Monday, July 28, 2014

Cargolux : une question parlementaire et une débauche de réponses.

















Transparence ? Photo ET

Cargolux : une question parlementaire et une débauche de réponses. 


Donc le député CSV Serge Wilmes, et non pas le spécialiste en la matière, le député CSV et chef cuisiner pour la salade de la vente de Cargolux à HNCA, Claude Wiseler, a posé des questions au Ministre du ressort, qui a aussitôt rebondi. Voici ce qui en ressort :

  • Cargolux est une société privée, et le gouvernement ne peut pas s’ingérer dans des décisions comme par exemple le recrutement de Robert Song, puis sa « démission » 3 mois plus tard. C’est faux bien entendu. Même en ne comptant que les parts contrôlées directement par l’Etat, la SNCI, et la BCEE et indirectement à travers Luxair, représentent plus de 50%. Il est bien difficile dès lors de s’abriter derrière une prétendue impuissance d’accéder à l’information. Un mot, et la SNCI et la BCEE se conformeront aux vœux du gouvernement illico, n’est-ce pas ? L’état serait un actionnaire bien négligent si malgré les nombreux fonctionnaires qu’il a placés au Conseil d’Administration, il n’est pas dûment informé de décisions qui auront quasiment une portée politique.
  • Il est prétendu aussi que le voyage inutile du ministre pour accueillir un vol inaugural à Zhengzhou qui n’arrivait jamais, parce qu’annulé par le côté chinois, était nécessaire pour des raisons protocolaires incontournables en Asie. Sous-entendu est que nous autres on n’y connait rien. Ne pas y aller, c’était faire perdre la face au gouverneur. Donc il valait mieux y aller, et ce faisant perdre la face devant les Chinois dans l’affaire cocasse du vol inaugural annulé par les Chinois. Dans la foulée nous apprenons que pour préparer cette magnifique opération pour Cargolux, Claude Wiseler, du parti CSV du poseur de questions, s’est rendu 9 fois en Chine. Donc avec celui du ministre Bausch 10 en tout. Mais c’est avec ce dernier que nous tous avions le plus de plaisir. A propos questions protocolaires incontournables, le « Péckvillchen » est un spécialiste émérite.






Tuesday, July 22, 2014

Luxembourg: Félix Braz présente le nouveau Code de déontologie pour les ministres

















Que la lumière soit. Photo ET


C’est un énorme progrès et un des (encore trop rares) accomplissements majeurs de ce gouvernement. Rappelons le fait : AUCUN gouvernement précédent n’a voulu d’une quelconque réglementation qui résulterait en une obligation de transparence pour les ministres. Le code publié en Février a peut-être été élaboré par l’ancien gouvernement pendant des années. Sans changement de gouvernement, sa publication apparait comme peu probable : Pourquoi s’encombrer de limitations ? S’il est vrai que le texte final manquera sans doute de dents, un ministre qui n’aurait pas de déontologie dans le ventre, l’aura au moins dans un règlement grand-ducal. Fini de dire que ce qui n’est pas défendu est permis. Quoique une chance est donnée de dire qu’on sait que c’est défendu, mais qu'on passe outre. Que fera le Comité d’éthique ?

Prochain effort en cette catégorie de la transparence : l’accès à l’information, le projet de loi Bodry sur le « Freedom of Information ».



Tuesday, July 15, 2014

Le Luxembourg est officiellement un Paradis judiciaire et règlementaire (II)






















Exodus. Le voilier « La Méduse » en route pour Londres. 
Photo : Secrétariat CSV

Le Luxembourg est officiellement un Paradis judiciaire et règlementaire (II) 
La déontologie n’est pas ontologique 

S’il y a un malaise qui est considéré comme une trivialité au Luxembourg, c’est bien cette corruption rampante et légitimée par la coutume au sein du gouvernement qui consiste à distribuer des sièges dans des Conseils d’Administration, d’autres cumuls et privilèges et de permettre les rotations entre emploi public-privé sans restriction. Récemment un code de déontologie a prétendu réglementer ces pratiques douteuses pour les Ministres. Il a été développé par les ministres de l’ancien gouvernement pour les ministres, et repris tel quel par le nouveau. Ce code est en fait un village de Potemkine auquel on s’est résolu pour faire taire les critiques. En réalité, ce code ne fait que suggérer un comportement aux ministres. Il est libre à chacun de l’interpréter à sa guise. Bref, c’est un code qui n’a pas dents.

Quand la déontologie n’est pas dans le ventre

On est dans le processus typiquement luxembourgeois, qui consiste à éviter la prise en charge d’un problème important, et à ne faire des concessions qu’en cas de crise aigüe, comme dans le cas de pressions internationales. Nous l’avons vu avec la question du secret bancaire et de l’information automatique. Nous allons revivre un long kabuki similaire avant d’accéder à des institutions vraiment transparentes, au droit du public à l’information ou FOI, aux sanctions pour abus de pouvoir, à une justice qui fonctionne dans des délais raisonnables, et à des organes de contrôle dans lesquels les supervisés ne supervisent plus les superviseurs. Je viens d’énumérer le laxisme et la permissivité qui définissent le « système luxembourgeois ». Pour le nouveau gouvernement, l’excuse est que ce système est synonyme et contemporain de l’Etat CSV. Mais d’ici peu, sans réformes profondes, Gambia en sera le propriétaire.

Cela prendra certes du temps et des petits pas pour changer ce système. Car dans le « group-think » de cette caste politique/fonction publique supérieure, les extras sont considérés comme des droits acquis, donc légitimes. Les comptes à rendre sont par conséquent une notion largement inconnue. Dans le monde anglo-saxon, souvent précurseur pour réprimander et interdire les pratiques douteuses de ceux au pouvoir, ce système est appelé tout simplement corruption et est sanctionné. Mais attention, cette approche sera imposée encore une fois au reste du monde par des législations anglo-saxonnes au long bras extraterritorial telles que FCPA et UK Bribery Act.

La déontologie au pays des merveilles

En attendant, au Luxembourg, nous avons encore récemment vu des nominations de certains cumulards de la fonction publique aux Conseils d’Administration de la BCEE et des Chemins de Fer. D’autres pratiquent le pantouflage, comme récemment des hauts fonctionnaires du Ministère des Finances qui se sont fait recruter l’un par la Banque de Luxembourg, l’autre par la BIL. Il y a bien eu quelques protestations dénonçant cette pratique des portes tournantes. Elles étaient vite balayées. Une question parlementaire du député Justin Turpel au Premier Ministre n’a pas été traitée avec le respect et la transparence que le public et son représentant élu au Parlement méritent. La réponse évasive était typique pour l’ancien gouvernement. Pour le nouveau gouvernement, c’est tout simplement désappointant. Connaitre la liste des privilégiés et de leurs privilèges n’est donc pas encore un privilège du public au Luxembourg. Aux Etats-Unis, ce serait une liste des inculpés.

Plus explicite encore est la position de Luc Frieden, député, ancien Ministre des Finances et de la Justice entre autres. Il prend un poste important dans le privé, à la Deutsche Bank à Londres. Il ne se voit pas encombré par un code de déontologie qui, quoique en chantier depuis des années, n’a été adopté qu’en 2014, alors qu’il n’était plus ministre…. Et de toute façon, se tenir au code est, comme nous l’avons vu, facultatif.

Il est remarquable qu’à ces niveaux de service public, député et ancien Ministre de la Justice, il faille y avoir un code écrit pour expliquer ce qui est juste et injuste, ce qu’il devrait faire et ce qu’il ne devrait pas faire. Il faut aller chercher bien loin pour justifier qu’en tant que dauphin possible de Jean-Claude Juncker, il quitte sa fonction de député pour le plus grand bien de son parti. Et il faut expliquer aux nombreux électeurs pourquoi ils ont été dupés pour élire un candidat qui n’accepterait pas d’être sur un banc d’opposition, tout comme son mentor Juncker. Le parti CSV, pourtant représentatif d’un grand pan de sensibilités, se trouve bien affaibli par ces deux désertions. Bien naïfs sont ceux donc qui croient que la vertu vient avec la fonction, et que les individus qui accèdent à des fonctions publiques importantes le font grâce aux valeurs qu’ils représentent. Il faut donc un code qui les y contraigne.

Le code de déontologie sera testé internationalement

Ce que les anglo-saxons appellent et interdisent aux ministres, est la « Revolving Door ». Leurs codes interdisent de prendre une quelconque fonction dans le privé qui présenterait un conflit d’intérêt, comme par exemple un ancien ministre des finances qui rejoindrait une banque. On dira pour Luc Frieden que ceci se passe à Londres. Il faudra cependant réconcilier l'envergure européenne des responsabilités d’un ministre luxembourgeois et son accès à l’information et aux prises de décisions politiques européennes, et de celles de la Banque Mondiale comme gouverneur et du FMI, surtout en période de crise bancaire.

Dans le contexte purement d’une déontologie personnelle, dans le cas où la déontologie règlementée ne s’appliquerait pas, le choix de la Deutsche Bank comme abri n’est pas des plus heureux, sachant que la Deutsche Bank a eu un investisseur de taille juste au mois de mai 2014, €8 milliards de la part du Qatar. Comme Luc Frieden a eu de grands mérites pour développer des liens privilégiés entre le Qatar et le Luxembourg, et comme il a vendu 35% de Cargolux à Qatar Airways, ainsi que les banques BIL et KBL à un des Fonds tentaculaires du Qatar, il s’expose à l’apparence d’un conflit d’intérêt. Mais parait-il, il y a eu une conversation entre lui et le Premier Ministre, et j’en conclus que tout s’est passé selon les procédures très simples du système luxembourgeois. Sans doute est-ce une situation où tous les intérêts, ceux du gouvernement, de Luc Frieden et de ses camarades du CSV sont alignés, comme on dit si bien.

Faut-il mentionner que Luc Frieden sera en particulier en charge de questions règlementaires bien anglo-saxonnes à la Deutsche Bank à Londres justement? A ce sujet, j’espère que la Deutsche Bank  aura pris soin de consulter le Lord Chancellor sur la portée du « United Kingdom Bribery Act », dans la mesure où il pourrait avoir un effet dissuasif sur le recrutement d’un élu étranger, ancien ministre de surcroit, sur la place de Londres. C’est d’autant plus d’actualité alors que le Ministère de la Justice américain et la « United States Securities and Exchange Commission, SEC » ont activé le « Foreign Corrupt Practices Act, FCPA » pour investiguer les pratiques de recrutement de quelques banques qui sont soupçonnées d’avoir recruté en Asie des membres de famille de personnes influentes. Selon le Wall Street Journal, ce sont entre autres Crédit Suisse, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Citigroup et UBS. Comme nous voyons, on met les pieds dans le monde cossu des « Politically Exposed Persons » bien au-delà des frontières des Etats-Unis?

Le nouveau code : bien essayé

Mais même au Luxembourg, au moment d’écrire ces lignes, il y a eu du nouveau. Le gouvernement s’était réuni en conclave au Château de Senningen pour deux jours et a daigné communiquer ceci au brave peuple :

« Les ministres réunis en Conseil ont fixé les grandes lignes d’un nouveau code de déontologie applicable aux membres du gouvernement. Afin de rendre les dispositions du code contraignantes, il recevra la forme d’un règlement grand-ducal. Un point essentiel concerne les devoirs d’un membre du gouvernement ayant quitté ses fonctions. Il sera obligé de s’abstenir pendant 24 mois d’utiliser des informations non publiques et dont il a pu avoir connaissance dans l’exercice de son mandat. En cas de non-respect de cette disposition joueront les voies de recours du droit civil ».

En première analyse, les nouveaux châtelains du Château de Senningen se sont choisis quelques règles, qui essentiellement ne vont produire aucune contrainte. Ce nouveau code n’interdira pas de joindre n’importe quelle société privée. L’ancien ministre devra «s’abstenir pendant 24 mois d’utiliser des informations non publiques et dont il a pu avoir connaissance ». De quoi rêver ! Pourquoi pensez-vous que la Deutsche Bank recrute Luc Frieden ? Si quelqu’un n’est pas content, en cas de non-respect de cette disposition, joueront les voies de recours du droit civil ? Cinq ans ou dix ans de procédure dans le système judiciaire luxembourgeois ? Il faudra vraiment être mécontent.


Il faudra revoir la copie. Aussi, le soi-disant « Ministeschgesetz » n’est pas un « Gesetz », une loi. Les châtelains préféraient concocter leur propre recette, sur mesure, sans doute pour pouvoir un jour émuler Luc Frieden. Etienne Schneider, qui d’ailleurs a le grand mérite d’avoir démissionné de ses postes dans plusieurs Conseils d’Administration quand de fonctionnaire il est entré au gouvernement, a essayé de justifier sur RTL la relative mollesse du nouveau code, en ce qu’il permet le recrutement d’un ministre par le privé, avec comme seule restriction que la recrue ne peut pas divulguer des informations non publiques à son nouvel employeur. Il conclue que sans cette clause, (ahurissante), il ne lui resterait que le job de sage-femme. C’est un junckérisme pour noyer le poisson. Le Ministre de la Justice devra néanmoins être un sage-homme, pour l’accouchement de cette nouvelle copie, s’il ne veut pas se faire dire que Monsieur Braz s’est inspiré à Brazzaville pour son nouveau code. Par contre, je pense que Monsieur Schneider a protégé ses arrières en profitant d’un congé sans solde en tant que fonctionnaire. De toute façon il est aussi pour une limitation des mandats. Bravo encore pour cela. Il réintègrera sans doute son ancien Ministère en 2018? Sinon il n’y aura que les Finances et le Lobbying qui seront réellement exclues, et bien sûr Ministre de la Guerre d’Al Qaeda. Tout le reste est virtuellement ouvert, y compris Evêque de Luxembourg par changement d’Administration, si la séparation entre l’église et l’état n’a toujours pas eu lieu.






Monday, July 14, 2014

Landsbanki: la liquidatrice visée pour blanchiment


Que la lumière soit. Photo ET



paperJam rapporte un retournement sensationnel pour une affaire pénale au Luxembourg. Le début d’une remise en question du système de Paradis judiciaire ?

"Coup de théâtre dans la plainte du collectif des victimes de Landsbanki: la chambre du conseil de la Cour d’appel s’est prononcée contre un non-lieu et demande l’ouverture d’une enquête pour blanchiment, faux bilans et association de malfaiteurs. Ça sent le soufre pour la liquidatrice de la banque, qui ne peut pas se retrancher derrière l’immunité pénale."





Friday, July 11, 2014

Le Luxembourg est officiellement un Paradis judiciaire et règlementaire

















Golden Bridge. Photo ET

Le Luxembourg est officiellement un Paradis judiciaire et règlementaire

La démission de Luc Frieden

S’il y a un malaise qui est considéré comme une trivialité au Luxembourg, c’est bien cette corruption rampante au sein du gouvernement qui consiste à distribuer des sièges dans des Conseils d’Administration ainsi que d’autres cumuls et privilèges. Récemment un code de déontologie a prétendu réglementer ces pratiques douteuses. Ce code est en fait un village de Potemkine auquel on s’est résolu pour faire taire les critiques. Plus grave, dans le group-think de cette caste politique/fonction publique supérieure, les extras sont considérés comme des droits acquis. Dans le monde anglo-saxon, souvent précurseur pour réprimander et interdire des pratiques douteuses de ceux au pouvoir, il s’agit tout simplement de corruption.

Pas au Luxembourg, où nous avons encore vu récemment des nominations de certains cumulards de la fonction publique aux CA de la BCEE, des Chemins de Fer et autres. Il y a bien eu quelques protestations, vite balayées. Une question parlementaire du député Justin Turpel au Premier Ministre n’a pas été traitée avec le respect et la transparence que le public et son représentant élu au Parlement méritent. Connaitre la liste des privilégiés et de leurs privilèges n’est pas un privilège du public au Luxembourg. Aux Etats-Unis, ce serait une liste des inculpés.


Plus explicite encore est la position de Luc Frieden, ancien Ministre des Finances et de la Justice entre autres. Il ne se voit pas encombré par un code de déontologie qui, quoique en chantier depuis des années, n’a été adopté qu’en 2014, alors qu’il n’était plus ministre…. Et de toute façon, se tenir au code est facultatif.

Il est remarquable qu’à ces niveaux de service public et pour un ancien Ministre de la Justice, il faille y avoir un code écrit pour expliquer ce qui est juste et injuste, ce qu’il devrait faire et ce qu’il ne devrait pas faire. Bien naïfs sont ceux qui donc croient que la vertu vient avec la fonction.

Ce que les anglo-saxons appellent et interdisent est la « Revolving Door ». Leurs codes interdisent de prendre une quelconque fonction dans le privé qui présenterait un conflit d’intérêt, comme par exemple un ancien ministre des finances qui rejoindrait une banque. On dira c’est à Londres. Il faudra cependant réconcilier l'envergure européenne des responsabilités d’un ministre luxembourgeois et son accès à l’information et aux prises de décisions politiques européennes, surtout en période de crise bancaire.

Dans ce contexte d’une déontologie personnelle, dans le cas où la déontologie règlementée ne s’appliquerait pas, le choix de la Deutsche Bank comme abri n’est pas le plus heureux, sachant que la Deutsche Bank a eu un investisseur de taille juste au mois de mai 2014, € 8 milliards de la part du Qatar. Comme Luc Frieden a eu de grands mérites pour développer des liens privilégiés entre le Qatar et le Luxembourg et comme il a vendu 35% de Cargolux à Qatar Airways, ainsi que les banques BIL et KBL à un des Fonds tentaculaires du Qatar, à sa place j’aurais été plus circonspect avec mon choix de banque. 

Faut-il mentionner que Luc Frieden sera en particulier en charge de questions règlementaires bien anglo-saxonnes à la Deutsche Bank à Londres justement?




Wednesday, July 2, 2014

Visite officielle de Dean Spielmann, président de la Cour européenne des droits de l’homme, au Luxembourg

















Et que la lumière soit. Photo ET



En vue de cet évènement, j’avais bien-sûr préparé un dossier que Monsieur Spielman pourrait évoquer avec ses nombreux interlocuteurs luxembourgeois, qui je sais sont bien au courant. Donc tout le monde le sait : Le Luxembourg est bel et bien un Paradis judiciaire. Monsieur Spielmann sait que le Luxembourg est un Paradis judiciaire. Sa Cour, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné le Luxembourg comme récidiviste pour les lenteurs de son système judiciaire.


Visite officielle de Dean Spielmann, président de la Cour européenne des droits de l’homme, au Luxembourg

Communiqué – Publié le 


Le 4 juillet 2014, le président de la Cour européenne des droits de l’homme, Dean Spielmann, effectuera une visite officielle au Luxembourg.
Il sera reçu par le Premier ministre, ministre d’État, Xavier Bettel pour une entrevue à l’Hôtel de Bourgogne. Les pourparlers porteront sur les dossiers et défis actuels de la Cour européenne des droits de l’homme.
Dean Spielmann rencontrera également le ministre des Affaires étrangères et européennes, Jean Asselborn, ainsi que le ministre de la Justice, Félix Braz.
Par ailleurs, le président de la Cour européenne des droits de l’homme sera reçu en audience par S.A.R. le Grand-Duc au palais grand-ducal.
Il aura aussi l’occasion de s’entretenir avec le président de la Chambre des députés, Mars Di Bartolomeo, ainsi que les membres du Bureau, de la Commission juridique et de la Commission des Institutions et de la Révision constitutionnelle.
Communiqué par le Service information et presse du gouvernement



Wednesday, June 25, 2014

Et pourtant l’Europe aurait pu se faire !






















Smooth Sailings for Europe? Photo ET



Et pourtant l’Europe aurait pu se faire !

Je me rappelle du Président Pompidou revenant du Sommet de La Haye en 1969 déclarant sa satisfaction, parce que « le Sommet a été bénéfique pour la France d’abord, pour l’Europe ensuite ». Comme beaucoup de jeunes Européens « fleur bleue » de l’époque, j’étais mi- encouragé par ces propos, car la construction européenne avait été en panne, mais aussi mi- offensé, car l’égocentrisme français plaçait la France devant l’Europe. L’Europe supranationale par libre adhésion pourtant avait été un idéal suprême après deux guerres mondiales meurtrières.

Le Traité de Rome de 1957 parlait d’une « union sans cesse plus étroite entre peuples européens ». Cela fait 57 ans, et à ce jour on ne sait toujours pas quelle sera cette union : seront-ce les Etats-Unis d’Europe, une Confédération, un Marché Unique ou va-t-on continuer le Grand Machin mal défini, non-démocratique, que l’on ajuste selon les besoins de refuge d’une gérontocratie européenne après des échecs électoraux chez soi ? Et on dirait que plus on avance, plus le Grand Machin mal défini s’éloigne, vers une union sans cesse moins étroite.

Combien de temps pour faire (défaire) un Empire ?

Donc on construit sans plan depuis 57 ans, une construction organique selon les courants, à peine darwinienne, sauf pour sauvegarder la gérontocratie. Vous direz que Rome ne s’est pas faite en un jour. Mais Rome avait un plan. Et elle avait fini par unir l’Europe, bien-sûr selon son plan, et avec le glaive. Atteignant un sommet de civilisation politique qu’il faudra par la suite des siècles pour retrouver, l’Empire Romain a duré des siècles. C’est l’autre considération pour mesurer le succès d’un Empire, la durée, car ils naissent et dépérissent. Une autre variable est l’idéologie qui les anime. Charlemagne et ses successeurs ont présidé au triste essor du féodalisme, garantissant l’obscurantisme qui nous a jetés plusieurs siècles en arrière. L’aventure napoléonienne avait moins de souffle : une quinzaine d’années pour atteindre Waterloo, synonyme de fin d’Empire. Comment mieux définir l’idéologie napoléonienne que par l’ego d’un homme. « Commediante, Tragediante » lui disait le Pape. Vint ensuite Hitler avec un plan d’un Empire Nazi millénaire. Cela durait 12 ans. Mais il avait un plan. Tout comme l’idéologie suivante, le communisme de Lénine et de Staline. L’Union Soviétique tenait la route tant bien que mal pendant 70 ans. Mais ils avaient un plan : la route du communisme mondial ne va pas de Moscou à Paris, mais de Moscou par Pékin à Paris.
Puis vient le Grand Machin de l’Union Européenne. On ne conquiert rien avec le glaive. On n’a pas de plan non plus sauf une idée générale de construire une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens. C’est une idéologie agnostique, où tous peuvent imaginer une finalité à leur façon pour le Grand Machin. Sauf que ce sera basé sur une Economie de Marché. Le reste sera la conduite de la bataille des intérêts particuliers.

Avez-vous remarqué que tous ces exemples historiques de construction européenne ont tous produit une nomenclature féodale, partisane, non-démocratique. Le 1% quoi !

David Cameron a tort, s’il n’a pas raison

Sa vision du Grand Machin est en la circonstance aussi valide que celle de ses camarades dans le bac à sable européen. Mais quelque part sous-jacent à toutes ces diverses visions, il doit y avoir des dénominateurs communs. Comme par exemple si on joint un club de football, c’est parce qu’on veut jouer au football selon les règles du football. Joindre une Union Européenne, suggère qu’on ferait quelque chose en commun pour l’Europe en observant certaines règles du jeu. Là vous me parlez en fait d’une Constitution Européenne, qu’on a tronquée en Accords de Lisbonne, un autre machin. Elle a autant de pages que la Constitution américaine a de mots. Il est vrai qu’on avait confié son élaboration à un normalien français, alors que la Constitution américaine est le fruit d’esprits libres de toute contamination politique antérieure.

Que devrait être ce Machin Européen ? Certainement un Marché Unique était une bonne idée. Mais pour que l’Europe fasse le poids dans le monde, c’est l’union qui devrait faire la force. Il faut un Gouvernement central, élu, tenu responsable par un Parlement. Donc PLUS d’Europe. Il devrait recevoir un transfert de souveraineté des Etats membres. Pour « faire le poids » internationalement et être une alternative aux puissances américaine, chinoise et russe, la politique étrangère doit être d’une voix unique, la politique économique (et monétaire) un ensemble consistant et la défense une défense commune. Tout cela a été tenté partiellement, provisoirement, intuitivement, sans se soucier de quelques principes essentiels : Une Lady britannique est vaguement en charge de la diplomatie européenne qui n’est pas définie, l’Euro a connu un lancement précipité et malencontreux qui remplaçait l’Ecu seul outil monétaire viable sans plus de coordination économique, et en guise de défense commune il y a une Brigade européenne juste bonne pour défiler.

M. Cameron, M. Hollande et d’autres devraient se décider s’ils veulent appartenir au club et respecter les règles, ou sortir de là. Rester a des conséquences comme par exemple abandonner ses terrains de jeux privilégiés  en Afrique ou ailleurs, abandonner le bouton nucléaire à un Président européen et consolider les budgets de défense, réduire le nombre d’ambassades d’environ 2.000 à 192 dans une ère où le tweet a remplacé la « note verbale », et repositionner l’euro dans un contexte de gouvernance qui comporte entre autres l’élimination du menu chinois qui laisse le choix à tous de participer aux règles ou de s’en distancer, comme Schengen et d’autres.

David Cameron a raison, s’il n’a pas tort

Il est important de faire une mise au point : je ne suis pas un enthousiaste inconditionnel des choses américaines. Mais encore une fois, la Constitution américaine est une belle construction de l’esprit humain (par opposition à l’esprit partisan). Elle laisse aux Etats l’autorité de s’occuper de choses qu’ils sont les mieux équipés pour adresser. C’est le principe de subsidiarité. C’est MOINS d’Europe. L’art est de doser le partage entre PLUS et MOINS de façon à satisfaire les soucis de subsidiarité chers à  David Cameron, assez pour un compromis lui permettant d’abandonner quelques pans de souveraineté, suffisants pour que l’Europe puisse s’affirmer sur la scène internationale, économiquement, diplomatiquement et militairement.

L’Europe a besoin d’une destruction créatrice

Malheureusement l’Europe s’est égarée au point de devenir un Machin non-démocratique.  Elle a perdu le support du public, et des réformes seront difficiles. Il faudrait à la fois avancer plus vite et plus loin dans la gouvernance centrale, et faire marche arrière sur nombre d’égarements. Détruire les excroissances que nous devons aux gardiens du Machin, pour faire du neuf.

Dans ce contexte l’élection du prochain Président de la Commission est un cas d’espèce. Je parle de Jean-Claude Juncker, candidat dont la candidature semble plus importante que le projet européen. Sous l’argument de la démocratie que je cherche en vain dans la démarche de cette « élection » qui n’en est pas une. Ni dans un sens, ni dans l’autre.

D’abord je ne suis personnellement pas en faveur des ambitions des leaders politiques luxembourgeois qui développent une obsession pour accéder à des postes internationaux. Leur terroir national leur devient trop étroit, donc ils délaissent généralement leur électorat qui les a choisis pour des responsabilités nationales. Monsieur Juncker est un de ceux qui ont négligé leur fonction nationale. Comme Premier Ministre, il a été absent pendant huit années pour assouvir des ambitions européennes telles que de jouer le rôle de M. Euro. Il vient d’être élu parlementaire luxembourgeois, avec la promesse d’être soit Premier Ministre, soit leader de l’opposition. Il est leader de l’opposition, mais déjà absent pour raison d’ambition européenne. Ce sera la continuité du Grand Machin non démocratique des 1%. Il est un vétéran de cette Europe-là et a l’avantage de connaitre ses méandres. Il peut aussi tout simplement être un intermédiaire utile et traducteur entre les autres dans le bac à sable européen, qui ne parlent qu’une langue. Mais il peut être ennuyant : ses camarades lui reprochent quelques habitudes qui ne se cachent plus.

Si ses actions passées sont une indication pour son « programme », rien ne changera. Il a fait de son parti catholique, le CSV, un parti séculaire tout venant pour les opportunités qu’il offrait comme force dominante, au point qu’on appelait ce genre népotiste luxembourgeois « l’Etat CSV ». Dernièrement le parti a voté en faveur d’agendas sociaux progressistes qui normalement ne sont pas supportés par des partis religieux. On peut parler de succès sous l’aspect de la consolidation du pouvoir.

Dernièrement cependant il y a eu problème. Les élections de 2013, anticipées, ont produit une autre majorité. Il est vrai que le Premier Ministre absent a connu une série de scandales autour des services secrets, d’un Stade National, et de Cargolux. Ailleurs le centre financier a connu le démantèlement de quelques niches bien profitables tel le secret bancaire. Et puis il y a cette plaie pour les 99% : le chômage qui sous M. Juncker a augmenté de 2,9% à 7,1%, sans compter les chômeurs frontaliers et les emplois provisoires subsidiés. Enfin comme M. Euro il a maîtrisée la crise en socialisant les pertes des banques, et surtout permis une première, permettant aux banques chypriotes en difficulté de saisir une partie des avoirs des clients.

Et pour la fin, la danse du quadrille

Ces jours-ci il y aura les grandes manœuvres pour « élire » ou ne pas élire Juncker Président de la Commission Européenne. Ce n’est pas un processus démocratique, mais un marchandage. M. Juncker était « candidat » tête de liste lors des élections européennes, sans être sur une liste. Il n’a donc pas été élu député européen, mais parait-il ces élections sont sa légitimité. Le public luxembourgeois supporte sa nomination par solidarité avec un des leurs, tout comme ils préfèreraient qu’un luxembourgeois gagne le Tour de France.. Le nouveau gouvernement aussi, car il évacuerait une belle-mère incommode à Bruxelles. Reste les discordes dans le bac à sable à résoudre. Et si tout va bien pour M. Juncker, sera-t-il le Président des 1% ? Qu’en disent 12,5% de chômeurs européens ? Les 99% constateront qu’il sera le troisième Président luxembourgeois de la Commission sur les 12 qu’il y a eus dans le passé. Comme quoi un Grand Machin a souvent besoin de plus petit que soi.