Sunday, February 6, 2011

Affaire Robert Denis vs. Clearstream Luxembourg : Arrêts complets de la Cour de Cassation française.

La leçon permanente émanant de ces affaires et d’autres, Madoff, Parmalat et BCCI, est qu’à la longue seulement

une culture de probité, correctement supervisée avec

sanctions à la clé, pourra garantir la bonne réputation

et la croissance sans encombre du centre financier.

http://www.rue89.com/2011/02/05/denis-robert-blanchi
-pour-avoir-dit-que-clearstream-blanchissait-189174 

Journalist Denis Robert vs Clearstream Luxembourg wins the final round


Surprise: Goliath perd!

Egide Thein - Luxembourg: Journalist Denis Robert vs Clearstream Luxembourg wins the final round

L’on se rappellera cette histoire qui commençait il y a une dizaine d’années. Ce journaliste investigateur, Denis Robert, avait mis ses pieds dans un nid d’abeilles. L’adage qu’on ne peut pas gagner contre la banque vient de trouver un déni, si j’ose dire, fulgurant.

La décision de la Cour de cassation fera bien-sûr jurisprudence et sera publiée largement dans le système français. La jurisprudence française, servant tant de fois comme référence aux tribunaux luxembourgeois, sera-ce le cas ici ?

Je pense que beaucoup de commentateurs que l’on voudrait lire, n’ont pas encore fait le tour de la nouvelle situation créée par ce jugement.

Wednesday, January 12, 2011

Le Luxembourg et son Combat des Chefs


Le Luxembourg et son Combat des Chefs

La Guerre des Trois n'aura pas lieu

Par Egide Thein

Depuis quelques jours tout le Luxembourg est au courant de l'histoire du limogeage suivi de la réhabilitation du Colonel Nico Ries, ordonnée par arrêt de la Cour Administrative. Le Colonel Ries, Chef d'Etat-major de l'Armée, a été déposé en 2008 par le Ministre de la Défense de l'époque, Jean-Louis Schiltz, et affecté au Ministère des Affaires Etrangères, Direction de la Défense, Bureau de la Planification, 2eme étage, dernière porte à gauche. Il est chargé d'une très, très importante mission de Planification. Tout le monde sait que c'est une voie de garage pour le Colonel Ries, que le Ministre Schiltz ne pouvait pas "piffer". Les fioritures des communiqués, les réponses tortueuses aux questions publiques ne trompaient personne: c'étaient des mensonges pour escamoter le fait qu'on était en présence d'un limogeage mal goupillé, irréfléchi et illégal. Les juges ont donc trouvé la vérité et fait triompher le droit.

Cessez le Feu immédiatement

L'arrêt de la Cour Administrative semble être compris par certains comme le signal pour repartir en guerre contre le Colonel Ries. Voilà que le Ministre de la Défense, un nouveau Ministre, à qui il incombe de recoller les pots cassés par son prédécesseur et d'appliquer cet arrêt, se met à le remettre en question en proposant des marchés à la partie lésée, qui seraient dignes des combines d'un Souk. Le Colonel Ries n'était pas acheteur.

Survient son ancien chef et collègue Guy Lenz, qui sort quelques opinions du fond du troisième tiroir d'en-dessous, pour clamer que Ries s'efface. Son argument est que ce remue-ménage nuit à l'Armée. Et il fait un mea culpa pathétique, parce que bien sûr il n'aurait pas, en tant qu'ancien chef de Ries, décelé les insuffisances de celui-ci. Isuffisances qui seraient généralement l'apanage d'un sociopathe!? Je dirais au Colonel Lenz: "Repos mon brave! Ne vous tourmentez pas! Vous n'êtes coupable de rien du tout. Vous aviez corroboré le choix de votre successeur? Qui vous accablerait avec cela: Ries est gradué de l'Ecole Royale Militaire de Bruxelles, il a sans doute passé d'autres examens pour l'accès aux grades, il était en rang utile et était donc qualifié professionnellement pour être nommé Chef d'Etat-major de l'Armée. Ce qui fut fait au choix du Gouvernement. Cette nomination, voire sa nécessaire réhabilitation viennent d'être confirmées par la Cour Administrative. Si quelqu'un ne faisait que murmurer un soupçon de reproche à votre égard, pour vous je monterais en première ligne illico, parole de Scout, et je ferais silence dans les rangs. Vous ne devez pas sauver l'Armée non plus. Qu'on la laisse en dehors de ceci. C'est le problème du Gouvernement qui vient de recevoir un blâme et qui doit, en tant qu'Exécutif, montrer son respect de la chose jugée et doit réparation à la partie opposée. Ce n'est pas le problème de l'Armée."

Les Remèdes

Pour la crédibilité de nos institutions, il faut que cet arrêt soit appliqué sans tarder, endéans quelques jours. C'est la seule façon de faire passer cette affaire dans l'oubli. Oui certes, il y aura des situations de rigueur dans l'Armée, qui naîtront de ce verdict. Mais en 1966 nous avons démêlé beaucoup plus de situations similaires, lors de l'abrogation du service militaire obligatoire, alors que toute l'institution militaire était démantelée et en plein tumulte.

Il faut prendre note que les électeurs et le formateur du présent Gouvernement ont déjà mis en application un remède, en sanctionnant l'ancien Ministre qui ne fait plus partie du Gouvernement. Ou est-ce pure coïncidence?

Les remèdes se lisent également dans les livres d'histoire, dont voici un petit pense-bête, que les futurs Ministres de la Défense feraient bien de relire quand ils fomenteront un putsch à l'envers: chaque génération de politiciens semble produire un spécimen qui, une fois nommé Ministre de la Défense, engage son Gouvernement dans un bras de fer avec celui qui est le Chef d'Etat-major: voir Albrecht, Winter, Ries. A chaque fois, le Gouvernement perd! C'est selon Einstein la définition de la folie: "faire la même chose encore et encore en attendant des résultats différents."

Dans le temps, la classe politique avait tendance à encaisser le coup, sa défaite juridique, et de cogiter aussitôt un plan de vengeance. Généralement cela faisait perdurer la crise et se terminait en boomerang pour tous. Faites donc exécuter l'arrêt immédiatement, c'est moins douloureux.

Un Jour de Gloire

Pour les Luxembourgeois, il ya cependant lieu d'être fiers du dénouement et des résultats de ce pitoyable abus de pouvoir pour deux raisons:

1. D'abord il s'agit de tirer notre chapeau au Colonel Ries qui a confronté l'arbitraire d'un Membre du Gouvernement sans fléchir, pour défendre ses droits d'employé et de citoyen vis-à-vis de son Etat-patron. C'est grâce à des hommes et des femmes qui sans peur confrontent l'arbitraire du pouvoir que nous avons la société libre que nous chérissons. C'est la même étincelle, toutes proportions gardées, qui a produit le Kloeppelkrich et la grève de 1941 contre l'arbitraire.

2. Dans un pays exigu comme le Luxembourg beaucoup se demandent à quel point se jouent les ingérences et interférences dans les prises de décision des pouvoirs. Le cas de cet arrêt de la Cour Administrative, nous donne l'occasion de célébrer notre justice qui a démontré son indépendance. Elle a donné SA preuve de la grande maturité démocratique du pays, que l'Exécutif devrait se hâter de respecter et de donner ainsi la sienne. Quelle belle journée!

Wednesday, November 24, 2010

Plainte du liquidateur des actifs Madoff contre UBS entre autres - Yahoo! Actualités

Rappelons que ce ne serait pas étonnant de voir des poursuites contre d’autres participants, complices plus ou moins aveugles, bénéficiaires du crime: avocats, comptables et “autres” consultants. De même que ceux des investisseurs qui ont été bénéficiaires nets de la pyramide, c.à.d. les premiers à réaliser des retraits.

Et cela se jouera à New York, l’endroit rêvé pour une telle frappe tous azimuts.

Wednesday, November 10, 2010

Luxembourg: la tripartite est morte, vive la monopartite!

ou

Je t'aime! Moi non plus!


La tripartite a d'abord implosé au printemps, puis on est parti en vacances d'été, pour revenir en automne et la faire exploser. C'est détonant!


Etait-ce par calcul ou par accident? Une solution à la luxembourgeoise, un peu surréaliste, qui nous sortirait de l'impasse de la tripartite? Toujours est-il que l'explosion a produit deux bipartites, et le Gouvernement était l'artificier.


Dans la bipartite № 1, le Gouvernement règle la question de l'index automatique d'une main de fer. Les syndicats ont consenti à un calendrier "astreignant" des échéances des tranches indiciaires futures. Ce calendrier n'est autre que, à des poussières près, l'échéancier anticipé des tranches payables de toute façon selon le vieux système! C'est donc le statu quo, qui est un mot latin pour dire qu'on n'a rien foutu.


Là-dessus, l'horreur du patronat, feinte ou négociée d'avance, nous vaut la bipartite № 2. Les employeurs, subissant des charges nouvelles, seront compensés par le Gouvernement pour ces charges nouvelles. La main de fer a imposé des coûts nouveaux aux employeurs, que la même main de fer s'empresse à leur rembourser. C'est aussi du statu quo en quelque sorte. C'est le mot latin qui a inspiré le gorille "Mécht-Näischt" dans une satire pleine de prémonition que j'avais publiée le 13 février 2010: "Eis Tripartite déi huet dräi Ecken". (1)


En fins mathématiciens que nous sommes, nous aurons remarqué qu'il y a une absente: la bipartite № 3. En effet tout le monde sait que si l'on fait exploser une tripartite, on obtient des éclats. En ce cas-ci, des bipartites qui mathématiquement sont une combinaison sans répétition des 3 éléments de l'ancienne tripartite pris deux à deux. Pour ceux qui ne me croient pas, un petit calcul factoriel nous donne le nombre de combinaisons possibles "C", pour l'ensemble des 3 éléments de la tripartite "T", pris 2 à 2:

C_2^3=(T_2^(3 ))/2!=3!/((3-2)!∙2!)=3

ce qui est la preuve scientifique irréfutable, mon kabuki personnel exagéré et non nécessaire, pour démontrer qu'il manque une combinaison, donc une 3e bipartite, dans le kabuki économique et social luxembourgeois. Et notre analyse astucieuse nous fait conclure qu'il s'agit de la bipartite employeurs - employés, ou si vous voulez syndicats - patronat. Cette plateforme de dialogue, fondamentale au dialogue et au contrat social, n'est plus nécessaire au Luxembourg semble-t-il, (ni en Chine et à Cuba bien-entendu). Le Gouvernement est en charge.


Le Gouvernement est devenu le "Clearing House", la Chambre de Compensation, le guichet unique, qui dorénavant reçoit et évacue les demandes et protestations des deux autres vétérans de la tripartite, patronat et syndicats. Tout cela en feignant une assurance tranquille, agitant une main de fer bidon et exhibant une confiance naïve que demain on aura la chance de toucher le jackpot, malgré les faiblesses de notre économie unijambiste, c.à.d. que demain, le centre financier continuera à prodiguer ses largesses.


Nous voilà dans un nouvel univers, celui du faire semblant surréaliste, dans lequel le Gouvernement obtient des concessions des partenaires sociaux, parce qu'il compense ces concessions immédiatement. On tourne en rond, car il n'y a pas de pilote dans l'avion. Par contre l'hôtesse de l'air distribue des cacahouètes généreusement. Il est clair qu'il faudra autre chose que des cacahouètes pour poser cet avion en douceur.


Je vous propose ici une autre lecture presciente: "Le Luxembourg et sa tripartite" (2) d'avril 2010. On n'est en effet pas seuls sur cette terre plate selon Thomas Friedman (3). Pour enfin tenir compte de cette réalité, je proposerais bien volontiers un nouveau machin, 3 monopartites, obtenues par une explosion plus fine encore de la tripartite, une atomisation en ses 3 parties. Chacun pour soi fera une introspection, approfondie cette fois-ci, pour se demander combien de temps ce subterfuge de guichet unique pourra tenir, et aussi pour évaluer les dangers que courent les 2 clients du guichet en abandonnant leurs intérêts à la sagesse des guichetiers. Car enfin, ceux-là n'ont jamais manié une pelle ou géré une épicerie, ils sont des élus eternels. Pourront-ils poser cet avion sans être pilotes?


Pour le moment le guichet unique peut régler les problèmes avec des sous, empruntés il est vrai. Mais que fera-t-il si par malheur le tourniquet à sous venait à se bloquer? Emprunter encore, trouver de nouveaux impôts, augmenter les ingérences des guichetiers, rationner, fixer les prix, faire de la monnaie de singe qui paie pour les cacahouètes? Il y a bien plus d'un scénario à imaginer lors de notre introspection. Hélas, un léger mieux est en train de tuer l'imagination.


Un scénario est absolument incontournable: il faut que l'avion se pose en douceur. La part de l'économie luxembourgeoise basée sur les transactions internationales voit ses coûts s'envoler au point de ne plus être compétitive. On voit les résultats depuis belle lurette: Villeroy Boch, RBC/Dexia et DB/Clearstream n'éprouvent aucune gène à se délocaliser, sans vraie urgence et en dépit d'un paquet de cacahouètes obtenu antérieurement des guichetiers.


J'ai le privilège de relater ici une expérience toute récente que j'ai eue en représentant une firme américaine, candidate à une implantation à Luxembourg. Sur 5 ans elle pourrait créer jusqu'à 70 emplois hautement qualifiés, donc payés bien au-delà de la compensation moyenne. Il s'avère que les coûts luxembourgeois dans ce segment de l'emploi dépassent ceux des pays limitrophes d'au moins 35%., ceux des Etats-Unis, l'Euro cher aidant, d'au moins 40%. C'est alarmant! Il n'y a que deux solutions pour cette société: recevoir des subsides du guichet unique, si toutefois tel est le bon plaisir du guichetier, ou bien laisser là les cacahouètes et se faire parachuter ailleurs. Même Arlon peut faire l'affaire!


Le comble de tout cela est qu'à l'autre bout de l'échelle des revenus, il semble qu'environ 15% de la population luxembourgeoise crèchent dans la pauvreté. Ce sont les laissés pour compte qui n'ont que faire du scénario de l'avion. Qu'il s'écrase ou non ne change pas leur destin. Peut-être devraient-ils se délocaliser aussi? Au Cap Vert par exemple, où ils pourraient enfin profiter des largesses des guichetiers luxembourgeois et avoir accès à de l'eau courante.


Les trois monopartites, qui d'ailleurs sont en cours actuellement sur le motif "je t'aime, moi non plus", finiront par devoir trouver des ilots de sagesse et des "pistes" pour l'action. Dans l'éventail des revenus, où commence la misère, où commence l'obscène, que faire pour freiner l'exode des emplois et que faire des 15.000 chômeurs que cela produit? Quels programmes gouvernementaux sont des gâchis et où se trouvent les économies à faire et les nouveaux revenus à miner? (2) Tout en sachant que l'argent de l'Etat, ce sont nos impôts.


Peut-être une dose de bonne vieille solidarité pourrait aider, du genre "Un pour tous et tous pour un" plutôt que le chacun pour soi des 3 monopartistes. Ils sont bien trois, mais sont-ce des mousquetaires? Et y a-t-il un pilote?


(1) http://peckvillchen.blogspot.com/2010/02/eis-tripartite-dei-huet-drai-ecken.html

(2) http://feierwon.blogspot.com/2010/04/le-luxembourg-et-sa-tripartite.html

(3) Thomas Friedman: The World Is Flat, Farrar, Straus $ Giroux Publishers, 2005.

Monday, July 19, 2010

Tour de France: Schleck vs Contador.

L'étape d'aujourd'hui dans les Pyrénées devait être celle qui produirait le vrai leader de ce Tour de France. Elle l'a fait d'une grande manière. Elle a séparé le meilleur du second meilleur, mais elle l'a fait de façon perverse: le meilleur a été relégué au second plan. Un incident mécanique annulait l'attaque d'Andy Schleck au moment de s'envoler. Moment que Contador a utilisé pour faire une différence.

Le jour où le Tour de France fête le 100ème anniversaire de l'inclusion des Pyrénées dans le tracé de la course, Contador saisit l'occasion pour violer la tradition chevaleresque de ce Grand Sport. Il y a eu des batailles mémorables entre grands champions dans le passé. Mais depuis plus de cent ans il ya eu une sorte de code d'honneur, qui interdisait de profiter d'une situation née de la malchance, comme un incident mécanique ou un accident. Contador ne s'est pas comporté en gentilhomme aujourd'hui, mais en profiteur du malheur d'autrui. Peut-être savait-il déjà qu'il ne pourrait pas gagner le Tour autrement. Maintenant, il pourrait gagner le Tour, avec l'arrière goût de l'avoir braconné. Alberto Contador, on ne fait pas ces choses sans conséquences.

Bien sûr, les comportements sournois et les trahisons du code non-écrit ont existé auparavant. Parlant d'un autre incident, et d'un comportement disgracieux dont la victime fut un autre champion luxembourgeois, allons revoir Tour de France 1958. Charly Gaul, qui a été l'un des prétendants sérieux à la victoire finale, avait pratiquement perdu toutes ses chances de gagner le Tour dans la 19ème étape, pendant laquelle il avait un incident mécanique. Raphaël Geminiani (et d'autres) ont profité de l'occasion pour reléguer Charly Gaul à plus de 16 minutes. Deux étapes plus tard, un Charly Gaul en colère a secoué tout ce joli monde dans une terrible 21e étape. Non seulement l'a-t-il fait, il a annoncé qu'il allait le faire sur la ligne de départ. Il finissait par gagner le Tour 58. La presse a dit ce jour-là que Charly Gaul "l'Ange de la Montagne» était devenu «le Démon de la Montagne."

Contador, je te souhaite dans les jours à venir d'être confronté par le véritable chef de file. Prépare-toi de rendre des comptes non pas à "Andy" Schleck, mais à «Angry» Schleck.

Thursday, June 17, 2010

Le Luxembourg et la Pyramide de Madoff

Le Luxembourg et la Pyramide de Madoff
ou
Le pénal tient le civil en "otage


Si je prends la liberté de massacrer le sacro-saint adage que "Le pénal tient le civil en l'état", c'est qu'il risque de prendre les victimes de Madoff à Luxembourg en otage. Il s'agit cependant d'un concept sclérosé, bâti sur une hiérarchisation rigide et bureaucratique de la justice. En plein français, ce slogan mystérieux marmonné à tout bout de champs par les gens de droit, signifie que lorsqu'une affaire entre deux parties est à la fois une affaire civile (réparation d'un préjudice) et aussi une affaire pénale (parce qu'il y a eu crime à la base), le jugement civil doit surseoir à la décision pénale. La victime devra donc patienter que la procédure pénale soit terminée avant d'être compensée.

J'admets que l'adage pourrait être justifié dans le cas où une partie prétendrait à des réparations, en s'appuyant par exemple sur un document, que l'autre partie accuserait d'être un faux, et qui à son tour, pour cette raison porterait plainte pénale. En ce cas de deux plaintes opposées, admettons que le pénal tiendrait le civil en l'état. Mais les dangers d'abus sont évidents. La défense pourrait utiliser la contre-plainte pénale comme manœuvre dilatoire, en évoquant ce vieil adage, pour éviter ou du moins retarder son obligation de réparation.

Cependant, si c'est la victime qui à la fois porte plainte civile et pénale, parce qu'en plus de préjudices il y a eu crime, rien ne devrait empêcher les deux procédures de se développer en parallèle. La victime sinon aura intérêt à renoncer à une plainte pénale pour une compensation plus rapide. Justice cependant, ne serait rendue que partiellement. Les criminels courront. C'est sans doute ce qui se passe pour de nombreuses faillites frauduleuses.

Dans les cours de justice luxembourgeoises, lorsque les défenseurs des causes perdues sont aux abois, ils vont volontiers à la pêche de jurisprudence française et en particulier de ces dictons qui ne requièrent aucun effort de réflexion, comme: "le pénal tient le civil en l'état". Or en France, depuis la loi №2007-291 du 5 mars 2007, il y a eu un changement radical, qui semble être passé inaperçu au Luxembourg. Selon cette loi, le pénal NE tient PLUS le civil en l'état! (1)

Et Madoff dans tout cela? Le Parquet de Luxembourg apprend-on a ouvert une enquête pénale pour faux et usage de faux contre la banque suisse UBS à Luxembourg. En cause serait sa gestion des deux fonds LuxInvest et LuxAlpha pour lesquels elle aurait exercé deux fonctions incompatibles.

Mauvaise nouvelle pour les épargnants dans ces fonds, qui sont donc la partie civile: le pénal tient le civil en l'état! La correction française de 2007 de cet anachronisme aberrant n'a pas encore atteint les études des avocats luxembourgeois, pourtant si friands de jurisprudence d'outre Thionville. En tout cas, à entendre un avocat représentant des victimes de Madoff, qui, au lieu de se mettre dans tous ses états au sujet du pénal qui tiendrait le civil en état, console ses clients en conseillant la patience. Ah, ces honoraires!

Ajoutons une autre pointe d'incongruité. Comme au moment des faits, la responsabilité pénale des personnes morales n'existait pas au Luxembourg, UBS ne pourra pas être tenue responsable pour un crime qui n'était pas, selon la loi luxembourgeoise, un crime en 2008. La loi sur la responsabilité pénale des personnes morales date du 3 mars 2010! C'est à se demander quel est le but d'une telle enquête? A moins de viser des dirigeants d'UBS, elle ne fera que retarder le moment quand justice sera rendue, c.à.d. le dédommagement des victimes.

Même si des dirigeants d'UBS sont visés, il n'y a aucune raison pour que le pénal tienne le civil en l'état! En ce cas, l'affaire civile pourrait se poursuivre et l'enquête pénale en cours aiderait en effet l'argument des victimes et en même temps l'image de marque du Luxembourg. Ce serait un début de barrage contre la future stigmatisation du Luxembourg comme paradis judiciaire, menace réelle que le Luxembourg s'efforce à ignorer.

Au bout de 18 mois après l'éclatement de l'affaire Madoff, il est urgent de se presser un peu. A une récente conférence sur la lutte contre le blanchiment des capitaux, en Floride, j'ai glané par bribes et morceaux les vues des spécialistes sur l'affaire Madoff, les leçons à en tirer, et ce qui compte, les bonnes méthodes de recouvrement des pertes. Commençons par le début:

C'est le 10 décembre 2008, que le monde ébahi découvrit la Mère de Toutes les Pyramides de Ponzi : l’affaire Madoff, une fraude qui a duré une trentaine d'années, et qui portait sur $65 milliards.

Le Luxembourg a vite appris que l'affaire n’était pas limitée à juste un autre déraillement de Wall Street. La méduse Madoff avait avancé ses tentacules bien au-delà, là où l’argent est facile et où le gendarme si possible est endormi à son pupitre. Le Luxembourg a saigné $2.5 milliards dit-on, en général des clients des fonds luxembourgeois Luxalpha et Luxinvest d’UBS et de HSBC. Comment ce Madoff, cet antihéros aux allures de guichetier bénévole d’une bibliothèque de province, a-t-il pu leurrer investisseurs, professionnels et régulateurs avec un tel succès ?

1. Pour les investisseurs individuels, souvent d’ailleurs éloignés d’un ou plusieurs échelons de Madoff, c’est l’histoire éternelle de l’appât du gain. Les victimes avaient tout simplement mis leur esprit critique entre parenthèses en voyant les soi-disant revenus juteux produits de façon continue par Madoff. Ils auraient dû penser à leurs grand-mères pourtant. Je parie que toutes ont dit : » Quand c’est trop beau pour être vrai, ce n’est pas vrai ! » En effet cela sent le piège à sous, si :

• Le promoteur est une sorte de mythe, secret et difficile d'accès, comme Madoff, éminence grise de Wall Street
• Les résultats obtenus n’ont aucun rapport avec les tendances générales des marchés. Hausse ou baisse, Madoff était toujours dans le bon.
• L’explication pour les succès inégalés ne tient pas la route. Sa “split-strike conversion option” était un charabia qui ne pouvait pousser que sur le champ de la dissidence cognitive. Il n’y a pas assez d’options sur terre pour permettre d'obtenir les chiffres de Madoff.
• Le promoteur a un rapport farfelu avec l’argent.

2. Dans le cas de Madoff, les défaillances des intermédiaires professionnels sont plus graves encore. Ceux-là, commis pourtant à une diligence raisonnable, auraient dû s’apercevoir des incohérences, car il y a alerte si :

• Les moyens mis en œuvre ne correspondent nullement aux capacités nécessaires au fonctionnement de la prétendue opération.
• Les employés ne savent pas répondre à des questions sur le fonctionnement de l’opération.
• Toutes les opérations sont strictement cloisonnées.
• Les employés sont sous-qualifiés et surpayés.
• Le diagramme de la société est inutilement complexe et élaboré.
• Personne ne peut voir les livres et l’auditeur externe est un illustre inconnu.

3. Enfin il y a eu les défaillances répétées du gendarme américain, la Securities Exchange Commission ou SEC, endormie elle aussi au volant. Elle a raté de nombreuses occasions d’arrêter le malfrat. Ainsi l'alerte était donnée plusieurs fois au cours des années par Harry Markopolos, un trader new yorkais qui essayait en vain de dupliquer les résultats de Madoff. Madoff a pu continuer en traitant Markopolos de jaloux. Il s‘est finalement dénoncé lui-même, quand son opération, à bout de souffle, manquait de pourvoyeurs de cash. Des fortunes et de nombreuses économies d’une vie ont été perdues.

4. Comment recouvrer les pertes, si cela est possible du tout ? Il va de soi que dans ces cas la vitesse d’exécution est la clef dans n’importe quelle stratégie de récupération employée. Or la vitesse était absente à tous les niveaux. Madoff a même eu le privilège bizarre de gérer encore les derniers tourbillons de son affaire, après son arrestation, depuis son domicile new yorkais ! A Luxembourg, le gendarme somnolait derrière sa barricade de règlements incomplets et de législations évasives.

Les investisseurs, désemparés, tiraillés entre un sentiment d’incrédulité, d’auto-blâme et de rage, ont laborieusement rassemblé leurs forces pour lentement affronter les nombreux obstacles (artificiels ?) juridiques. L'enquête du Parquet pourrait en constituer un nouvel obstacle retardateur. Or il aurait fallu faire vite.

Une pyramide de Ponzi produit généralement un grand nombre de victimes. (2) Une telle masse de victimes demande le déploiement de moyens de masse. Partant de la constatation qu’aucune pyramide n’a jamais fait de profits, la somme des gains de la pyramide est donc zéro. Dans le cas le plus favorable, seulement les montants investis pourront être recouvrés. Il y a trois cibles possibles pour récupérer l’argent perdu :

• Les acteurs principaux, qui sont les fraudeurs, leurs familles et affiliés, avec leurs caches et les biens mal acquis, tels qu' immobilier, yachts, bijoux, objets d ‘art.
• Les facilitateurs, ce monde de professionnels « aveugles » qui ont profité de la manne par le biais de leurs honoraires et commissions, argent de la trahison de l'intérêt public.
• Les "gagnants nets", c.à.d. ceux qui ont effectivement retiré des gains nets de leur "investissement".

C'est donc une vaste entreprise que de démêler ce nœud. La chose la plus facile sera de répertorier les victimes. Mais la tâche sera herculéenne de faire l'inventaire des acteurs principaux, des facilitateurs et des gagnants nets. Ce sera de l'ingénierie à l'envers que d'essayer de localiser les biens et capitaux escamotés. Il faut espérer que les législations en place permettront un "clawback" c.à.d. une récupération des profits, honoraires et commissions payés par Madoff.

L'affaire est évidemment compliquée par le fait que la fraude s'étend sur des juridictions multiples. L'on peut donc objecter que les législations et les règlements en place ne permettent pas cette coordination massive et notamment au Luxembourg où les actions en justice prendront dix longues années selon Luc Frieden, Ministre de la Justice à l'époque.

C'est d'ailleurs sans doute une raison pourquoi la méduse Madoff a trouvé confort et source d'alimentation facile à Luxembourg et dans quelques autres centres financiers. Il n'est pas étonnant que des départements gouvernementaux luxembourgeois se retrouvent comme cibles des parties lésées qui se retournent contre l'Etat luxembourgeois et ses institutions, présumant que des fautes graves se sont produites dans la surveillance incombant au Gouvernement et présumant qu'un pays riche représente une meilleure chance de récupérer des pertes plutôt qu'un escroc en faillite et en prison. Le Luxembourg se passerait bien de cette affaire là, qui a le potentiel d'une bombe à retardement. Il peut aussi se passer des théories de conspiration qui infailliblement mettront en cause une enquête pénale luxembourgeoise, qui servirait à mettre le civil en l'état.

Permettez-moi d'opposer à cet adage caduc un autre, plus poignant, puisé parmi le réservoir de dictons américains: "Justice delayed is justice denied" ce qui veut dire que "Justice différée est justice refusée". Depuis notre enfance, notre instinct de justice nous dit: c'est bien vrai çà!

egidethein.blogspot.com

(1) Le pénal ne tient plus le civil en l'état
Les Echos n° 19902 du 19 Avril 2007 • page 13
http://archives.lesechos.fr/archives/2007/LesEchos/19902-64-ECH.htm
(2) J’ai vu au Luxembourg cependant un cas rare de pyramide de Ponzi « tronquée » à levier, qui n’a produit qu’une victime, mais beaucoup d’intervenants.