Friday, December 5, 2014

La frite belge déclarée au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco


La Floride, frite par le soleil. Photo Phrite Pictures.






















La frite belge déclarée au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco

La moule et la frite sont les deux mamelles de la Belgique

Le Feierwon a élu de faire front avec nos amis belges pour faire reconnaître la frite, ce monument de l’aventure humaine, comme patrimoine de l’UNESCO. Ce sera l’aboutissement d’une longue démarche, initiée d’abord par d’innombrables gouvernements présidés par Wilfrite Martens, une fois, avec la bénédiction de Godfrite Danneels, Cardinal éméfrite.

Le nom de la frite vient de la mythologie grecque où Adophrite est la Déesse de la Dyslexie et de l’Amour, sans doute pense-t-on pour souligner ses propriétés aphrodisiaques. La frite a connu une heure de gloire lors de l’exposition mondiale Expo58, qui offrait aux visiteurs un grand Friterium.

La Belgique, déchirée à ses moments entre Flamands et Wallons peut compter sur une belle solidarité nationale pour faire avancer le projet à l’UNESCO. C’est la preuve que la Frite fait la Force ! 

D’ailleurs qui ne s’est jamais arrêté à une friterie en Wallonie ou à un fritkot en Flandres. Ils font partie du paysage comme les cathédrales, ces uniques montagnes belges. D’ailleurs aussi, Jacques Brel lui-même a peint tout un tableau de maitre, un document à soumettre en appui de la démarche auprès de l’UNESCO :

« Puis on ira manger
Des moules et puis des frites
Des frites et puis des moules
Et du vin de Moselle »

Voilà où je voulais en venir : au vin de Moselle. Nous sommes ici devant l’évidence d’un support luxembourgeois de la première heure.  Ziguefrite de Luxembourg, qui voulant éviter que Mélusine ne termine en menu fretin, l’a remplacée par les frites avec des fruits de mer, le tout arrosé d’une bouteille de Ruling de la Moselle. C’est par ce Ruling que le Luxembourg est associé à la gloire de la frite.

Il faudrait ne pas avoir toutes ses frites dans le même ravier pour oser s’opposer à la frite. Pourtant il y eut un incident remarquable, quand Dominique de Vile Frite de Corvée de Patate a voulu contrecarrer des projets américains. Les Américains, dont le pouvoir d’ailleurs s’effrite, en avaient lourd sur la patate et ont riposté en remplaçant le nom de « French fries », usurpé des Belges par les Français, par « Freedom fries ». Les Belges, goguenards, appellent dès lors leurs friteries « Barack à Frites ».


Note aux mamans qui font les devoirs des enfants : certains correcteurs pourraient ne pas être au courant de toutes les affirmations qui précèdent. 



Tuesday, November 18, 2014

Le label Luxleaks lacère le Luxembourg


Lever du soleil aux British Virgin Islands
























Le label Luxleaks lacère le Luxembourg
Gouverner, c’est prévoir ….

A la lumière stridente de Luxleaks, faut-il conclure que si gouverner c’est prévoir, le Luxembourg n’est pas bien gouverné? En tous cas, il a ignoré que le mode opératoire des relations entre Etats est la « Realpolitik ». Comme il est bien loin le temps quand le Luxembourg pouvait se targuer d’être le gentil petit cousin de tout le monde. Un faux sens de sécurité, et la nonchalance l’empêchaient de prévoir les menaces potentielles, surtout sur la place financière qui elle était en pleine dérive de laxisme, avec en faux-finish une base légale assortie. Comment pouvait-on ne pas imaginer que le Luxembourg puisse être assailli à tout moment pour l’une ou l’autre activité de cette place financière, dont certaines comme l’évasion fiscale et l’optimisation fiscale, invitaient l’agression? Le fait que d’aucuns ont rêvé d’envoyer la cavalerie ou la Légion Etrangère montre bien que les lignes de force de la Realpolitik changent constamment, et qu’il est désastreux de s’assoupir volant. Et comment se fait-il que tous les responsables, anciens et nouveaux, ne dominent pas les bonnes techniques du « damage control », quand l’assaut est là ? Pris au dépourvu, haletant de stress et servant des déclarations contradictoires, ils en rajoutaient au problème par leurs balbutiements publics, faute de préparation, d’assurance et de savoir-faire.

Un Pearl Harbor luxembourgeois

Du point de vue d’un Etat, subir une attaque surprise est une faillite de ses procédures en place. N’est-ce pas une des responsabilités du Premier Ministre et de son Service de Renseignement de détecter la mise en place d’une attaque d’une telle envergure sur le coffre-fort national, et de sonner l’alerte ? Quelle belle occasion ratée pour le SREL pour racheter une crédibilité après les élucubrations du passé! Le gouvernement lui-même, averti auparavant de l’existence d’une initiative embarrassante, a traité la chose avec négligence bénigne. Pire, Juncker qui est la cible principale était averti bien plus tôt, des mois en avance. En ce qui concerne PwC, il faudra expliquer comment une société de ce niveau de sophistication n’ait pas de systèmes en place pour prévenir le vol de 28.000 pages de documents confidentiels?

Ces défaillances dans la première ligne de défense qui sont SREL et PwC, font du gouvernement et en ce cas-ci surtout l’ancien Premier Juncker, les ultimes gardiens de but. Mais, pris au dépourvu par négligence, personne n’a fait bonne figure comme gardien de but sous les coups de penalties du monde entier. Le damage control rappelait celui de Raphael Montañez Ortiz, qui a tué son piano en ce faisant au Mudam. Dans leur fuite en avant, nos chefs ont aussi tué leur propre piano, les rulings. L’affaire des « rulings » incriminés était relativement facile à désamorcer, dans l’immédiat, quoique temporairement seulement. Car aucune défense ne tiendra la route à la longue : l’affaire de saigner le petit contribuable et de laisser courir, que dis-je, cajoler le gros est immorale.

Une attaque sur invitation

Il y a des cultures qui blâment la victime. Mais sommes-nous les victimes ou les provocateurs ? A force de secouer le prunier du voisin, nous avons fini par nous intoxiquer au Quetsch. Comme dans un état second, nous n’étions plus capables de discerner des limites entre le bien et le mal. Dans ce journal et sur mon blog « Feierwon », j’ai souvent attiré l’attention sur les exactions du « Paradis fiscal » sinon du « Paradis judiciaire et règlementaire » qui le complète, au déplaisir de certains. Aujourd’hui, du moins le Paradis fiscal semble avoir ses batteries à plat, à en croire les réformateurs de la dernière heure qui en une volte-face spectaculaire ont sonné le glas du Paradis fiscal et de sa « Schmuddelecke ». Deux faits bien réels ont contribué à l’effondrement de l’édifice des privilèges clandestins et de l’optimisation fiscale luxembourgeoise.

Le premier fait est que le choix stratégique pour le développement d’un centre financier, très légitime en soi, a été perverti par l’adoption subreptice d’une suite de tactiques de plus en plus aguichantes, discutables et éphémères, donc pas durables. Ajoutez en prime et en appui un système judiciaire et réglementaire défaillants, et vous arrivez à des révélations toxiques comme Luxleaks et à des scandales interminables comme BCCI, Madoff et Landsbanki, autant de plaies suppurantes dans les flancs du centre financier.

Le deuxième fait est cette obsession de quelques figures marquantes du gouvernement de poursuive la gloire internationale (personnelle) par des ambitions européennes ou internationales démesurées. Juncker était le candidat éternel à une Présidence quelconque européenne, Asselborn avait son obsession de siéger au Conseil de Sécurité de l’ONU, Frieden à la Banque Mondiale, et tous les trois étaient friands d’être des stars de la télévision allemande. Cette gesticulation internationale ne pouvait qu’attirer l’attention de la presse internationale sur le Luxembourg. Nos hommes agissaient comme le paratonnerre qui attire la foudre. La bonne idée eut été de rester chez soi et de s’occuper de nos affaires, car la Presse internationale est une presse investigatrice qui fouine, et qui trouve. Gare si vous avez des choses à cacher.

Le damage control est un art

Pour être efficace, il ne faut pas violer certaines règles de base du damage control.

Quand le coup dur arrive, la première règle est que vous devriez avoir des scénarios préparés de longue date pour ce qui peut arriver. Gouverner, c’est prévoir !

La deuxième règle est de réagir promptement, candidement et en toute transparence. Le mensonge sera plus grave à long terme que les faits incriminés. Vous ne pouvez pas défaire ce qui a été fait, vous ne pouvez pas revenir en arrière. Mais vous devez exposer les mesures que vous avez déjà prises pour corriger la situation, et que vous prendrez pour prévenir une rechute. Dur à faire, mais un mot d’excuse est généralement bien accueilli. Si la communauté nationale a réagi en « Communauté du Nous Autres », ce réflexe tribal qui oppose toutes les énergies aux assaillants, nos officiels nous ont fourni quelques couacs en enfreignant les règles: Ils étaient pris comme du gibier dans les phares la nuit, avec des arguments mal préparés. Asselborn a pris une ligne hardie et candide, ce qui est bien. Mais Juncker, qui en fait est la cible principale de Luxleaks, après un silence éternel, s’est résolu à la fuite en avant. Avec lui, la Realpolitik a repris ses droits, et Juncker a jeté le Luxembourg avec ses rulings par la fenêtre, illico. Pour sauver son job. Il est maintenant en faveur de la transparence et d’un système d’échange automatique d’informations en matière de tax rulings. Il est aussi un Président en sursis.

La troisième règle est d’éviter de tomber dans le piège de l'arrogance. Une certaine arrogance existe dans notre DNA, sans doute en compensation d’être petit. C’est le Vive-nous. Nous sommes les premiers de classe partout : pour l’aide aux « pays en voie de développement », nous sommes les plus riches, les plus performants. Cela fait grincer les voisins. Souvent le tout est basé essentiellement sur des statistiques faussées par le fait de la divergence entre les chiffres de la population résidente et de la population active (frontaliers) avec leurs familles qui ne sont pas pris en compte.

Nous sommes à tel point devenus nonchalants et arrogants avec notre communication que l’on peut lire des monstruosités comme l’exemple suivant glané chez ALFI : « Notre autorité de surveillance très compétente et pragmatique joue elle-aussi un rôle clé dans le développement de notre industrie des fonds d’investissement». Pragmatique, cela sent le laxisme. Faut-il vraiment affubler la CSSF de ce qualificatif par les temps qui courent? Et insister qu’elle joue un rôle clé dans le développement de l’industrie des fonds est du moins controversé pour un organe de supervision qui règle, qui surveille et qui sanctionne, mais ne devrait pas faire de la promotion!

A propos des rulings, on ne peut pas gagner l’argument éthique, mais gagner du temps !

Après la tempête, les règles de la Realpolitik reprennent leur droit : les réalités sont que nous ne pouvons démanteler la forteresse financière des rulings du jour au lendemain. Notre excuse généralement lamentable est que « tout le monde le fait ». En réalité, notre budget national subirait encore un choc. Mais il y a une bonne nouvelle : la pression par des ensembles comme le G20 laissera quand-même le temps au temps, et ce sera finalement BEPS, promu par l’OCDE, qui se mettra en place lentement, mais surement. Il est clair aussi que les grandes corporations et les Big Four sont de véritables états sans frontières, qui voudraient garder l’essentiel de leurs privilèges au Luxembourg. Ils auront plus d’un tour dans leur sac pour esquiver les nouvelles règles, que le zélé Luxembourg transposera immédiatement à son avantage.

Les choses étant ce qu’elles sont, la fortune est dans le caleçon  

Reste que nous-mêmes et nos « petits » clients allemands, belges, français, nous nous retrouvons avec une gueule de bois au lendemain de Luxleaks et de la mort du Paradis fiscal. De nombreux petits drames familiaux ont eu lieu pour se défaire des comptes luxembourgeois devenus toxiques. Les uns se faisaient pincer à la frontière allemande en rapatriant leur argent noir dans leurs caleçons, les autres allaient se dénoncer au fisc, si une disquette volée ne l’avait pas déjà fait. Nous avons perdu beaucoup d’estime et d’amis, nous avons fait des victimes, et nous ne faisions rien pour les aider. Quant aux grandes sociétés et leurs conseillers, ils peuvent espérer soit un statu quo pour le moment, soit une adaptation vite faite, soit ils iront voir ailleurs. Toujours un clic d’avance sur les nouvelles règlementations.

En attendant, ce centre financier sous attaque a certainement engendré des effets secondaires indésirables pour beaucoup de Luxembourgeois. Des milliers de familles ont dû chercher refuge immobilier dans les régions limitrophes, comme d’opulents travailleurs financiers faisaient monter les prix chez nous. D’autres, vers les 20.000 ont été déclassés chômeurs éternels, car leurs qualifications sont faites pour un autre monde que le monde virtuel de la finance qui est proéminent au Luxembourg.  C’est aussi un bilan de trente ans de dérive.

Un vrai héros luxembourgeois: Den Escher Marius

Terminons sur une bonne note. Le nom de Marius Kohl est désormais connu de par le monde. Si l’objet de son travail journalier est sujet à critique, il est clair qu’il n’a fait autre chose que ce qu’il était supposé faire. Aucun de ses chefs, aucun de ses interlocuteurs, ni le public n’ont jamais protesté les avantages fiscaux qui découlaient de ses décisions.

A mes yeux, Marius Kohl a l’étoffe pour devenir un vrai héros du folklore luxembourgeois. Un peu Shakespearien, car on peut se demander à quel point il était peut-être tourmenté par l’évidence que beaucoup de multinationales payaient moins d’impôts que lui-même ou les pauvres citoyens luxembourgeois. Il y a là du matériel pour une pièce de théâtre : To rule or not to rule ? Ce n’était même pas une question.

Mais c’est sur un autre plan que son entrée dans le folklore local est même plus probable. Malgré le fait que Marius Kohl sous sa plume accordait des milliards et des milliards d’avantages fiscaux, il n’a visiblement pas profité de la situation pour s’enrichir personnellement. Il habite une maison cossue, c’est tout. Sous d’autres cieux, et même chez nous, des officiels avec un tel pouvoir auraient la plupart du temps cédé à la tentation. Marius Kohl ne projette pas des signes extérieurs de richesse, il ne siège pas aux conseils d’Administration de Bertelsman Stiftung et de Nyrsta avec Viviane Reding, ou Arcelor-Mittal entre autres avec Jeannot Krecké, il n’a pas eu accès à un poste européen avec son ancien Premier ou à Deutsche Bank comme Luc Frieden.


Marius Kohl fait figure d’incorruptible, comme jadis le Schéiffer Misch vun Aasselbour, qui fameusement a dit : « mir kënnen nik lignen » - Nous ne savons pas mentir. Un petit mensonge encouragé par le juge l’aurait sauvé de la condamnation à mort pour rébellion lors du « Klëppelkrich ». Dans une pièce de théâtre, je ferais dire Marius Kohl : « Mir kënnen nik geschmiert ginn ! » Nous sommes incorruptibles. Juste pour contrebalancer ceux qui disent : « Il y a quelque chose de pourri au Grand-Duché de Luxembourg ».



Thursday, October 30, 2014

Landsbanki : au Luxembourg on ne gagne pas contre la Banque


Que la lumière soit! Photo ET





















Landsbanki : au Luxembourg on ne gagne pas contre la Banque

Au Luxembourg, on ne gagne pas contre la Banque. L’idée est empruntée au vieil adage qu’on ne gagne pas contre l’Hôtel de Ville. Mais c’est pareil.

PaperJam rapporte aujourd’hui : « Landsbanki: le juge ne retient ni le faux bilan ni l’association de malfaiteurs ». Non sans intercalant la question évidente : « Déni de Justice ? »

L’affaire n’est pas finie. Le collectif des victimes de Landsbanki a fait appel de la décision du juge d’instruction. Et puis il y a le conflit des juridictions etrangeres avec celle du Luxembourg.


En résumé, au Luxembourg l’on peut vous vendre des tickets pour une croisière sur le Titanic. Le risque du vendeur est de se voir poursuivi pour blanchiment, qui d’ailleurs sera sanctionné mollement. Mais vous qui achetiez les tickets, vous vous ferez traiter de tous les noms.



Sunday, October 26, 2014

Le Luxembourg et ses héros: après Super Jhemp, voilà Super Marius


Le Soleil se couche aussi. Fused Glass. Francoise Thein












































Le Luxembourg et ses héros: après Super Jhemp, voilà Super Marius

Un article bien recherché du Wall Street Journal sur les « Tax Rulings » au Luxembourg fait actuellement le tour de la Presse internationale, avec en vedette Marius Kohl, « Monsieur Ruling » dans le trou noir de l’Administration des Contributions. Monsieur Ruling est entretemps parti en retraite, mais malgré sa grande discrétion, sa réputation est internationale. Il a été la cible de tous les désirs des intervieweurs internationaux. Mais il a été généralement introuvable, ce qui bien-sûr attisait tous les appétits des journalistes. Grand chef omnipotent, il pratiquait son vaudou fiscal par intuition et en une ferveur pratiquement religieuse. Il a été repéré comme l’insider ultime par plusieurs journalistes investigateurs, notamment par Cash Investigations dans le temps, PaperJam et finalement le Wall Street Journal à qui revient la palme d’avoir fait parler le Grand Muet.

Alors que Bruxelles se tord pour trouver une interdiction aux pratiques fiscales luxembourgeoises des rulings, rien n’est acquis et rien n’est aussi simple que ce ne l’était pour la fiscalité des personnes et l’échange automatique de l’information. Il y a beaucoup de variables qui entrent en jeu, parmi elles le fait que la plupart des bénéficiaires sont des multinationales, véritables états sans frontières, que leur organigramme est d’une complexité et d’une flexibilité telle qu’une mesure prise aujourd’hui sera défaite demain sinon hier déjà, que les grandes sociétés de conseil auront vite trouvé des parades aux nouvelles restrictions, et que la compétition fiscale existe et doit être maintenue, principes de subsidiarité à l’appui. Il est fort probable que ni la Commission européenne, ni l’OECD ne savent par où commencer, ni pour achever quoi pour combattre l’optimisation fiscale : elle s’appuie sur des règles bien établies. Pour preuve servirait l’exemple Dolce et Gabbana. Si l’establishment luxembourgeois ne pouvait compter sur une victoire pour défendre le paradis fiscal de l’echange automatique de l’information, il pouvait compter sur Marius pour défendre le pays du merveilleux tax ruling. Et sur les successeurs de Marius.

Pour conclure avec César, le père de l’autre Marius, celui de Pagnol : « Si on ne peut plus tricher avec ses amis, ce n'est plus la peine de jouer aux cartes. »




Sunday, October 12, 2014

Un « jugement » dans une affaire bien luxembourgeoise


Lumière. Photo ET 





















Un « jugement » dans une affaire bien luxembourgeoise

Ce lundi 13 octobre verra sans doute (ou peut-être pas) une séance finale en appel d’une affaire pénale dont les faits remontent aux années 2002-2004. Peut-être pas, parce que les inculpés F.May et C. Bollendorff ont au cours des années utilisé toutes les manœuvres dilatoires qu’il est possible d’imaginer : appels, certificats médicaux, substitution d’avocats pour provoquer des conflits de calendrier. Ainsi est faite la justice luxembourgeoise, et nous écrivons 2014.

Je reprends ci-après un extrait du jugement, contre lequel F. May a fait appel. Son co-inculpé n’a pas fait appel. D’abord faut-il savoir que les faits reprochés aux deux portaient un « tarif » de cinq ans de prison ferme. Les peines ont été diminuées parce qu’entre autres, la procédure qu’ils ont retardée à chaque occasion a pris trop de temps !! F. May sera donc devant les juges en appel.

Quant à  C. Bollendorff, le jugement contre lui datant du mois de mars 2014 est exécutable. Mais voilà ! L’huissier de justice chargé de la saisie a retourné la demande au curateur avec le motif que le libellé du jugement, « ordonne la réintégration à la masse de la faillite de la société …. » des montants détournés (±€900.000 au total) n’était pas clair, et que dès lors la saisie ne pourra être exécutée. Faudra-t-il plus d’un an pour vérifier ce que le juge a bien voulu dire ?

Voici l’essentiel de ce jugement.

A suivre

PAR CES MOTIFS :

le Tribunal d 'arrondissement  de et à Luxembourg,  treizième  chambre, siégeant en matière correctionnelle,  statuant  contradictoirement   a l'égard  de  Claude  BOLLENDORFF  et  de
François MAY en leurs moyens et explications, les défenseurs des prévenus, les demandeurs et défendeur au civil entendus en leurs conclusions et le représentant du Ministère Public entendu en ses réquisitions,


Au  pénal :
a c q u i t t e François MAY des infractions non établies à sa charge ;
c o n d a m n e  François MAY du chef des infractions retenues à sa charge, qui se trouvent en concours réel, a une peine d'emprisonnement de 24 (VINGT-QUATRE) mois, ainsi qu'aux frais de sa poursuite pénale, ces frais liquides à 77,92 euros,
d i t  qu'il sera sursis à l'exécution de cette peine d'emprisonnement;
a v  e  r t i t          François MAY  qu'au cas, ou dans un délai de cinq ans à dater du présent jugement  il aura commis une nouvelle  infraction ayant entraîné une condamnation à une interdiction de conduire d'un véhicule sur la voie publique ou à une peine privative de liberté pour crimes ou délits prévus par la législation sur la circulation sur les voies publiques ou sur la vente de substances médicamenteuses et la lutte contre la toxicomanie, l'interdiction de conduire prononcée ci-devant sera exécutée sans confusion possible avec la nouvelle peine ct que les peines de la récidive seront encourues dans les termes de I'article 56 alinéa 2 du Code pénal;
·     a c q u i t t e  Claude BOLLENDORF!' des infractions non établies à sa charge ;
c o n  d  a  m  n   e  Claude BOLLENDORFF du chef des infractions retenues à sa charge, qui se trouvent en concours réel, à une peine d’emprisonnement de 12 (DOUZE) mois, ainsi qu'aux frais de sa poursuite pénale, ces frais liquidés à 49,92 euros,
d i t  qu’il sera sursis à l'exécution de cette peine d'emprisonnement;
a v e r t i t Claude BOLLENDORFF qu'au cas, où dans un délai de cinq ans à dater du présent jugement il aura commis une nouvelle infraction ayant entrainé une condamnation a une interdiction de conduire d 'un véhicule  sur la voie publique ou à une peine privative de liberté pour crimes ou délits prévus par la législation sur la circulation sur les voies publiques ou sur la vente de substances médicamenteuses et la lutte contre la toxicomanie, l'interdiction de conduire prononcée ci-devant sera exécutée sans confusion possible avec la nouvelle peine et que les peines de la récidive seront encourues dans les termes de l'article 56 alinéa 2 du Code pénal;

o r d o n n e que le présent jugement sera affiché en la salle d'audience  du Tribunal d'arrondissement de Luxembourg, siégeant en matière commerciale, ou il restera exposé pendant trois mois, et qu'il sera inséré par extraits dans les quotidiens « Luxemburger Wort » et « Tageblatt », le tout dans les trois jours à partir du présent jugement, aux frais des contrevenants,

o r d o n n e la réintégration à la masse de la faillite de la société Food Factory S.a r.L de la somme de 634.878,65 euros avec les intérêts légaux à partir du 20 décembre 2004, jour  de la
faillite, jusqu'à solde ;

o r d o n n e la réintégration à la masse de la faillite de la société Toscana Sari de la somme de 165.457 euros avec les intérêts légaux à partir du 3 décembre 2004, jour de la faillite, jusqu'à  solde ;

o r d o n n e la réintégration à la masse de la faillite de la société Geromlux Sarl de la somme de 131.432,17 euros avec les intérêts légaux à partir du 29 novembre 2004, jour de la faillite, jusqu'à  solde ;

c o n d a m n e   les prévenus solidairement aux frais pour les infractions commises ensemble.



Radars automatiques: quid des loueurs de véhicules?



Coucher de soleil sur le Golfe du Mexique.
A ne pas confondre avec 
l’éclair de

  la Bauschmaschinn.
Photo: ET


























Radars automatiques: quid des loueurs de véhicules?

C’est la question posée dans paperjam sur la mise en pratique du contrôle automatique des infractions routières. Notamment on y rapporte les réserves émises par la Fédération luxembourgeoise des loueurs de véhicules, FFLV.

En fait on discute de modalités acceptables pour la mise en vigueur du système de radars, dont la justification même est »d’améliorer la sécurité routière ». Certains protesteraient qu’il s’agit plutôt de traire la vache à lait visée, l’automobiliste. La FFLV quant à elle fait valoir les complications et le surcroit de travail que cette nouvelle chicane aura pour elle.

Ce problème consiste simplement à trouver des modalités d’exécution acceptables. Deux problèmes fondamentaux sont escamotés : le droit à la vie privée et le principe fondamental sur lequel repose l’autorité de l’Etat de faire respecter la loi.

Le droit à la vie privée est sans doute violé par le fait qu’une machine enregistre, distribue et emmagasine des données sur la présence d’une personne à un moment donné, à un endroit donné. Nonobstant la possibilité que le chauffeur pourrait être quelqu’un d’autre que le propriétaire enregistré du vehicule, une information possiblement erronée est captée, conservée et distribuée. Cela vaut une mise au point, notamment par les responsables de la protection des données.


Plus grave est dans ce cas l’absence d’un agent assermenté de l’Etat pour constater une infraction sur place. Une machine prend une image instantanée, données à l’appui pour supposer une infraction, sans pouvoir vérifier l’identité du contrevenant et ouvrant certainement aussi la porte à la contestation des données ainsi collectées, possiblement fausses et/ou possiblement faussement interprétées. C’est une atteinte aux libertés individuelles. 

Comme anecdote je citerai l’exemple de plusieurs villes aux Etats-Unis, parmi elles celle où j’habite.  Elle avait installé des caméras aux feux rouges pour attraper ceux qui bruleraient les feux, notamment ceux passant au feu rouge en tournant à droite (légal aux USA) sans marquer un petit temps d’arrêt.  La moisson fut bonne, mais aussi la colère du public. Les tribunaux ont supporté l’argument de la violation des droits fondamentaux. Les caméras ont disparu et pourront sans doute être acquises à bon prix dans les magasins de surplus. Avis au gouvernement luxembourgeois. Mais comment se faire réélire ?




Sunday, September 21, 2014

Le Luxembourg et son Eglise pauvre pour les pauvres


Crépuscule sur un Concordat. Photo ET
























Le Luxembourg et son Eglise pauvre pour les pauvres

Le Pape François disait, lors de sa première conférence de presse, qu’il portait dans son cœur le désir d’une « Eglise pauvre pour les pauvres ».

Pour y parvenir au Luxembourg, il nous faudra trois ans, selon l’Archevêque de Luxembourg, et seulement à partir du moment quand la séparation de l’Eglise et de l’Etat est parfaite.  Selon lui, sans l’obole du contribuable, l’Eglise sera au bord de la faillite dans trois ans. C’est-à-dire elle sera pauvre comme 15% des Luxembourgeois le sont. Et aussi pauvre que le voudrait la vision de Jorge Begoglio, 266e chef de l’Eglise, le Pape François. Tout comme l’Archevêque  de Luxembourg, qui a fait part aussi de son inquiétude et de sa profonde réflexion quant au manque de dynamisme et au côté vieillot de L’Eglise d’Etat luxembourgeoise, je me suis réjoui aussi de cette nécessaire remise en question. Prise à bras le corps, la séparation de l’Eglise et de l’Etat sera l’opportunité de redynamiser les vrais fidèles. Et il convient de féliciter notre gouvernement, qui a réussi à faire de la séparation de l’Eglise et de l’Etat une priorité, confirmée, helas sans plus de précision l’autre jour par Etienne Schneider, Vice-Premier Ministre.

En amalgamant ainsi trois visions, celle du Pape, de l’Archevêque et du Gouvernement, c’est à première vue l’Archevêque qui perd. Je ne peux être accusé d’avoir commis un sophisme en interprétant ce qui est dit en faveur de l’un des deux jésuites. Non, pas Monsieur Schneider, mais le Pape et l’Archevêque.

Quant à M. Schneider, lui, il ne connait pas ses Ecritures. Sinon il aurait eu une réponse recta pour expliquer les modalités de cette future séparation, se traduisant pour l’Eglise surtout par la perte du denier du contribuable. Je connais les Ecritures par contre, enfoncées dans mon crane et dans ceux de mes camardes de classe, les deux testaments en même temps par le curé de Beckerich, à grands coups de gifles sonnantes et libératoires (pour lui). J’étais même enfant de chœur, enrôlé par je ne sais qui. De cette science infuse jaillit la réponse à la question escamotée : qui paye pour les besoins bassement matériels de L’Eglise si l’Etat ne la fait plus ?  Mais ce sont les fidèles, qui selon les Ecritures paient la dîme, c.à.d. 10% de leur revenu. Le mot « dîme » désigne une offrande matérielle de 10% (dix pour cent) du revenu ou biens acquis. Ainsi Abraham offrit la dîme à Melchisédech, prêtre du Très-Haut. En luxembourgeois, ce sera le « Zéngten ».

Oh, on peut payer plus de 10%. Il peut y avoir des discussions à ce sujet au sein de la paroisse, et pour des cas de rigueur on sera plus indulgent que ce M. Heintz des Contributions au Luxembourg. Cette pratique de la dîme est un succès pour les multiples églises qui existent aux Etats-Unis, depuis les  Catholiques aux Luthériens et aux Mormons. On y pratique la dîme, « tithe » en anglais. Elle est à la base du dynamisme étonnant des religions dans ce pays. Mais il faut que Monsieur le curé se décarcasse, et Dieu l’aidera. C’est ainsi que la paroisse offre outre ses services spirituels toutes sortes de services, de loisirs et de distractions, sources aussi de revenus (exempts d’impôt pour l’Eglise). Tenez, j’ai participé hier à une réunion on ne peut plus séculaire dans les locaux de la paroisse Saint Jean l’Evangéliste. Et ce sera pour le plus grand bien de l’entreprise, qui se transforme ainsi aussi en Club social, et arrondit ses fins de mois.


Reste à M. Schneider et ses paroissiens au gouvernement d’accepter tout béatement ce qui est écrit : la dîme est une affaire entre le fidèle et son Eglise. Bonne nouvelle, n’est-ce pas ? Une fois la séparation décidée, vous ne vous occupez de rien d’autre que de réduire les impôts. Pas question pour vous de délibérer sur une solution opt-in ou opt-out d’un impôt de l’église. Ce sera l’affaire de l’église de compter ses brebis.