Sunday, April 11, 2010

De Peckvillchen: D' Gëlle Fra Schéckt Schéin Gréiss vun Shanghai

De Peckvillchen: D' Gëlle Fra Schéckt Schéin Gréiss vun Shanghai

Un monument de la littérature luxembourgeoise.

Gutt Nouvellen vun Shanghai! Een must read op Chinesesch dien all Lëtzebuerger versteet.

Thursday, April 8, 2010

Egide Thein - Luxembourg: OECD says Luxembourg should do more to clean up its environment

Egide Thein - Luxembourg: OECD says Luxembourg should do more to clean up its environment

Angel Gurria should not overplay his hand. Trop c'est trop. Ses critiques du paradis fiscal luxembourgeois perdent de leur valeur par cet acharnement.

Le Luxembourg et sa Tripartite.

"La récolte était mauvaise? Il faut donc augmenter les impôts!' (Louis de Funès interprétant Salluste dans "La Folie des Grandeurs".)

Autour de la table oblongue, ils sont trois à s'observer à qui fera la première erreur dans une partie de poker, dans laquelle ils savent qu’il n'y aura aucun gagnant. En fait ils sont assis sur une plateforme en équilibre instable, comme ces plaques de rocher que l’érosion a laissées là et que l'on voit avec effroi se balancer sur une aiguille rocheuse dans les dessins animés de Hannah Barbera. Le premier qui change sa position fait glisser le centre de gravité vers les deux autres, et c'est l'accident. Il n’y a pas de télécommande magique pour nous débarrasser de cette image cauchemardesque.

Gros plan sur les joueurs: ils sont en fait plus de 3, ils sont cinq, dont deux que l'on ne reconnait que par leur ombre. Dans l'ordre d'importance ce sont:

1. La plate Terre, celle de Thomas Friedman, qui met gouvernements, corporations et travailleurs de par le monde en compétition en ce qui concerne imposition, réglementation, marges de bénéfice, coûts salariaux, et avantages intangibles et inhérents à leur situation particulière.

2. L'Union Européenne, cet édifice en croissance désordonnée, la seule montagne dans le plat pays bruxellois qui de temps en temps accouche d'une souris. Comme les souris ont été procréées par les grands commis des gouvernements européens et leurs représentants non-élus démocratiquement, ces grands commis s'empressent à reconnaitre chez eux la suprême validité de ce qu'ils ont manigancé à Bruxelles, dont bien sûr la vertueuse limite de 3% du PIB admissible pour les déficits budgétaires.

3. Les employeurs, qui en vertu de la nouvelle réalité de la Terre plate, ont des choix multiples. Si l'équation luxembourgeoise ne leur sied plus, ce sera la délocalisation. Elle sera d'autant plus facile, que la plupart des sociétés luxembourgeoises sont des services faciles à déménager, et que quasiment tous les centres de décision sont à l'étranger. Même la sidérurgie luxembourgeoise n'est pas à l'abri: les décisions de fait seront étrangères, et même si un haut fourneau ne peut être déménagé aisément, il sera facile de calibrer vers la bas une production luxembourgeoise pour la voir réapparaitre en Inde.

4. Vient ensuite le Gouvernement luxembourgeois. En quatrième position, il ne fera pas la loi dans ce jeu de poker. Comme il ne peut pas tout simplement quitter le jeu, il lui faudra limiter les dégâts avec une donne de mauvaises cartes qu'il s'est lui-même attribuées, entre autres par des largesses qui ne peuvent être soutenues que pendant les années de vaches grasses. Il n'a pas beaucoup de choix: il y a l'emprunt et on fera payer nos petits enfants, ou il y a le nouvel impôt et la restriction budgétaire, et le gouvernement payera aux élections.

5. Les salariés, représentés par leurs syndicats, ont le plus à perdre, par manque de choix. Comme le gouvernement, les syndicats savent qu'il n'y a rien à gagner dans ce jeu de poker. Le tas de jetons sur la table s’est considérablement rétréci. Les syndicats devront bluffer beaucoup pour tirer leur épingle du jeu. Ce qui ne sera pas du bluff sera leur frustration de voir l'Etat-providence s'affairer plus autour des sociétés privées qui arrivent en troisième position ci-dessus (les banques ont avalé quelques-unes de nos ressources et réserves stratégiques) et de détourner des ressources du monde du travail arrivant en cinquième et dernière position: c'est la redistribution de la richesse à l'envers.

Entretemps, la tripartite marche dans la choucroute. Les débats sont visqueux. Rappelez-vous que les trois partis sur cette plateforme en équilibre instable, doivent trouver un consensus et mouvoir simultanément vers le centre de gravité, pour ne pas se retrouver ensemble dans le fond du Canyon. Comme tout le monde perdra, il faut donc un consensus qui déclare tout le monde perdant au même moment. Le gouvernement perd parce qu'il a dilapidé ses réserves, doit serrer les ceintures et doit lever de nouveaux impôts. Les syndicats perdent en se voyant acculés à accepter des concessions auxquelles ils n'ont pas dû faire face depuis longtemps. Restent les employeurs, dont beaucoup ont élu d'être au Luxembourg, paradis fiscal relatif, pour échapper à un enfer fiscal ailleurs. Ils perdent parce que leurs affaires ne vont pas bien. C’est la cause de la tripartite.

Que faire ? « La récolte était mauvaise». Outre lancer un emprunt de € 2 milliards, donc détruire des richesses, pour financer notre mode de vie? Je propose de retourner à mon laboratoire préféré (1), les Iles Caïmans, qui sont une maquette à l'échelle 1:22 du Luxembourg.

Les Iles Caïmans, aux abois, ont fait confectionner une étude pour trouver des solutions face au déficit budgétaire, le "Miller Report" (2), qui tire les conclusions que tout le monde connaissait depuis belle lurette. Augmenter les impôts fera fuir les services financiers, essentiellement bien mobiles. Introduire une imposition directe, qui n'existe pas actuellement, n'est pas possible. (!?). Bien évidemment. Reste l'option de réduire les rémunérations des fonctionnaires et employés publics, en surnombre et surpayés. Les 5 échelons supérieurs de la grille des traitements sont mieux payés que le Premier Ministre du Royaume Uni.

D'accord mon laboratoire ne fournit pas de solution miracle, mais bien la bonne idée de faire confectionner un rapport Miller pour avoir un vilain à blâmer, quand il faudra vendre les mesures que tout le monde connait déjà: nouveaux impôts, restrictions budgétaires, restrictions salariales et endettement.

Il est curieux que l'imagination reste là, confinée aux lignes des budgets. Une crise comme celle-ci est trop belle pour ne pas l'exploiter, aller de l'avant et si nécessaire, non seulement changer nos vieilles façons, mais aussi celles de l'Europe.

Quand finalement le jour viendra où nos joueurs de poker compteront 1,2,3 pour ensemble dévoiler leurs concessions au public et se rapprocher du centre de gravité de leur plateforme chancelante, il serait bon de dévoiler quelques autres actions, projets et innovations, des distractions en quelque sorte, qui seraient immédiatement poursuivies:

1. Supprimer les abus budgétaires et donc supprimer le 31 décembre. Le 31 décembre serait-il un abus? Tout à fait, c'est la dernière journée de l'année budgétaire. Tout fonctionnaire en charge d'un budget sait que s'il a le malheur de finir l'année avec des économies, il sera puni car son budget de l'année suivante sera amputé du montant de ces économies. Donc le 31 décembre il doit vider les tiroirs. Il faudrait au contraire le récompenser avec une prime pour ne pas dilapider le denier public. L'exemple ferait école, et magiquement d'autres dépenses pas explicitement mandatées n'auront plus lieu.

2. Arrêter les abus de la retraite anticipée. La plupart des cas sont soit des expédients politiques pour embellir les chiffres du chômage ou ce sont souvent des faux malades. Tout le monde connait ces cas de retraite anticipée après 25-30 ans de carrière: la communauté a payé pour l’éducation de ces individus pendant 20-25 ans, et payera 30-40 ans de retraite. Cela représente cinquante ans de coûts pour 25 ans de productivité, ce qui est absolument déséquilibré, et c’est devenu un « système » frauduleux. La situation des caisses de pension, notre situation démographique, le drainage de fonds de pension vers les pays voisins exigent que l’on se tienne au moins aux règles établies pour l’âge de la retraite. Chacun sait que la limite de 65 ans sera remise en question. Un bon début serait de permettre aux retraités de recommencer une seconde carrière après avoir atteint l'âge de la retraite, s'ils le désirent, sans atteinte à leurs droits acquis. Ils sont des réservoirs de savoir-faire et de connaissances qu'il est faux de ne pas miner surtout dans une économie reposant sur tant de main d'œuvre importée, et qui malgré un chiffre élevé de chômeurs, manque de gens qualifiés et entreprenants.

3. Agir sévèrement contre les fraudeurs du fisc, de la Sécurité Sociale, de la Caisse de Maladie et du travail en noir. Nous en connaissons tous, des fois dans des endroits insoupconnés. Des fois la fraude est le certificat médical, la prérertaite, le « bon débarras » d'un travailleur qui gêne. Puis le « bezuelt mech einfach esou. » Et qui ne connait pas une histoire de millions en argent noir luxembourgeois planqué dans des endroits comme la Suisse. Généralement ce ne sont pas des salariés ou des chômeurs qui prennent le chemin de Zurich. Eux ils sont confinés aux petits boulots en noir, et se font pincer plus souvent que les autres fraudeurs.

4. Mettre en sourdine les projets et ambitions politiques absurdes. Souvent ces projets existent grâce au goût et à l'intérêt personnel de ceux qui les poursuivent dans nos institutions: devenir membre du Conseil de Sécurité de l’ONU, présider l'Eurogroupe, être le champion des accords de Kyoto ou de l'aide aux pays en développement. Par les temps qui courent ces activités drainent de l'énergie et des moyens financiers du petit Luxembourg et ne correspondent nullement à un intérêt stratégique du pays. Au contraire, le risque de se voir porter un blâme et de sortir de l'aventure avec un œil au beurre noir n'est pas négligeable. Quelles seront les conséquences pour le pays si les choses vont mal dans ces organisations? Un Euro qui bat de l'aile, un vote pour ou contre un Etat terroriste? Ces aventures se terminent en querelles personnelles, nullement en un choc salutaire des idées.

Il ne s’agit pas non plus de se recroqueviller dans l’isolationisme. Mais au lieu de promouvoir des individus, il s’agit de promouvoir plutôt des idées. Pourquoi ne pas œuvrer plutôt vers une vraie intégration européenne, source d’économies? Voilà un rôle que nos anciens jouaient bien dans les années cinquante. Quel succès et quelles économies ce seraient si plus d'unification supprimait certaines charges substantielles dans les budgets nationaux, comme la défense et les relations internationales. Car enfin l’Europe aligne les plus gros effectifs en diplomates et en personnel militaire. Mais ce n’est ni un joueur de poids en politique internationale, ni une grande puissance militaire. Quel gâchis que les centaines et les centaines d'Ambassades des 27 pays européens à travers le monde. Une vraie intégration produirait une seule Ambassade de l'Union Européenne. Quelle formidable économie d'échelle serait réalisée par une vraie Défense Européenne commune ! Il est vrai que cela comporterait la remise des clefs des bombinettes françaises et britanniques au Président Herman van Rompuy. C'est peut-être le moment d'y penser, alors que les coûts pour tous ces joujoux s'envolent et qu'il n'y a plus le sou.

En oeuvrant de la sorte, quelle jolie riposte pour le Luxembourg que de répondre par des nouveaux sermons aux vieux sermons de nos amis. Et de consolider pour les futures tripartites.

(1) http://feierwon.blogspot.com/2009_10_01_archive.html
(2) http://www.cayman27.com.ky/app/webroot/files/Miller%20Report.pdf

Saturday, February 27, 2010

Luxembourg et le bonnet d'âne du GAFI.














Luxembourg et le bonnet d'âne du GAFI.

Le Groupe d'Action Financière, GAFI, organe de l'OCDE où le Luxembourg est signataire, vient de rendre publique son "Rapport d'évaluation mutuelle du Luxembourg"(1). Le GAFI, dont le siège est à Paris, a émis au courant des années une liste de 49 recommandations pour la lutte contre le blanchiment des capitaux (LBC) et le financement du terrorisme (FT). L'évaluation du GAFI a porté sur le cadre juridique et réglementaire luxembourgeois en général et sur le niveau d'adoption des 49 recommandations en particulier. Bilan: l'élève Luxembourg échoue lamentablement, avec une seule recommandation sur 49 entièrement respectée. Près de 80% des cotes sont seulement "Partiellement Conforme" ou "Non-Conforme." Une excellente analyse par Véronique Poujol, "Montée d'adrénaline" parue dans le Land du 12 février 2010, donc en amont de la publication du rapport du GAFI, fait état de l'alarme parmi les gardiens de la forteresse luxembourgeoise à la veille de la publication du rapport GAFI.

Le cancre Luxembourg, bien conscient de son impasse sur toute la ligne, avait soigneusement préparé une liste d'excuses, du genre: M'sieur, mon chien a avalé mon devoir à domicile. Ces excuses ont été publiées du tac au tac dès la minute de la publication du rapport GAFI, conjointement par les Ministères des Finances et de la Justice, une rare et spectaculaire efficacité administrative. Ainsi apprend-on qu'il y a du positif dans ce rapport, que certaines coopérations et circulaires n'ont pas été reconnues à leur juste valeur, qu'il y a eu des progrès depuis que le GAFI a pris cette photo instantanée du système luxembourgeois entre le 4 et le 15 mai 2009, et qu'en ce qui concerne les points négatifs le prof a coté sec.

La presse a repris ceci avec diligence et l'a aussitôt publié et aussitôt ignoré, comme s'il s'agissait d'une maladie honteuse que le consensus parmi le tout Luxembourg cherche à escamoter. Au passage l'un ou l'autre témoin glisse quelques excuses enfantines supplémentaires, comme le prof est un jaloux et l'élève Deutschland a aussi une Datz. Survient aussi ce don du ciel, distraction providentielle pour certains, confirmation du paradis pour blanchisseurs pour d'autres qu'est la nouvelle d'une razzia sur une conspiration mafieuse pour blanchir € 2 milliards. Pour les uns c'est le "voyez-vous que nos procédés LBC sont efficaces", pour les autres c'est "bien sûr, Luxembourg lave plus blanc."

Que faire? Si vous me demandez, il faudrait très vite prendre toutes les mesures législatives et réglementaires pour remédier aux carences détectées par le GAFI, et surtout les appliquer. Si vous demandez aux gouvernements voisins, ils sont choqués mais ils ne sont pas surpris de notre mauvaise note. Ils l'avaient bien dit. Si vous demandez au gouvernement luxembourgeois, il vous dit ceci dans son communiqué, (avec entre parenthèses et en italiques mes espiègles annotations aux affirmations malicieuses des gardiens) :

"Les points de critiques (injustifiés) du GAFI seront étudiés en détail (on va donc gagner du temps) et des pistes d’action seront dégagées (on trouvera bien des échappatoires et des contournements) pour garantir une meilleure efficacité (facile de faire mieux quand on part de zéro) du système luxembourgeois. Il est toutefois évident que la critique générale d’efficacité ne pourra pas être évaluée seulement par rapport à des mesures législatives et réglementaires (bien sûr que non, il faut surtout considérer que l'on ne les applique jamais).

Le gouvernement a toujours été convaincu de l’importance d’un (écran de fumée) niveau d’excellence, sur le plan professionnel et éthique, pour sa place financière (ce n'est pas "sa" place financière mais la nôtre, et il vient d'en être déclaré le gardien défaillant). Le gouvernement reste conscient de cette responsabilité, qui est mise en évidence tout particulièrement dans le contexte de la crise financière (comment ça?), et s’engage pour répondre de manière optimale à ces défis (par curiosité, essayez donc le contraire: la nullité professionnelle et la totale corruption - cette déclaration est vraiment superflue)."

Mes insertions dans ce communiqué gouvernemental vous semblent un peu dures et de parti pris? En effet, s'y lit l'impatience de quelqu'un qui souvent a mis en garde en répétant à qui voulait l'entendre, que le "système" dont parle le gouvernement est mal embarqué (2). C'est un système où la loi et le règlement sont façonnés par ceux auxquels ils s'appliquent, où les supervisés sont aux commandes des organes de supervision, où la loi est rarement appliquée dans toute son extension par laxisme et surtout faute de moyens, et où les sanctions n'ont pas de dents et sont pratiquement inexistantes. Si c'est un parti pris, le GAFI l'a pris aussi.

Ce ne serait pas étonnant que les mauvaises nouvelles soient une nouvelle fois balayées sous le tapis. Mais quel est le danger d'ignorer une nouvelle fois l'évidence? C'est évidemment de trainer éternellement dans le peloton des non-conformes et dans la défensive. Alors que gouverner, c'est prévoir, il faudrait non seulement être à jour avec ses obligations, mais anticiper pour parer aux problèmes émergents. Dont voici, en avertissement répété (2), le danger oh combien amplifié depuis cette semaine de se voir un jour soumis à des sanctions internationales par des pays comme les Etats-Unis ou la France!

Le modèle en est fourni par le projet de loi devant le Congrès américain. Ce sont deux initiatives du Sénateur Levin, d’ailleurs supportées par le Président Obama. Il y a le projet de loi « S 506 Stop Tax Haven Abuse Act”. Luxembourg y figure sur la liste des paradis fiscaux. Le récent accord sur la double imposition avec les Etats-Unis mettra-t-il le Luxembourg à l’abri ? Dans les rapports de gouvernement à gouvernement, il faut évaluer les possibilités, non pas les intentions. Nos récentes baffes européennes résonnent encore, et leurs sifflements dans les oreilles devraient rappeler cette leçon. Une initiative du Congrès américain, ce qui ne serait pas inhabituel, pourrait donc bien produire un texte final altéré avec des conséquences surprenantes et désagréables pour le Luxembourg. Il y a aussi le projet de loi «S 569 Incorporation Transparency and Law Enforcement Assistance Act” qu’il faudra suivre. Ces initiatives feront muer la notion de paradis fiscal en paradis fiscal, judiciaire et réglementaire. Le diagnostic pour être classé paradis judiciaire et réglementaire varie et est selon le cas: · l’absence ou l’insuffisance de réglementation · une supervision défaillante · trop peu de moyens d’investigation · l’absence de sanctions crédibles · l’absence de transparence · l’administration de la justice généralement trop lente, voire inexistante dans les cas de conflit ou de crime économique. Dans ce contexte, le rapport GAFI qui serait l'évaluation repère pour un tel classement, serait dévastateur. Le travail à fournir après des années de négligence, voire des constructions volontairement inadéquates, est homérique. Nos supervisions ont besoin d’être revues en ce qui concerne leurs responsabilités et les conflits d’intérêt. Puis il faudra élaguer les faiblesses implantées dans la législation par des lobbies. Quant aux sanctions, elles sont quasiment inexistantes tant en nombre qu’en envergure dit le rapport GAFI. Elles font de Luxembourg un centre financier statistiquement aberrant, c'est à dire un centre parfait au point d'être une exception impossible en comparaison internationale.

Certains estiment que près de 90% des faillites à Luxembourg sont frauduleuses. Or il n’y a pratiquement jamais de poursuites judiciaires. Les mêmes fraudeurs ont le loisir de recommencer. La grande majorité des institutions financières ne placent jamais de STR, ou rapport de soupçon. La Cellule de renseignement financier au Parquet, n’a qu’une poignée de personnel, six en tout, en aucun rapport avec l’envergure de la place et de ses risques. La Police Judiciaire est surchargée et manque de personnel face à la démesure du risque. Attendez-vous donc à savoir que le Luxembourg freinera encore une fois les nécessaires ajustements, qu’il y aura par la suite des nouvelles pressions et que des critères seront avancés par les "grands" selon lesquels une juridiction sera inscrite sur une liste des paradis judiciaires et réglementaires. Si cela se passait demain, nos chances seraient petites de ne pas nous retrouver sur cette liste qui sonnerait comme une liste d'escales d’une croisière aux Caraïbes. Cette fois-ci, sanctions internationales à la clé. Il faudrait qu'un jour on apprenne.

feierwon.blogspot.com

(1) Le rapport GAFI en ligne: http://www.fatf-gafi.org/document/13/0,3343,en_32250379_32236963_44655565_1_1_1_1,00.html

(2) Notes prélevées de: http://feierwon.blogspot.com/2009/05/luxembourg-les-dernieres-nouvelles-de.html

Thursday, February 25, 2010

Luxembourg - Shanghai

Vous alliez aux cours de langue luxembourgeoise ou chinoise? (Ce n'est pas pareil).
Lisez un monument de la littérature luxembourgeoise autour d'un monument national.

De Peckvillchen: Gëlle Fra géi nit a China

Wednesday, January 6, 2010

Cinquantième anniversaire du "Board of Industrial Development"




Un essai pour corriger un oubli


Le 29 octobre 1958, Monsieur Joe E. Gurley, citoyen américain résidant à Luxembourg, adressa une lettre au Gouvernement luxembourgeois dans laquelle il exhorta le Ministre de l'Economie de considérer une nouvelle politique économique. Il proposa de créer un groupe d'action qu'il appelait "Board of Industrial Development" ou "BID", ayant comme but d'attirer des investissements et des activités industrielles américaines à Luxembourg.

Son argumentation était qu'une diversification des activités industrielles luxembourgeoises était sans doute désirable, sinon nécessaire, et que les industriels américains, en cette année 1958, s'engouffraient dans le Marché Commun naissant. Joe Gurley, qui possédait l'art de la communication a utilisé par la suite l'argument massue qu'en fait il y a compétition entre pays du Benelux pour ramener des investisseurs américains en Europe, et que le score dans cette course était à ce moment là: Pays Bas 87, Belgique 38, Luxembourg 0.

Sa lettre est restée sans réponse.

Tout commencement est fragile

Joe Gurley, que j'ai bien connu 20 ans plus tard, a toujours été d'un optimisme à toute épreuve. Colonel de la US Air Force pendant la guerre et agent de la vénérable CIA, il faisait partie des dirigeants de "Luxembourg Airlines" fondée en 1948. Armé de son optimisme, il allait surtout ignorer le fait qu'on ignorait sa lettre. Il a multiplié les contacts à Luxembourg et aux Etats Unis pour rallier du support à son concept.

Dans une lettre datée du 30 décembre 1958 à Guill Konsbruck, directeur général adjoint d'Arbed, Joe Gurley mentionne l'intérêt que le Prince Félix, grand-père de l'actuel Grand-Duc, a exprimé pour voir son fils Charles jouer un rôle dans les activités de ce BID. Infatigable, Joe Gurley a consulté des organisations de développement économique à New York, au Mississippi, au Colorado et a cherché à inspirer les Ministres Paul Wilwertz, Joseph Bech, Victor Bodson, Pierre Werner et Henry Cravatte.

Le 14 janvier 1959, Joe Gurley remit une proposition écrite pour la mise en œuvre du BID. Le "Comité interministériel pour le développement économique," en place depuis des années, analysait cette proposition pour la création du BID favorablement. L'avis de la Chambre de Commerce était cependant très réservé. Cet avis du début de 1959 énumérait une liste de déficiences dans l'organisation du pays, les coûts de l'énergie et de la main d'œuvre, le système d'imposition, la situation géographique défavorable et en déduisait des réactions à priori négatives quant aux intentions des investisseurs américains confrontés à de tels obstacles. Une réaction somme toute en diapason avec la devise nationale. Cependant le directeur de la même Chambre de Commerce, Paul Weber, à l'époque avait emprunté le terme "monolithique" à la géologie pour décrire la prépondérance dangereuse de l'acier dans l'économie nationale, l'équivalent d'avoir "mis tous les œufs dans le même panier." C'était une reconnaissance implicite du besoin urgent de diversifier cette économie.

Le consensus

En ce début de 1959 Joe Gurley considérait le débat en cours comme réel signe d'encouragement, alors que ses premières lettres étaient restées sans réponse. Il s'est rendu à New York en février, pour chercher le renseignement, sinon l'aide de Chase Manhattan Bank, de First National City Bank de New York, du National Foreign Trade Council, de Manufaturers Trust Company, de Bankers Trust et de Belgian-American Bank.

A son retour de New York il a contacté le nouveau gouvernement issu des élections anticipées du 1er février 1959 et notamment Paul Elvinger, Ministre des Affaires économiques, auquel il adressa une lettre le 2 mars 1959. Le 20 mars, il délivrait un discours au Rotary Club de Luxembourg ayant comme sujet "American Investments in Luxembourg". Le visionnaire venait de porter le débat sur la place publique. La survie politique de l'idée était scellée.

Le démarrage

En avril, en un laps de temps infiniment petit comparé aux lenteurs des mois antérieurs, le BID est créé. L'urgence dictée par les difficultés dans les rares autres activités industrielles du pays, hors sidérurgie, ont certainement contribué à cette soudaine détermination. Les graves difficultés et finalement la fermeture du dernier bastion de l'industrie du cuir, la société Idéal à Wiltz, (production environ 500.000 m² de cuir en 1958, à 40% de capacité, 350 emplois) représente probablement l'électrochoc qui a fait naître le BID.

Le Prince Charles devient Président et Joe Gurley devient Directeur du BID. Dès le mois d'avril Joe Gurley prend possession d'un bureau au Consulat Général du Grand-Duché de Luxembourg à New York, 200 East, 42nd Street. Au Luxembourg, un certain nombre de personnalités font formellement partie du BID, mais en réalité ne sont jamais sollicitées. Les responsabilités y reposent sur le Ministre Paul Elvinger, Alphonse Schwinnen, Conseiller au Ministère des Affaires économiques et dans une moindre mesure sur Jules Hayot, Directeur de la Fédération des Industriels.

Les opérations

La chasse à l'investisseur est hautement compétitive, et secrète. C'est avec un clin d'œil que Joe Gurley a laissé derrière lui les traces qui montrent qu'il avait passé aux rayons X les opérations hollandaises et belges aux Etats Unis, personnel, documents, méthodes et procédures compris: un formidable raccourci dans la courbe d'apprentissage pour le Luxembourg.

Dès le début, une campagne fut lancée pour faire d'abord connaître l'existence du Luxembourg et pour entrer en contact avec les entreprises potentiellement intéressées à venir s'établir à Luxembourg. La brochure "Luxembourg, at the center of the Common Market, for your Industry", imprimée en 2.500 exemplaires, servait de support à cette campagne. Le bureau BID finissait par maintenir un fichier de 1.500 entreprises industrielles américaines. Les plus prometteuses faisaient l'objet de visites de prospection. Ainsi le Prince Charles s'est rendu aux Etats Unis pour trois séjours, du 13 septembre au 5 décembre 1959, puis en octobre 1960 et en octobre 1961 pour des visites avec Joe Gurley à Washington, Detroit, Chicago, Denver, San Francisco, Los Angeles, Kansas City et New York. La présence d'un membre d'une famille royale européenne dans ces années de "l'après Grace Kelly et Walt Disney" semble avoir été singulièrement efficace pour trouver porte ouverte dans les hautes sphères de l'industrie américaine, et particulièrement aussi auprès de la presse américaine.

L'action du BID pour faire connaître le Luxembourg comme endroit désirable a aussi eu un effet boomerang: l'endroit désirable a bel et bien dû mettre du make-up pour embellir les conditions d'accueil, le système des contributions et créer des aides à l'investissement. Les communes, telles que Steinsel, ont fait de grands efforts pour trouver des terrains industriels pour Bay State par exemple. Dans un rapport du 28 mars 1960 commandité par le Gouvernement, le bureau Gerbes, Kioes & Cie, fait l'analogie fleurie suivante: "Nous agissons comme un fleuriste qui dispose de belles fleurs dans son arrière-boutique, mais qui ne consent pas à en faire un bouquet pour l'exposer dans sa vitrine." Ce fut chose faite avec le passage de la loi-cadre d'expansion économique du 2 juin 1962.

La fin

L'histoire du BID se termine là, au 31 décembre 1961, abruptement. Le BID, au bout de trois ans à peine, était devenu victime de son succès. L'initiative de Joe Gurley a marqué un tournant dans l'histoire économique du Luxembourg. Ses succès, énumérés ci-dessous donnent la raison de cette dissolution, qui se résume par une entête dans le New York Herald Tribune du 12 février 1964: "One unemployed worker in all the duchy". C'était le problème invoqué, surtout par l'Arbed, pour terminer le BID en 1961: qu'il n'y avait plus de main d'œuvre et que les taux des salaires iraient en s'envolant. Cette vue, vigoureusement contestée par Joe Gurley dans un discours au Rotary le 8 décembre 1961 était cependant sans appel. Le monolithe avait parlé.

Treize ans plus tard, ironie de l'histoire, le monolithe s'éclatait en mille morceaux, nous laissant une "Division Anti-Crise" ou DAC financée par nos impôts. C'était aussi le cri au secours pour réinstaurer un "Board of Economic Development" ou BED en 1975, présidé par le Grand-Duc héritier Henri. L'histoire se répète.

Les résultats

Il est vrai que pendant son opération sur trois ans, le BID a eu des succès immédiats, et d'autres, les procédures de décision prenant du temps , dans les années suivantes. Voici, selon STATEC, les principales nouvelles implantations étrangères qu'il y a eues par année de constitution: Yates, Wiltz (60), Eurofloor - American Biltrite, Wiltz (61), ALCUILUX, Clervaux (61), Bay State Abrasives, Steinsel (61), No-Nail Boxes, Warken (61), Cleveland Crane & Engineering (62), Commercial Hydraulics, Diekirch (62), Texas Refinery, Echternach (62), Du Pont de Nemours, Contern (62), Norton, Bascharage (63), Monsanto, Echternach (63), P. Lorillard, Ettelbruck (63), Uniroyal, Steinfort (65), Eurocast, Grevenmacher (66), Morganite, Windhof (67), Continental Alloys, Dommeldange (69), GM, Bascharage (70). En tout plusieurs milliers d'emplois en 10 ans. Le budget du BID était de $45.000 pour ses trois années d'opération, donc probablement moins de $15 par emploi créé.

La vision de Joe Gurley a imprégné par la suite les politiques économiques de tous les gouvernements luxembourgeois. Ses méthodes sont toujours d'application et sans doute applicables universellement. Son œuvre innovatrice est de la trempe de la SES poussée par Pierre Werner ou du pavillon maritime luxembourgeois mené à bonne fin par Robert Goebbels.

Joe Gurley est décédé à son domicile à Youngstown, dans l'Etat du Ohio, le 9 janvier 2003. C'était un grand ami et bienfaiteur du Luxembourg.

Le cinquantième anniversaire de la création du BID était l'année passée.


Extrait de la brochure du BID de 1959


De g. à d. Joe Gurley, "the kids" et le Prince Charles de
Luxembourg en visite à Chicago in 1959


Joe Gurley, récipiendaire du titre de Commandeur dans
l'Ordre Adolphe de Nassau, entouré de sa femme "Chirpie",
Egide Thein, Paul Powers, CEO de Commercial Intertech
Ambassadeur Berns et Mme Powers. ca. 1994

Egide Thein

egidethein.blogspot.com

feierwon.blogspot.com