Monday, November 2, 2009

La Suisse, troisième oasis d’opacité financière au monde


Le journal Suisse "Le Temps" a publié un article au sujet de la liste des paradis fiscaux du Tax Justice Network, TJN, dans laquelle la Suisse est classée troisième. L'analyse succincte arrive aux conclusions que la Suisse doit sortir de son attitude défensive et devenir proactive, revoir sa politique fiscale étrangère et revoir les combines fiscales des multinationales.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/29a67340-c72f-11de-a01e-216a63beb003/La_Suisse_troisième_oasis_dopacité_financière_au_monde

C'est d'une étonnante franchise!

Egide Thein


Sunday, November 1, 2009

Le Delaware bat la Suisse dans le Classement des Places Financières les plus Secrètes - ABC News.


http://abcnews.go.com/Business/WireStory?id=8966099&page=1

Le Delaware est numéro un. La Suisse est numéro trois! Le Luxembourg est numéro deux, mais arrive à ne pas faire le gros titre. Bien que le numéro trois, la Suisse y arrive. Vraiment personne ne veut de cette gloire là. Le Luxembourg a magnifiquement démontré son grand art du camouflage. Fais gaffe, Delaware! L'invisible est juste derrière toi!

L'article d'ABC News est basé sur les éléments suivants:

http://www.financialsecrecyindex.com/2009results.html

Vous voyez, méfiez-vous au Delaware, le Luxembourg vous talonne. Voici un pari: L'année prochaine, le Luxembourg deviendra le numéro un. Ce n'est pas un secret pour quelle raison cela se passera: ce sera la conséquence du "Incorporation Transparency and Law Enforcement Assistance Act (S. 5926)." qui est sur la table du Sénat américain. Il dégonflera instantanément et en permanence le secret bancaire du Delaware.

Si vous vous mettez à rêver d'un super siphon qui sucerait tous ces orphelins du secret bancaire du Delaware vers le Luxembourg, sachez que le Luxembourg figure toujours dans d'autres projets, tel que le "Stop Tax Haven Abuse Act S.506" avec des sanctions pour les utilisateurs de ce paradis fiscal, malgré notre tour de passe-passe sur les listes grises de l'OCDE, et il y a autre chose.

Il ya également quelques toutes petites modifications à diverses dispositions du code fiscal des États-Unis ciblant les paradis fiscaux. Elles ne sont pas encore très visibles, mais incisives à la fois pour les paradis offshore et US.

Cela fera aussi que le Luxembourg sera instantanément le numéro un sur la liste TJN, et la cible principale pour tous les tireurs de précision dans le monde qui tirent sur les paradis fiscaux. Nous parlons de nombreux, de très nombreux tireurs.

Egide Thein

Friday, October 9, 2009

Luxembourg, l'Irlande, le Québec, les Iles Caïmans et le Budget 2010.


"Nous n'avons pas hérité le monde de nos parents, nous l'avons emprunté de nos enfants".


Proverbe de la Nation Indienne Haida, Nord-Ouest Canadien


Le vote irlandais

Les Irlandais, qui avaient voté "Non" avec leurs tripes l'année passée, ont maintenant voté "Oui" avec leur porte-monnaie. La Constitution Européenne, pardon pour le vilain mot, le Traité de Lisbonne, est finalement adopté. Oh, il reste quelques détails à régler dans les Marches de l'Empire, à Prague et à Varsovie. Des formalités. Quelle belle leçon de persévérance et quel encouragement pour nos amis Québécois, ce vote irlandais. Il démontre qu'il suffit de voter et de voter encore jusqu'à ce qu'on obtienne le "Oui". Si vous le voulez vraiment, vous l'aurez votre Québec Libre.

Saint Willibrord

Au Luxembourg, dans toutes le paroisses, c'est le soulagement. C'est qu'il y en a qui ont prié au grand Saint Willibrord, qui venant de l'Irlande il y a quatorze siècles, s'est décarcassé pour apporter la bonne parole à nos aïeuls païens. Ils ont tous été entendus, pas les païens d'antan, mais nos contemporains: l'Eternel Candidat à l'Europe, ses Dauphins et tout ce qui grouille et grenouille dans leur sillage.

Croyez-vous détecter comme qui dirait un suintement de désapprobation dans mes paroles? Eh bien oui, même si je suis content que St Willibrord ait encore une fois mis la main à la pâte, je n'aime pas sa façon epternacienne de deux pas en avant, un pas en arrière en matière européenne. Viennent à l'esprit deux cafouillages qui font que les Maîtres à Penser de l'Europe ne méritent pas les compliments qu'ils se font. Il y a d'abord cette "Constitution", ravalée au simple statut de Traité de Lisbonne, geste pudique pour cacher la peur qu'ils ont eue de leur propre courage. Un demi siècle après le Traité de Rome, l'Europe, indécise et désorientée, ne sait toujours pas quel est le but final de son intégration. Il y a ensuite le recours au référendum dans beaucoup de pays membres pour ratifier un document par le grand public qui était écrit par des experts pour des experts. Ils ont produit une liste monstre de règles et de leurs interminables exceptions. Les peuples, qui n'ont pas lu le traité, ont fini par voter sur des impressions, et de façon mitigée.

Le 18:21h pour Bruxelles

Maintenant que ce train pour l'Europe quitte la gare, quel lien y a-t-il avec le budget national pour 2010? C'est que l'Eternel Candidat pour l'Europe, pourrait enfin obtenir son "oui", tout comme l'Irlande ou le Québec. Il a pourtant été plébiscité par les Luxembourgeois lors des élections de juin pour être le sheriff qui garderait leurs richesses. Mais le voilà qui risque de chevaucher vers le soleil couchant, dans les plaines du Far West bruxellois, nous laissant en plein désarroi, avec un budget en déficit de €2,2 milliards et une dette de €7 milliards.

Eh bien tant pis alors, on va se débrouiller sans lui, car, comme disait Jefferson, dès qu'un homme a jeté un regard languissant vers une haute fonction, une dégradation commence dans sa conduite. De nos jours, les capitaines ne coulent plus avec leurs bateaux.

Comme orphelins, il nous est difficile de dire si on est dans le bon, sans timonier, et je propose qu'on analyse les problèmes qui nous sont laissés, dans un laboratoire extérieur: les Iles Caïmans. C'est plus facile que de s'ausculter soi-même.

Le malaise luxembourgeois au labo

Les Iles Caïmans, 57.000 habitants, souffrent des mêmes symptômes que le Luxembourg. Le budget des recettes a été projeté à $800 millions. Il se compose à 50% de revenus de la place financière, que le Président Obama a d'ailleurs citée en exemple de paradis fiscal avec en particulier une adresse, Ugland House à George Town, Grand Cayman, abritant quelque 19.000 sociétés "boîte postale". Le solde des recettes budgétaires, 50%, proviennent de l'impôt sur les importations. Il n'y a pas d'autre impôt perçu dans la juridiction, ni sur les ventes, ni sur les salaires. La manne provenant de décennies de recettes du secteur financier a créé des habitudes qui ont entouré le Gouvernement, les sociétés financières, et la population de la fausse certitude que le paradis éternel existe sur Terre. Et voilà que se produit un cataclysme pire qu'un ouragan estival: les recettes viennent à manquer. Le déficit budgétaire sera de l'ordre de $100 millions. Pour combler le trou, difficile de le faire par le biais d'économies: des programmes dispendieux ont créé des dépenses fixes, une classe de fonctionnaires en surnombre, richement compensée, et une population en roue libre sur des transferts sociaux et qui opposent ce que le New York Times a appelé "une hérésie" dans ces îles: créer de nouveaux impôts. Londres, qui exerce encore une tutelle sur le territoire, veut voir de l'action, que le Gouvernement Caïman voudrait escamoter en attendant on ne sait quel miracle.

Il est vrai que les choix sont limités. Augmenter les impôts sur les sociétés fera fuir les presque 10.000 hedge funds et les locataires d'Ugland House vers d'autres cieux, illico. Rien ne se déménage aussi facilement qu'une société financière, surtout celles de la catégorie "boite postale". Avec elles s'en iraient quelques milliers d'expatriés, Canadiens, Américains et Européens qui aident à faire fonctionner la machine. Donc 50% du budget des recettes sont à risque, et avec le déclin des activités financières, les importations et l'impôt sur les importations, source des autres 50% de recettes budgétaires, déclineront aussi. Il ne reste que la restreinte budgétaire et l'introduction d'un impôt sur le revenu et sur les ventes pour contrecarrer cette réaction en chaine. Comme il n'y a pas de bon choix, le moins mauvais est celui-là: économiser plus et dépenser moins. Une population habituée à une opulence jalousée par le reste du monde doit tout d'un coup serrer la ceinture.

Le diagnostic de malaise passager est exagéré dans le mauvais sens

Avec un budget annuel de $800 millions, le laboratoire Caïman est une maquette à l'échelle 1:22 du Luxembourg qui a un budget de $17,6 milliards. Le déficit budgétaire de l'un est de 12,5% de l'autre de 22%. Notre fièvre est donc plus élevée encore que la leur. Vous n'avez pas manqué de vous en apercevoir: les symptômes luxembourgeois ressemblent furieusement à ceux des Iles Caïmans. Sachant cela, notamment que le long fleuve tranquille d'argent facile du centre financier pourrait se réduire à un petit pipi, ce que les docteurs luxembourgeois prescrivent dans leur projet de budget, a sa logique propre et étrange. Vous et moi, nous avons une autre logique. Nous n'avons jamais pensé à celle-là:

· Si l'argent vient à vous manquer, dépensez plus! Le budget des dépenses est en augmentation de 5,71%, mais celui des recettes est en régression de - 8,71%. Il n'y a que les matelots ivres sur la Reeperbahn qui font pareil. Ils appellent cela des dépenses anticycliques, sous savez, quand on est dans le creux de la vague....

· A ce train on en arrive à un trou de €7 milliards, c.à.d. €14.000 par tète d'habitant ou €56.000 par famille de quatre. Si la nouba continue, on arrivera sans doute aux €12,5 milliards que quelqu'un d'imprudent avait osé avancer après les négociations de la nouvelle coalition. Cela ferait €24.000 par habitant ou €96.000 par famille de quatre. Oui, vrai, il y a les banques. Même celles qui resteront, ne payeront plus la manne des années de vaches grasses.

· On ne va pas augmenter les impôts. Ouf, ce serait anti-anticyclique!

· On ne va pas diminuer les impôts non plus. Ah bon, quelle logique ? L'Etat dépense l'argent qu'il n'a pas, et il n'augmente pas les impôts. Pourquoi il n'arrêterait pas plutôt de dépenser l'argent qu'il n'a pas et réduirait les impôts, surtout pour les PME. Les PME souffleraient, et comme toujours seraient les premières et les seules à embaucher quelques uns des milliers de chômeurs.

· On vous dira que c'est un budget anticrise pour soutenir l'économie. Pour le petit Luxembourg, dont les heurs et malheurs économiques dépendent de la bonne santé des économies voisines, cela est une prétention qui ignore la relativité de sa taille. Vous vous rappelez des petites histoires absurdes sur l'éléphant et la souris: les deux traversent le désert et la souris dit: "Jumbo, regarde derrière nous, la poussière que nous soulevons." Quel effet de stimulation pourrions nous avoir sur une économie tournée sur l'extérieur et où le secteur financier, neutre au stimulus, représente 40%?

· On vous dira qu'il faut maintenir le pouvoir d'achat à un niveau élevé. On décidera donc par un vote qu'on est toujours riches. Tous les matelots sont d'accord. On ne va quand même pas mettre les vaches sacrées au régime pendant les années de vaches maigres!

St Willibrord, expliquez nous la pari de Pascal

En conclusion, on nous présente un choix politique qui est la décision de ne rien décider pour confronter les risques. Fermer les yeux est une stratégie de défense amusante: on ne voit pas la baffe arriver.

Un fol espoir est à la base de cette pensée: que la crise que nous vivons est passagère. On dépensera donc €1 à 2 milliards, qu'on aurait pu économiser tout aussi bien. Ne vaut-il pas mieux de se tromper du côté de la prudence? Alors que d'aucuns voient les premiers signes de reprise, il y a des gros nuages noirs à l'horizon. En effet, il y a toujours l'incertitude sur certains produits financiers, l'immobilier commercial, les grands prêts à l'industrie, les hedge funds, les cartes de crédit, les effets de faillites en chaine et les engagements croisés entre les produits financiers. Aux Etats Unis, la Federal Deposit Insurance Corporation, FDIC, qui assure les dépôts des clients des banques est intervenue dans près de 100 faillites bancaires cette année. Sa "watchlist" ou liste des mauvaises banques, approche les 500. Le fameux professeur Nouriel Roubini de la New York University School of Business prédit une reprise anémique avec un risque d'un double plongeon qui suivrait celui de 2008-2009. Il prévient aussi que la reprise boursière est trop forte, trop rapide et trop tôt.

On dit que nous n'avons pas hérité le monde de nos parents, mais que nous l'avons emprunté de nos enfants. Nous leur avons aussi emprunté €7 milliards. Le pari de Pascal transposé ici aurait été sur la probabilité que le pire est devant nous, que le danger de double plongeon existe et qu'il faut faire l'économie de nos moyens maintenant pour en disposer si jamais l'apocalypse se présente. C'est un pari gagnant dans tous les cas: si elle arrive, on sera plus forts, si l'apocalypse n'existe pas, nous aurons fait des économies et en sus on était dans le bon avec les critères européens sur les dépassements budgétaires. La règle de jeu applicable aux grands, qu'il faut stimuler, ne s'applique pas également aux petits.

Retour à la politique: où êtes-vous, jeunesses chrétiennes, démocratiques et socialistes? Ne pourriez vous pas jouer à l'ultime réservoir de la raison? Rappelez ces vieux matelots à l'ordre, ou ce sera vous qui, à l'heure de l'addition, ferez la vaisselle.

Egide Thein

egidethein.blogspot.com

peckvillchen.blogspot.com


Sunday, September 20, 2009

Luxembourg, Pittsburgh et Bonus : Il nous faut des règles

Une tribune signée par les ministres des Finances des membres européens du G20, du président du Conseil de l’UE et du président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker a été publiée le 04 Septembre 2009.

http://www.europaforum.public.lu/fr/actualites/2009/09/tribune-g20/index.html

Cette lettre aurait pu être signée par les sept nains

Cette lettre laisse perplexe, car on n’apprend rien de concret sur ces règles et en fait le language est tellement incolore, qu’il pourrait très bien servir, avec peu de changements, pour se lamenter des lenteurs du tram, du manque de vaccins pour cueilleurs de prunes ou pour s’élever contre les agissements de la belle-mère de Blanche Neige et exiger la création de règles de conduite pour belle-mères. C’est une belle lettre modèle pour le Petit Guide de la Secrétaire Parfaite.

Essayons de l’utiliser â cette fin : voici une parodie du chapitre d’introduction d’un grand quotidien luxembourgeois. Remplaçons les quelques rares désignations concrètes et noms par les noms de l’intrigue des frères Grimm, Blanche Neige. Lehman Brothers = belle mère, finances = mines de diamants de Walt Disney où les sept nains travaillent à des cadences infernales.

« Dans le cadre de la réunion des ministres des finances du G20 qui se tient ce vendredi, samedi et dimanche à Londres, les sept nains ont signé une lettre ouverte qui appelle à l'encadrement au plus vite des rémunérations variables (dit Bonus) dans le secteur minier exploité par Walt Disney. »

Amusant n’est-ce pas ? Surtout en imaginant les signatures: Timide, Prof, Grincheux, Atchoum, Simplet, Joyeux, Dormeur.

Cette lettre est bien inutile parce qu’elle ne dit rien de positif sur les signataires, leurs actions ou leurs solutions.

La lettre fait miroiter un consensus entre sept personnes qui ne sont d’accord sur rien

· Les signataires n’ont rien fait pour avoir des règles en place depuis l’effondrement de Lehman Brothers il y a un an. Pourquoi publier une telle lettre, qui doit soulever des questions sur le manque d’initiative, la compétence et le courage des signataires et aussi des autres acteurs? Il n’a fallu que quelques jours aux Sauveurs du Monde pour dépenser $5.000 milliards. Mais en 365 jours, ils n’étaient pas capables de faire une seule règle. Donc ils s’adressent des lettres entre eux. La montagne n’a pas accouché de la moindre souris.
· Avez-vous remarqué que l’anglais n’a pas signé cette lettre ? Il est vrai qu’il n’y a que sept nains. Avec lui, cela aurait fait huit. Il aurait pu signer comme Picsou au moins.
· Il est vrai qu’il y a aussi une lettre concurrente des Trois Mousquetaires, Brown, Merkel, Sarkozy, ce qui comprend un anglais. C’est un autre modèle pour le Petit Guide de la Parfaite Secrétaire. Si je comprends bien, le nombre potentiel de lettres de cette sorte est une permutation de tous les acteurs financiers dans le monde pris 2 par 2.
· Sauf aux Etats Unis, où quelques têtes sont tombées, il n’y a pas eu beaucoup de sanctions non plus. La plupart des copains sont toujours en place en Europe, même après leurs performances désastreuses.
· Les sept signataires exhibent une schizophrénie bien diplomatique en se référant à la réunion du G20 d’avril 2009 : ils se cantonnent dans le rayon limité des bonus et passent sous silence l’évasion fiscale qui pourtant dominait cette réunion. Et passent plus encore sous silence le blanchiment ou la corruption. Pourtant ces sujets étaient présents dans les esprits des signataires, et ils s’en accusent mutuellement, par la presse interposée. Mais ils ont choisi le sujet facile, le bouc émissaire que tout le monde aime à haïr ces jours-ci : le banquier indélicat et grippe-sous.
· L’histoire ne dit rien du bonus que mériterait ce Superman, qui peut-être n’aurait pas fait de bénéfice, mais qui aurait sauvé Lehamn Brothers, Landsbanki et Kaupthing. Il aurait mérité un bonus impayable, malgré l’absence de profits !
· Elle ne dit pas non plus comment compenser Gaston Ghrenassia, ou au moins déflecter son impact négatif et le faire taire. Ce silence serait impayable aussi, si cela pouvait être fait. Comment, vous ne connaissez pas Gaston ? Non, il n’a rien à voir avec Walt Disney, mais il est une célébrité du showbiz quand-même. Il s’agit du vrai nom d’Enrico Macias, qui paraît-il a perdu 20 millions d’euros dans une banque islandaise à Luxembourg. Tout produit cherche une célébrité pour promouvoir son message. Enrico va-t-il chanter les avantages du centre financier de Luxembourg ?

A Pittsburgh, le Luxembourg pourra donner le fier exemple

Les sept signataires donnent seulement l’impression d’être d’accord sur une chose : les bonus. Ils risquent finalement de diverger entre eux et aussi avec les Etats Unis. Reste que le Luxembourg pourra donner l’exemple. Car finalement faut-il le rappeler que le Gouvernement luxembourgeois, depuis des années, paye des bonus controversés à certains de ses fonctionnaires. Il peut donc montrer l’exemple en revoyant sa politique.

Les bonus sont les compensations que quelques rares fonctionnaires, sélectionnés et en grâce partisane, accumulent comme représentants du gouvernement dans divers Conseils d’Administration de banques et de sociétés. Le conflit éthique évident est rapidement classé par l’argument que ces individus sont tellement qualifiés, que sans cet avantage supplémentaire, ils quitteraient leurs emplois pour le secteur civil… Plus maintenant, car les bonus dans le civil seront limités, si je comprends bien la lettre dont nous parlons.

Voilà donc une proposition concrète pour en faire de même pour ces fonctionnaires, au risque de sonner aussi « populiste » que la lettre en question. Je recommande que l’on limite ces compensations en exigeant que 90% soient automatiquement à céder à une œuvre charitable telle que la Fondation Prince Henri – Princesse Maria Teresa qui supporte les causes des personnes handicapées. De cette sorte la générosité gouvernementale s’étendrait aux plus défavorisés parmi nous. A partir de là, toute critique serait sans objet.

Les 10% restants collectés par ces fonctionnaires semblent en effet représenter une prime justifiable pour des prestations qui somme toute viennent avec la fonction et sont fournies pendant les heures normales de travail. Ce sera aussi plus facile de désigner de temps en temps, pour raison de diversité, d’autres fonctionnaires méritants comme administrateurs: un instituteur, un douanier, un policier un magistrat par exemple. Tout ce qu’il faut pour fonctionner dans un tel Conseil d’Administration est une tête bien pensante, pas une affiliation politique.

Finalement, faut-il rappeler qui fait les lois et les règles? Celles-là seraient plus utiles qu’une lettre avec sept signatures.

Egide Thein
egidethein.blogspot.com

Tuesday, September 8, 2009

Tax Justice Network: TJN letter to the Pittsburgh G-20 summit

Tax Justice Network: TJN letter to the Pittsburgh G-20 summit

Voici confirmation par TJN de ce que dit mon dernier post d'aujourd'hui:

Luxembourg : Une leçon de démocratie qui sauvera la démocratie.

Egide Thein

Luxembourg : Une leçon de démocratie qui sauvera la démocratie.

"It is the mark of an educated mind to be able to entertain a thought without accepting it." Aristotle

Il y a dans le monde des multitudes d’organisations appelées « non-gouvernementales » ou ONG, toutes actives et plus ou moins militantes pour des causes diverses. Parmi elles il y a deux principales qui militent pour la propreté du système financier international. « Transparency International » (TI) lutte contre la corruption dans le monde, alors que « Tax Justice Network » (TJN) pourfend les réseaux de l’évasion fiscale. Généralement, ce n’est pas très bon d’apparaître sur leurs écrans radar. Mais généralement aussi, quand le Luxembourg fait surface dans leurs publications, c’est en compagnie d’autres pays, parmi des statistiques, ce qui noie le poisson au moins un petit peu.

L’autre jour cependant le Luxembourg a eu les honneurs d’être mis à nu tout seul par TJN pour autre chose qu’une banale histoire d’évasion fiscale: pour un déficit démocratique! (1)

Harakiri des ONG luxembourgeoises, ou Galilée revisité

L’histoire veut qu’une association regroupant les ONG luxembourgeoises (2) ait fait une étude au sujet de l’argent de la corruption qui appauvrirait le « monde en voie de développement » pour venir se cacher au Luxembourg. Les forces vives de la place financière, outragées par pareil sacrilège (pas la corruption, mais l’allégation que cet argent se retrouverait au Luxembourg) ont neutralisé ces mauvaises langues avec un tir de barrage avant de les entrainer, coupables à priori, devant les instances gouvernementales qui leur accordent les subsides pour fonctionner et pour accomplir leurs missions, surtout d’aide au tiers monde.

Ces galiléens par qui le scandale était arrivé, se sont vus admonestés, puis menacés de se voir retirer leur havresac plein de subsides. Ils ont battu leur coulpe, jurant qu’ils ne le feraient plus tant que le Soleil tourne autour de la Terre. Ils ont dû escamoter leur étude qui a disparu d’à peu près tous les sites sur l’internet.

Je les encourage cependant à tenir tête et à insister sur le bien-fondé de leur étude au nom de la vérité, au nom du droit à la libre expression et pour souligner l’arbitraire dont ils ont été la cible au défi de tout principe démocratique. Leurs donateurs privés sont certainement solidaires avec eux. Je leur dis : « N’ayez pas peur que ce havresac magique des subsides vous soit confisqué. Sans vous, le Luxembourg n’a pas les moyens d’exécuter ses programmes d’aide ambitieux, pour lesquels il serait d’ailleurs champion du monde toutes catégories, s’il n’y avait pas ces zélés de Suédois qui nous devancent. » En fait, pour maintenir sa position tellement briguée dans le peloton de tête des pays donateurs, sans les ONG, le Gouvernement luxembourgeois devrait envoyer ses chèques directement aux potentats et autres démocrates suspects dans le tiers monde. Ceux- là mêmes qui si souvent ont tellement bien réussi à rester ce qu’ils sont: des preneurs d’otages de leurs peuples et de pays entiers et qui ne cessent d’être des pays en voie de développement, éternellement. Nul doute que beaucoup de ces Messieurs (les femmes sont rares dans ce business) prendraient ces chèques luxembourgeois pour les retourner et les déposer à Luxembourg, ou en Suisse, ou ailleurs. C’est précisément ce que le Luxembourg et les autres donateurs veulent éviter grâce à l’entremise de ces ONG dévouées, désintéressées et vigilantes sur le terrain.


L’argent de la corruption dans le monde

Quant au fond de cette étude incriminée, il y a peu de chose à réfuter en ce qui concerne les principes:

1. Le fait frustrant est que quelques douzaines de pays en voie de développement, malgré des milliards en aides, ne se sont pas développés comme espéré. C’est une indication que ces milliards ont été en partie dilapidés, voire volés par les systèmes et cliques politiques en place, pour les planquer dans une juridiction qui garantit confidentialité et sécurité. Les exemples historiques ne manquent pas. Sans parler d’autres pratiques peu généreuses qui heurtent le développement, comme le « transfer pricing », édifices fiscaux des multinationales qui souvent minimisent artificiellement leur dette fiscale dans les pays en développement.

2. Le Fonds Monétaire International estime le total de l’argent blanchi mondialement à $800- $2.000 milliards par an. Excusez du manque de précision. Ce n’est que le FMI qui estime. Cela montre en tous cas la difficulté de mesurer l’impact global de ces activités opaques.

3. Transparency International et Kroll estiment la corruption internationale, sur contrats uniquement, à $500 milliards annuellement minimum, soit à 10% des contrats passés. (3)

Il n’y aurait pas d’argent de la corruption à Luxembourg ?

Considérant ces faits et chiffres, il est statistiquement plausible d’estimer que cet argent sale se retrouve proportionnellement réparti, au pro rata des dépôts, dans les centres financiers du monde. Un peu plus d’ailleurs dans les centres qui n’attrapent jamais personne. Les mauvais garçons apprennent vite.

Voilà une bonne question de quiz radiophonique : Qui est le plus grand blanchisseur d’argent sur Terre dès lors ? Réponse, un peu plus loin.

La réponse est simple à calculer. Ernst & Young estime le total des dépôts dans les banques privées du monde à plus de $15.500 milliards. Il suffit d’estimer le pourcentage détenu par les institutions luxembourgeoises, disons 10% pour faciliter les calculs, ce qui est proche de la réalité, surtout en considérant d’autres formes de dépôts. Il ya grand risque qu’on y trouve donc aussi 10% de l’argent de la corruption (ou $50 milliards) et 10% de l’argent du blanchiment mondial (soit $80 -$200 milliards). Excusez du manque de précision. Je ne suis qu’un particulier qui estime. Mais un particulier qui sait que ce n’est pas impossible.

Constatant ces réalités, il semblerait alors que la Conférence des ONG n’ait commis que le seul crime de lèse-dragon des casemates, gardien du qu’en dira-t-on du centre financier: celui d’avoir estimé un montant de l’argent de la corruption qui se trouverait au Luxembourg, mais que d’autres estiment incorrect. Excusez-les du manque de précision. Ce n’est que les ONG et les autres qui estiment différemment.

Aussi selon Ernst & Young seulement 2% de l’argent sale serait détecté et confisqué. Donc, nous ne savons rien sur 98% du problème. Je ne sais pas non plus si le Luxembourg confisque sa part des 2%, soit $2,6 à $6,6 milliards par an. Je le souhaite. Cela aiderait pour couvrir les déficits budgétaires.

Pour consoler, retour à notre quiz. Si l’on considère les sommes d’argent aux divers stades du blanchiment de par le monde, dont un total de 98% ne sont jamais détectées, la Réserve Fédérale des Etats-Unis est forcément l’institution qui voit le plus d’argent blanchi sans jamais le détecter, étant donné que le cash utilisé mondialement pour payer le crime est le plus souvent le dollar américain. Voilà le bonus de la journée pour se sentir déjà moins coupable à Luxembourg.

Les conséquences pour le Luxembourg

Avec une telle accusation contre la Réserve Fédérale, nous pouvons laisser tranquilles les gens bien intentionnés du Cercle des ONG. Ils ont raison malgré tout au sujet de la grande lessiveuse: Et pourtant elle tourne !

Les rabrouer devant les yeux de tout le monde alors qu’en âme et conscience ils ont tiré une sonnette d’alarme à propos de ce qu’ils témoignent tous les jours, ce n’est certainement pas une leçon de démocratie. Ni chez nous, ni chez les Présidents à vie de toutes les couleurs, de A comme Afghanistan à Z comme Zimbabwe, qui sentent ainsi leurs kleptocraties indirectement confortées et protégées par le Luxembourg. Qui, à son tour, pour faire taire les gêneurs, s’inspire sans doute de leurs méthodes « en voie de développement » peu démocratiques. Ce n’est pas luxembourgeois.

La contre-offensive luxembourgeoise ne peut plus attendre

Dans l’intérêt des principes démocratiques, faisons tous demi-tour, car l’initiative des ONG a au moins dévoilé une incroyable opportunité. Si je comprends bien, d’aucuns diront que mes développements ci-dessus fourmilleraient d’erreurs. Si par impossible ils avaient raison, tout porterait à croire qu’il n’y a pas d’argent de la corruption à Luxembourg. Le Luxembourg officiel, place financière et Gouvernement confondus, ont protesté en effet les allégations des ONG, qui elles semblent avoir reconnu leur flagrante erreur et se sont rétractées.

Pour le Luxembourg, vierge de la sorte de tout argent de la corruption, c’est le moment d’attaquer ceux qui nous ont fait des misères pendant tout l’été à cause de quelques maigres comptes de l’évasion fiscale. Car ce sont eux, anciens colonisateurs, Londres, Paris, Francfort, New York et autres G20 qui maintiennent les régimes de pantins dans leurs anciennes colonies. Et pour sûr, ils doivent cacher les comptes inavouables des corrompus qu’ils supportent. C’est le moment pour le Luxembourg de remuer ciel et Terre, tant que le Soleil tourne autour d’elle, à l’ONU, à l’OCDE et à Bruxelles pour combattre ces exécrables paradis de la compromission. Le Luxembourg, champion de la démocratie sur Terre! Quelle belle revanche pour le paradis fiscal qu’on était jadis!

Egide Thein
egidethein.blogspot.com

(1) http://taxjustice.blogspot.com/2009/09/luxembourg-tax-haven-attacks-its-own.html
(2) Cercle de Coopération des ONG de Développement au Luxembourg a.s.b.l.
(3) http://www.allbusiness.com/crime-law/crime-prevention-financial/12369951-1.html

Sunday, August 30, 2009

Le Luxembourg et les deux guerres de la Suisse (pour le moment)

Cet article et surtout le lien au journal suisse sont des lectures obligatoires pour tous ceux qui pensaient que la paix aurait éclaté avec la signature de 12 bouts de papier, autrement connus comme standard OCDE sur la double imposition. Le lien est une nouvelle de l’AFP reprise par le quotidien Suisse « Le Matin » :

http://www.lematin.ch/flash-info/monde/fraude-france-dispose-liste-3000-comptes-suspects-suisse

Eh, oui, l’encre sur le chiffon franco-suisse sur la double imposition n’est pas encore sèche, que le coq gaulois gratte dans tout ce qui gribouille du côté des paradis fiscaux. Il a trois mille noms de clients français dans des banques suisses, mais ne dit pas lesquels. Tous les enfants de la patrie-ie-euh qui ont une cachette en Suisse, sont invités à aller se dénoncer à la « cellule de régularisation ». Celle-ci fermera ses portes le 31 décembre 2009. Viendra alors l’examen fiscal. Bien sûr, les 3.000 noms ne seront pas rendus publics. Ceux qui savent qu’ils cachent quelque chose en Suisse, ne savent pas si les inspecteurs des impôts français savent. Dès lors, se dénoncer ou ne pas se dénoncer, c’est la question. La réponse est bien française : quitte ou double.

Pour tous les défenseurs du secret bancaire il y a bien sûr 2 questions immédiates.

1. Comment les autorités françaises ont-elles obtenu ces noms ? Réponses officielles:
a. C’est le fruit d’une longue enquête fiscale
b. Deux établissements financiers ont communiqué leurs noms « spontanément »
c. Par des informateurs non anonymes et non rémunérés.

Le secret bancaire a donc été mis en échec par trois méthodes différentes au moins, la première étant sans doute un amalgame de coopération avec les services de renseignement qui ont « rémunéré un anonyme » ou tout simplement intercepté électroniquemen des communications de toute sorte. Ahurissant n’est-ce pas et intéressant à la fois. Personne en Suisse, au Luxembourg, en Autriche ou dans les îles ne sait ce que savent les services de toutes sortes de par le monde, prêts à agir. Cela s’appelle du renseignement « actionnable ».

2. Comment peut-on garantir le secret bancaire dans ces conditions? Simplement, on ne peut pas. Pourquoi le défendre dès lors ? Vaut-il vraiment la peine de défendre l’indéfendable et qui en plus ne tient pas sa promesse de confidentialité absolue? Comment peut-on jamais compenser le client étranger, pris dans les mailles du filet? Ne faut-il pas se méfier d’un client qui viendrait quand-même tenter le diable ? Il a probablement plus à cacher qu’il n’en dira. Et que faire des établissements qui violent le secret bancaire « spontanément » ?

Il est intéressant aussi de réaliser combien les nouvelles de demain annoncées sur feierwon.blogspot.com depuis quelques semaines, ont tendance à se réaliser ces jours-ci. Relisons ces vieilles nouvelles de demain car elles sont toutes fraîches.

Egide Thein