l’Union Européenne en 1991. On me dit que le Luxembourg House vaudrait aujourd’hui de 7 à 10 fois son prix d’achat. Comme disait Pierre Werner : « quand c’est un succès, personne ne regarde le prix ».
(2) http://djhuppatz.blogspot.com/2008/11/william-lescaze-house.html
Saturday, August 13, 2011
L'essentiel: L'indépendance de la CSSF mise en doute
Friday, July 22, 2011
Cargolux et Qatar Airlines II Quand OGBL et LCGB s'en mêlent.
Frères Schleck, Tour de France, 19e etape, 22 juillet 2011
L'indispensable page culturelle et sportive. Tous ensemble!
Frères Schlek-ke,
Frères Schlek-ke,
Dormez-vous?
Dormez-vous?
Sonnez Thomas Voeckler,
Sonnez Cadel Evans!
Conta dort,
Conta dort.
Thursday, June 23, 2011
Cargolux: la Catharsis par les Qataris
Les députés et les syndicats luxembourgeois se sont émus des nouvelles de la restructuration de l'actionnariat de Cargolux, désormais liée à Qatar Airlines: c'est une vraie catharsis, qui dans le drame grec classique est l'extériorisation de traumatismes vécus.
Car Cargolux a connu des traumatismes, le dernier étant sa valorisation minimale à $350 millions. Cargolux est un fleuron de la diversification économique à la luxembourgeoise. Créée par des entrepreneurs étrangers, la famille Salén de Suède et l'islandaise Loftleidir au début des années 1970, Cargolux a trouvé un terrain fertile au Luxembourg. La société a su conquérir un espace respectable dans le domaine du fret aérien, où la concurrence est redoutable (à moins de s'arranger entre concurrents) et les prévisions sont souvent aléatoires.
Les Luxembourgeois y voyaient une fière réincarnation du Feierwon, et l'Etat luxembourgeois n'a pas lésiné avec son support, les intérêts nationaux se confondant souvent avec les intérêts de cette société privée. Ainsi je me rappelle d'un fait assez extraordinaire, la signature d'un accord aérien lors de la visite d'Etat en Chine en 1979, accord qui profitait en fait uniquement à Cargolux. Le symbolisme allait jusque dans les détails de la cérémonie de signature, qui se passait dans la salle "Province de Taiwan" dans le Palais des Peuples à Pékin. Fait exceptionnel: Cargolux, active à Taiwan, avait même les droits pour des vols directs entre Taiwan et la Chine. Voilà pour les attentions dont bénéficiait la société qui n'avait pas encore 10 ans à l'époque. En 40 ans elle a su ainsi grandir en desservant près d'une centaine de destinations dans tous les continents, elle a su innover comme par exemple avec le logiciel logistique CHAMP, ou forger des alliances avec une attitude proactive: "You name it, we fly it!"
Braderie?
Mais que donc s'est-il passé que ce fleuron de l'économie luxembourgeoise, qui opère 16 Boeings 747 ne vaut que $350 millions, le prix d'un Boeing? Car c'est cette valorisation là que la participation de Qatar Airlines a déterminée, en mettant la valeur de 35% de la société à $117,5 millions.
La valorisation d'une société est certes difficile. Elle dépend surtout de celui qui la contemple. Selon la méthode utilisée, les chiffres varieront significativement. Selon les revenus récents, Qatar Airlines a probablement fait une bonne affaire, selon la valeur créée, le prix est de loin trop bas et selon le marché (les autres acheteurs potentiels), certainement aussi. Au moins une autre partie intéressée, la Yangtze River Express, aurait avancé le chiffre de $175 millions pour la même participation, mettant la valeur de Cargolux à 50% au-dessus de la valeur concédée par Qatar. Ce chiffre là était certainement encore négociable vers le haut! Mais la nouvelle a été faiblement démentie, non pas par Yangtze, mais par Cargolux, avec comme preuve l'affirmation que les négociations avec Qatar Airlines étaient exclusives.
Vraiment, des négociations exclusives? Quelle fine stratégie! Je conclue de ces messages discordants qu'il y avait deux tendances au moins au sein de la gérance de cette affaire, et que les deux avaient des préférences divergentes. Ce qui a alarmé nos députés et les syndicats qui ont tous des doutes.
Droits de l'homme? The business of Luxembourg is business.
Quelques questions timides, entre autres au sujet des droits de l'homme ont été posées. Pour résumer les réponses lapidaires fournies aux uns et aux autres, je dirais que le « business of Luxembourg is business » en paraphrasant le Président américain Calvin Coolidge qui dans les années 20, a fameusement dit que le « business of America is business ». Tandis que lui parlait de non-ingérence du gouvernement américain et de laisser faire, l'énorme différence avec le gouvernement luxembourgeois est qu'il pratique au contraire une ingérence soutenue. Dans certains cas, le gouvernement est le business. Et la raison d'Etat a ses raisons que la raison ne connait pas.
Le corporatisme d'Etat luxembourgeois.
Au fil des vicissitudes de Cargolux, le gouvernement luxembourgeois a fini par contrôler 60% de la société à partir de 2009, soit directement ou indirectement. Que fait-il dans cette galère?
Car on ne fait pas toujours dans la dentelle dans le monde du fret aérien. Ainsi au milieu des années 1980, le gouvernement appuyait l'ambition de Cargolux d'obtenir des droits d'atterrissage à Tokyo. Alors que Fukuoka était finalement proposé comme seule possible destination par un Japon réticent, la société a cru bon insister en utilisant des canaux parallèles. Un diplomate luxembourgeois est même tombé dans le proverbial piège à miel, photos compromettantes à l’appui, tellement ces terrains parallèles sont féroces et minés. Alors que cette anecdote indiquait une propension de certains à jouer au corsaire, elle aurait pu servir d'avertissement au gouvernement, qui avait un des siens exposé en situation délicate. Or il y a eu des traumatismes pires que celui-là.
Non seulement y eut-il un tourbillon de 3 années de pertes de 2007 à 2009. Il y eut aussi la perte de l'actionnaire Swissair et il y eut surtout une avalanche de condamnations pour violations de diverses législations anti-trust de par le monde. La liste est longue et les chiffres sont importants: un total d'environ $250 millions d'amendes ont été infligées par l'Australie, le Canada, la Corée du Sud, les Etats-Unis, la Nouvelle Zélande et l'Union Européenne pour activités illicites voire criminelles de Cargolux. Au Luxembourg bien-sûr, personne n'a rien vu d'illégal. Le corporatisme, par définition, ne peut criminaliser les ententes. Mais enfui dans les communiqués actuels est l'information que dare-dare un chef "compliance" vient d'être nommé. Car les régulateurs étrangers appliqueront la loi qui n'existe pas chez nous.
Encore une fois, que fait le gouvernement dans cette galère, qui le met directement en conflit avec ces grands pays? Le gouvernement, c'est Cargolux par son capital et aussi ses organes de direction, comme le Comité Exécutif et le Conseil d'Administration dans lequel siègent 6 voire 8 fonctionnaires ou employés de l'Etat ou assimilés, sur un total de 15 conseillers. Ces conseillers qui ont donc des fonctions de surveillance partagent pour la plupart leur temps entre une fonction principale en tant que fonctionnaires et une multitude d'autres Conseils d'Administration. Mais comment font-ils avec tant de choses à faire? C'est d'une part une mission impossible et une pratique luxembourgeoise très discutable d'un point de vue de l'éthique et des usages internationaux policés. C'est d'autre part l'émanation d'une tendance corporatiste de l'Etat luxembourgeois qui a inventé cette pratique somme toute féodale pour récompenser ses bons et loyaux serviteurs par des nominations à ces fonctions d'administrateurs. Les fidèles lui assurant son contrôle en contrepartie. Contrôle? Pas celui d’administrateurs indépendants. Il est certain qu'ils n'ont pas protesté quand pendant des années, les ententes illégales sur les tarifs étaient à l'ordre du jour de Cargolux. Ailleurs, même la tripartite finit par se révéler comme un organe de ce corporatisme d’Etat avec sa tentative d'établir progressivement des "normes" limitatives sur les syndicats et même les entreprises dans le débat social.
Les questions à poser.
Sur cet arrière-fond de l'accord Cargolux - Qatar Airlines se posent des questions que tous les actionnaires, c.à.d. nous les contribuables, et à double titre les syndicats doivent se poser. Pour nous, Cargolux quoique privée, doit être transparente.
Il y a bien sûr la question pourquoi la vente de 35% de Cargolux, qui est essentiellement une vente aux enchères, est allée au moins offrant? On justifie en vous parlant de synergies dans la langue de bois des communiqués officiels préfabriqués. Que croire? Surtout si le seul actionnaire vraiment privé, qui doit vraiment rendre compte à ses actionnaires, la BIP, vote avec ses pieds. En investisseurs avertis, qui en plus étaient actionnaires depuis 10 ans, ils saisiraient plutôt l'occasion de faire encore et encore partie de cette aubaine, si cela en était une encore! A remarquer aussi que Qatar Airlines a racheté uniquement des actions à ceux qui par manque de confiance ou raison d'Etat ont été amenés à les vendre. Il n'y a pas eu injection de capital nouveau. Comparé à la valeur réelle de Cargolux le risque qu'ont pris les Qataris semble bien couvert.
Un doute affreux s'empare de nous: Cargolux, avec ses récents maigres résultats financiers, est-elle l'offrande sur l'autel du corporatisme d'Etat luxembourgeois? Les synergies avec le Qatar sont-elles moins sur le plan de Cargolux, mais plus sur le plan de la place financière et surtout de cet autre Feierwon qu'est la SES, qui a signé des accords avec le même Qatar en même temps? Regardez bien la composition des Conseils d'Administration de Cargolux et de la SES et comptez les affiliations des administrateurs avec le gouvernement, et qui souvent sont les mêmes personnes. C'est déjà en quelque sorte la « Luxembourg Investment Authority » ou L.I.A., copie de la Qatar Investment Authority, Q.I.A.. Pour les syndicats de Cargolux, c'est une grave question: y a-t-il eu cet amalgame ici? Une commission d’enquête parlementaire n’est malheureusement pas réalisable pour y répondre. Le corporatisme d'Etat a-t-il inspiré une stratégie qui miserait sur la SES au détriment de Cargolux? Un tel amalgame, avec une logique de favoriser l'entreprise la plus profitable, serait répréhensible, voire illégale dans d’autres pays, au même titre que l'étaient les violations anti-trust. Les anglo-saxons y verraient sans doute du « Commingling ». Si tel était le cas nous aurions franchi une nouvelle étape dans l'application d'une stratégie corporatiste toujours un peu plus absolutiste au Grand Duché de Luxembourg, semblable à celle que l'on privilégie là où cela sent bon le sable chaud.
Saturday, June 4, 2011
La Justice des Hommes est Imparfaite
De DSK à ET en passant par GR - C.Q.F.D.
Les escapades de DSK à New York font éclater au grand jour les différences entre principes, pratiques et sensibilités de la justice pénale américaine et européenne, du moins celles de modèle napoléonien, dont la luxembourgeoise. Tout à fait logiquement, elles ont toutes en commun d'être imparfaites, car humaines.
Voilà DSK, l'exilé temporaire de Washington, illustre inconnu pour le public américain, mais plus grand que son ombre en France, où il est précédé d'une réputation d'inévitable futur Président de la République Française. Il est promené devant les caméras menottes aux poings. Pas de cravate, ni de ceinture, ni lacets. Entretemps l'enquête policière procède à toute allure, selon une check-list rigoureuse, inexorable: la victime passe des examens médicaux complets, la scène du crime est sécurisée pour ne pas perdre de preuves matérielles. Dans la semaine DSK sera devant son juge, un jury sera constitué et une caution fixée. C'est la loi du pays. Elle est égalitaire. Michael Jackson, Bernard Madoff, Tom Delay et l'illustre inconnu Jimmy Smith ont fait la même expérience. Et demain il en sera de même pour quelqu'un d'autre.
Beaucoup en France et en Europe se trouvent en plein émoi à la vue de ces photos de DSK en menottes. Mais pourquoi s'en émouvoir si l'on souscrit aux grands idéaux de Liberté, Egalité, Fraternité? C'est que la justice américaine s'acharne sans doute plus sur le principe de l'Egalité que celui de la Fraternité. Dans le système américain, un VIP millionnaire n'a que le privilège de pouvoir s'offrir une caution qui le sortira temporairement de l'auberge pour l'entourer de son luxe habituel. Sinon, pas d'égards. On passe devant un jury qui pratique une justice rétributive: œil pour œil, jusqu'à la peine de mort. Il est vrai que dans ce système, la réputation de l'inculpé est déjà assassinée et diffamée malgré toute affirmation que l'inculpé est innocent jusqu'à preuve de sa culpabilité. Mais, il peut acheter les meilleurs avocats qui essayeront de démolir la victime pour le sauver.
J'ai vu l'une ou l'autre réaction au cas DSK en France et en Europe qui me font penser qu'on y pratique une justice plutôt Fraternelle qu'Egalitaire. Un certain BHL a trouvé que c'était complètement inadmissible que l'on traite DSK comme un vulgaire Michael Jackson, MJ si vous préférez, ou un Bernie Madoff, BM si vous voulez, reflétant une large ligne de pensée dans le public. Cette pensée est que DSK est plus égal que les autres et mérite plus de Fraternité, donc pas de menottes, pas de caméras, pas de détention préventive et toutes sortes d'exceptions, y compris sans doute dans les termes d'une éventuelle condamnation, exceptions auxquelles le banal citoyen n'a pas droit. Et ce qui lui est reproché n'est finalement selon certains qu'un mignon petit troussage, sinon un piège abjecte!
Mais je parle, je parle et je ne suis même pas juriste. Par contre, j'ai beaucoup d'expérience. J'ai le malheur d'être un consommateur de justice averti au Luxembourg et, en bon consommateur, quand je compare, je vois la différence.
Mon histoire remonte à 2005 quand j'ai introduit une plainte pénale avec constitution de partie civile pour fraude contre deux individus au Luxembourg. Comme on ne promène personne devant les caméras à Luxembourg, personne n'en saura rien jusqu'en 2012-15, je suppose. Quoique si, il y eut des articles de presse où ma réputation était assassinée en m'assimilant aux accusés. C'était "Wrongfully Accused", pareil au film de Leslie Nielsen, mais avec tout le sérieux du colportage viral luxembourgeois. Alors que je suis victime exposée, de quoi se plaint DSK?
Au moment d'entamer sa 7e année, la procédure pénale est toujours coincée quelque part. C'est cela que je remarque quand je compare: ce sont des délais qui seraient impossibles en Amérique où vaut le slogan: "Justice delayed, is justice denied". Au Luxembourg on scande encore un autre slogan, celui-là archaïque et qui n'est plus en vigueur dans son pays d'origine, la France. C'est cette ringarde que "le pénal tient le civil en l'état". Ce qui traduit en langage compréhensible veut bien dire qu'alors que le pénal est déjà en retard, le civil le sera encore plus car il faut attendre la conclusion du pénal.
Faudra-t-il plus de dix ans pour résoudre mon cas? C'est souvent le délai qu'il faut au Luxembourg pour condamner un voleur d'un gros objet, une vache par exemple. Vous vous rappelez de l'affaire de notre bon M. Gustave Rausch (GR), fermier à Mertzig? Il a porté plainte contre son voisin (pas nommé, pas de caméra, vie privée oblige) qu'il a accusé d'avoir volé une de ses vaches (vache pas nommée non plus, vie privée oblige).
Voici les faits tels que résumés par Søren Nielsen (rien à voir avec le Leslie Nielsen plus haut!), greffier de la Cour Européenne des Droits de l'Homme à Strasbourg: "Le requérant, Gustave Rausch, est un ressortissant luxembourgeois né en 1951 et résidant à Mertzig (Luxembourg). Il est cultivateur. En 1998, il déposa une plainte avec constitution de partie civile contre son voisin, qu’il accusait de lui avoir volé un bovin et d’avoir fait falsifier le numéro de l’animal."
Treize ans plus tard, les sages de Strasbourg ont donné raison à M. Rausch qui a accusé le Gouvernement luxembourgeois de maintenir un système judiciaire tellement obsolète que ses droits de l'homme sont violés. Voici leurs conclusions: "Le Gouvernement admet que la durée de la procédure en jeu n’a pas été raisonnable. Vu l’absence de complexité de l’affaire et conformément à sa jurisprudence, la Cour parvient à la même conclusion. Elle note par ailleurs avec une très vive inquiétude qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé, puisqu’elle a constaté à plusieurs reprises une violation de l’article 6 § 1 dans des affaires soulevant des questions de délai raisonnable semblables à celle du cas d’espèce. Elle ne saurait assez insister sur le fait que les États doivent se donner les moyens nécessaires et suffisants pour garantir à chacun le droit d’obtenir une décision définitive dans un délai raisonnable.
La Cour conclut, par conséquent, à la violation de l’article 6 § 1.
Elle dit que le Luxembourg doit verser à M. Rausch 16 000 euros (EUR) pour le dommage moral qu’il a subi du fait de la durée de la procédure, et 1 500 EUR pour frais et dépens."
Treize ans après, l'histoire ne dit pas si M. Rausch a finalement récupéré sa vache. Probablement non, puisque le pénal tient le civil en l'état. M. Rausch aura sans doute vu tous les jours son bien quadrupède meuglant dans le troupeau du voisin. Quant à mes propres deux accusés, qui à première vue n'ont rien de bovin, si jamais il y a confusion entre le dossier de M. Rausch et le mien, c'est promis, je lui rendrai la vache. Tant pi (sic) si je dois aller moi-même à Strasbourg pour faire corriger le mauvais élève Luxembourg encore une fois.
Maintenant que j'ai réussi à vous river sur mon histoire, je ne manquerai pas de vous tenir à jour sur l'évolution de ma plainte pénale, que je décris plus amplement dans mes mémoires. Bien sûr, je n'utiliserai que les initiales des accusés pour protéger leur vie privée.
La justice est humaine. Elle est façonnée et rendue dans des délais qui sont fonction des moyens de l'appareil judiciaire en place. Le manque chronique d'enquêteurs et de juges luxembourgeois, que les juges strasbourgeois fustigent dans un des plus grands centres financiers du monde sont responsables pour des délais hors norme. Si le Luxembourg ne prend pas le taureau par le cornes pour remédier à ce piètre état des choses, les délais iront croissant. Qu'adviendrait-il de ces délais si les 9 faillites sur 10 qui sont frauduleuses au Luxembourg et dont les auteurs ne sont jamais poursuivis, l'étaient tout d'un coup? "Justice delayed, is justice denied" disent aussi les juges de Strasbourg.
Et puis voyons aussi si les sanctions reflètent une certaine perception de la justice. Nous avons évoqué DSK, MJ, BM, JS mais pas OJ (Simpson) ou Roman Polanski (RP). Les verdicts sont et seront forcément imprégnés soit de la dynamique de groupe des jurés, soit par l'équation personnelle d'un juge professionnel. Et des fois ils sont inapplicables: le prévenu a pris la fuite.
De DSK à MJ, BM, ET (eh oui, c'est moi-même), GR, OJ et RP, la justice est bien humaine donc forcément imparfaite. Ah si elle pouvait déjà être moins lente, plus rigoureuse et plus transparente, américaine quoi, sans forcément recourir aux pratiques où dans le temps on pendait les voleurs de vaches haut et court! Vaste chantier au Luxembourg, paradis judiciaire, que j'appellerai violeur des droits de l'homme récidiviste avec les juges de Strasbourg! Ce n'est pas le fermier Rausch qui va me contredire. La justice est moins qu'imparfaite. C.Q.F.D.
ET